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Posté le 09.07.2007 par peru06
Au détour d'une ballade entre les terrains de foot n'en ayant que le nom, des rues poussiéreuses et des cortèges d'ânes et de femmes à chapeau, on voit se dessiner des vues imprenables sur les montagnes, que les habitants ne semblent plus voir.
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Posté le 02.08.2007 par peru06
Avez-vous déjà essayé de filer de la laine de lama? non? c'est vrai que c'est pas des plus ordinaires ni des plus faciles. Cette paysanne édentée et sans âge, ne bredouillant qu'un qechua par onomatopées, semble plus grâcieuse qu'une ballerine quand elle manie ses instruments. Comme par magie, elle transforme avec quelques gestes habiles une grosse boule de laine sale et cotonneuse en une ficelle élégante. Après lui avoir cassé trois fois son début de fil, on lui fout la paix et nous poursuivons la piste des champs...
Posté le 02.08.2007 par peru06
Après une bonne marche sur une piste de montagne au soleil, on s'arrête sur ce bout de terrasse où une dizaine d'hommes labourent le champ sans machines ni bestioles. Ils sont par groupes de 5; 4 enfoncent dans la terre avec leurs barres à mine et le dernier soulève la motte de terre, au risque de se faire trouer les doigts. Quant à la vieille au premier plan, aussi importante que les autres, c'est la ravitailleuse; de son vieux bidon d'essence, elle verse de la chicha dans des gobelets de plastique noirci par la crasse. La chicha, c'est du maïs mâché, macéré en un alcool acide où il y a autant à boire qu'à manger. Autant vous dire que le meilleur moyen d'en finir, c'est d'arriver à ce qu'on vous regarde pas pour le verser doucement dans l'herbe tendre. Ou avaler sans respirer, à vous de voir, mais on risque de s'en voir reproposer. L'alcool de canne, bien que croupissant dans une vieille bouteille de soda jaunie, est quand même bien meilleur.
Posté le 02.08.2007 par peru06
Après s'être alcoolisé aux champs, on fait connaissance avec les enfants, eux-même revenus du travail agricole. Débuts timides, proposition de jouer au volley. Peu de questions en somme, mais des jeux de ballon et des sourires, beaucoups de chatouilles et de courses poursuite. Ca fait du bien, beaucoup de bien.
Edisson, avec la casquette, m'a dit ce soir là "mais... mais tu es en train de jouer??". Je lui ai répondu dans un grand moment philo que tous les adultes étaient des gamins attardés. Mais c'est vrai que c'est un garçon très mûr et débrouillard pour son âge.
Quant à Dani, le petit au chapeau, c'est avec discrétion qu'il deviendra, au fur et à mesure de notre séjour, l'un de nos meilleurs amis.
Ces deux petits bouts d'homme un peu crasseux nous ont observé, cotoyés et nous les avons drôlement aimés. Snif.
Posté le 03.08.2007 par peru06
À chaque village de ces montagnes correspond un endroit de la vallée où les familles peuvent construire leur maison pour travailler à la saison des fruits (mars-avril). Pour tout établissement public il y a un système d'irrigation des vignes qui sert aussi à faire des provisions d'eau ménagère, le lavoir de pierre (sans eau) et les maisons abandonnées comme toilettes improvisées. C'est rustique et sale, fait avec les moyens du bord (toits avec des fagots, portes avec des cactus morts), desséché et fantômatique en cette saison; il n'y a pas de pluie et la seule activité est la poda, c'est à dire couper les ficelles (avec un bout de boîte de conserve) reliant les vignes aux tuteurs, et semer de nouveaux plants.
Posté le 03.08.2007 par peru06
Le fameux rio Cotahuasi, plein de colère et de beauté. On l'entend gronder du haut du canyon, et, pour une bretonne de naissance comme moi, la vue de l'eau me fait du bien. Ca donne envie d'y plonger, à la seule remarque que c'est un peu haut; la descente est particulièrement vertigineuse et casse-gueule. De plus, même une fois dedans, c'est dangereux; 6 allemands amateurs avancés de rafting se sont perdus corps et biens l'année d'avant dans ce rio séducteur...
Posté le 04.08.2007 par peru06
Voilà Brigida dans son antre enfumée, entourée de fromages et de viandes qui pendouillent parmi les mouches, piétinant les marmites en tout genre jonchant la poussière... Voilà pourquoi aujourd'hui, je me foue éperdument de me laver les mains avant d'éplucher des légumes!
Posté le 04.08.2007 par peru06
Ci-contre quelques travailleurs charcaninos rencontrés au hasard des vignes, coupant les ficelles végétales reliant les plants de vignes aux tuteurs à l'aide de serpes aiguisées; ces serpes sont des moitiés de couvercle de boîte de conserve!! si si!
Posté le 05.08.2007 par peru06
Ces deux-là, ils travaillent pour quelqu'un dès qu'ils ne sont plus à l'école; seller les chevaux, aider à la cuisine, apporter de l'eau ou du lait, conduire les bêtes dans leurs enclos, tisser des cordes...
Leurs mains et leurs regards deviennent plus durs et moins sensibles face à l'épreuve du travail, mais aussi plus vigoureux. Surtout devant des adultes, ils jouent des rôles de vieux de la vieille, des paysans qui ont vécu et qu'on ne trompera pas, non mais oh. On oublie leur taille face à cette assurance.
Et quand ils retrouvent cette innocence qu'on leur trouverait normale, ils se cachent un peu de cette vulnérabilité et on soupire de soulagement, nous disant qu'ils profitent quand même un peu!
Enfin, notre système d'enfant-roi n'est peut-être pas le mieux non plus...
Posté le 05.08.2007 par peru06
C'est tellement un classique que je mets cette photo quand même. Après un temps d'acclimatation et de circulation de rumeur dans le village, ma discrétion à dessiner est devenue aussi utile qu'un pet de mouche à faire du vent.
À peine l'ai-je sorti que soit on me prend ce foutu carnet pour le regarder du début à la fin, soit j'ai une dizaine de personnes sur le dos pour voir mon gribouillis se former. Franchement, je ne vois pas ce qu'ils y trouvent. Peut-être un sens mystique, parce que ce carnet est franchement dégueulasse. Moi, je m'y retrouve parce que je me souviens de ce que j'ai voulu dessiner, etc. Mais bon. Ca fait hyéroglyphe, ça doit être pour ça!