La cote sud du Perou en presque solitaire et arrivee en France
Posté le 11.08.2007 par peru06
Je rêve de mon patelin breton, encore. Mais pas longtemps, car le jour et les klaxons nous réveillent plus tôt que prévu! Je passe en dernier pour la première douche depuis un mois, et… je n'ai que de l'eau froide. Youkii!
Pour le petit déj, un tout ptit minou vient nous voir et on manque de marcher dessus! Même tenu dans une main il est riquiqui, et son miaulement fait penser à une mouche. Marrant qu'il y ait pas mal de chats, dans le coin, je pensais pas. Dans la salle, on a aussi droit aux informations nationales de première importance, encore mieux que TF1. À la une, on nous repasse l'enquête et tous les détails dans la terrible affaire d'un bébé qui s'est fait mordre. On voit l'interview de sa mère, une paysanne aussi causante que le chien incriminé, et le bébé va sortir de l'hôpital. En second, on voit le "parlement". Ah, un peu plus de sérieux? Non, on nous raconte le canular d'un parlementaire qui aurait fait croire à la mort d'un vieil et ancien ministre…! Aussi nul dans le fond que dans la forme! Il n'empêche que ces informations télévisées font rêver les sevrés de télé tels que Mauro. Luz voudrait ainsi déménager à Cotahuasi pour l'électricité, la TV, l'eau chaude et courante, du matériel… On va justement chercher ce qu'on n'avait pas à Charcana, à savoir des illias à vendre et de la musique typique criolla (comme la cassette audio de "porque te vas", de Rosa Luz!). Et puis on va dans le cybercafé du village, c'est à dire un unique ordinateur coincé entre deux murs branlants d'une petite boutique. J'ai des mails d'une amie allemande et de mon père, et ça me fait plaisir de leur répondre longuement car je suis sûre de mon bonheur, je n'ai plus peur de dépendre d'eux.
Don Valerio, notre chauffeur, nous dit au revoir quand on retrouve Marcela un peu hystérique, semblant super contente alors qu'on a du se voir une demi-heure en tout et pour tout dans notre vie. Bon. Elle nous dit qu'on peut demander un emploi à AEDES (dont on reconnaît les membres à leurs fringues bordeaux, ils ont du fric à perdre).
Les filles de l'autre village devaient arriver à 12h. Or, à 15h30 elles ne sont toujours pas là, et le bus pour Arequipa part à 16h. Je veux bien que ce soit la ponctualité péruvienne, mais bon!
En allant vers la place, on voit un type qui se promène avec une tête de vache dans son sac à main!
Mauro et un enfant de Charcana qu'on reconnaît, jouent avec nous, on se poursuit derrière le bus et entre les voitures. Ca retarde le mélo des adieux. Parce qu'à l'arrivée du bus vers 16h30, les séparations sont inévitables; Luz me dit de faire particulièrement attention parce que je suis une "aventurera". On pleure un peu.
Puis arrivent les filles. Katel est aussi délurée qu'il y a trois semaines! (elle a couché avec le président du comité touristique, marié et père de 3 enfants… à sa décharge, c'était un mariage arrangé et bancal mais bon). Anna un peu absente car elle est avec son amoureux du village. Toutes deux veulent retourner au village aussitôt après avoir réglé quelques affaires à Arequipa, tandis que Cam et moi avions prévu notre trajet de 10 jours avec elles. Cam est à côté de moi dans le car, et elle éclate en sanglots. Elle n'avait pas besoin de ça, toutes ses prévisions sont à remettre en cause et ça demande plus d'énergie qu'elle ne voudrait en dépenser. Elle veut pouvoir se confier en français (donc ne pas y aller qu'avec les espagnols) et voir le Macchu Picchu (mais je l'ai déjà vu). Je la rassure, on se dit qu'on peut passer par les îles du lac Titicaca que je n'ai pas vues, voire aller dans le nord…
Elle réfléchit pendant toute la nuit, moi, ça ne me dérange pas tant que ça. À vrai dire, ça me surprend sans me déranger trop; je voulais faire l'expérience de voyager seule mais pas trop longtemps, juste pour voir. Ensuite j'essaie de distraire Cam et on parle des clips et de la musique à chier sauf le criollo, sensuel et entraînant.
Mais ces gentilles discussions sont malmenées par mon ventre dont les spasmes sont aussi brusques et sautillants que le bus. Quand on s'arrête prendre des frites, je me sens d'autant plus mal et je ne peux rien avaler. En plus, j'ai eu très peur d'y oublier mon carnet, mes jambes en tremblent encore!
Après une heure de bus, libération ambiguë; je me retiens deux secondes en demandant un sac puis je vomis allègrement sur mon siège tout mon déjeuner (des lentilles à l'œuf). C'est mieux pour le ventre mais pas pour le nez; je me couche encore dans le couloir de bus crasseux pour ne pas m'asseoir sur mes lentilles, et je prête une écharpe à Cam pour se boucher le nez! Nuitée sympathique et tout confort!
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Posté le 12.08.2007 par peru06
On est ravies d'arriver… à 4h30 du matin. On pose nos sacs pour attendre dans le Terminal car un taxi à cette heure serait soit trop dangereux soit trop cher. À 5h, Cam se décide alors à accompagner les espagnols à Puno et Cusco. Quand ils partent, ça me fait tout drôle, je me sens seule tout d'un coup avec tous mes souvenirs du mois précédent! Les filles sont sympas mais parlent de leur expérience… Enfin, on se met bien vite à délirer sur les amourettes dans les cactus de Katel ("fesses très douces", "que des bombes sexuelles"!) et Anna! Sauf qu'Anna l'a raconté à sa mère, qui ne l'a pas prise au sérieux et lui a dit que de toute façon, elle était là dans 10 jours! De quoi bien l'énerver et lui mettre le doute quant à son retour! Elle nous raconte aussi qu'elle était malade au début et qu'on l'a exorcisée avec des fumées et des draps et des fantômes…
On a mal au ventre et on est fatiguées. Puis on s'extirpe à grand-peine de ce fatras de bus pour aller à l'hôtel où Katel a déposé ses billets d'avion comme garantie de paiement un mois avant. Mais on ne fait rien de la journée pour autant, si ce n'est consulter nos mails (je prends l'adresse de logeurs potentiels d'hospitalityclub). Katel découvre d'ailleurs une très bonne surprise par internet… Notre ONG adorée lui a pris 220 euros de trop! Ce qui fait qu'il va encore falloir batailler pour avoir des sous. Anna et moi aussi, d'ailleurs. Ma banque ne veut pas que je retire des sous, donc si je ne veux pas finir à la rue sans retour (parce que la taxe d'aéroport est quand même de 45 dollars!), il faudra que j'aille à Western union. Mais là, la flemme. Grosse flemme. On reste dans notre chambre à 4, et on est vraiment allumées! On couvre d'un T-shirt la photo horrible d'un lapin, on dort, on rigole pour un rien et on fait la queue aux chiottes? Beau programme, n'est-il pas?
Posté le 12.08.2007 par peru06
Mes rêves sont mêlés de fièvre, je sais pas trop ce que j'ai.
Au matin, je vais avec Katel laver mes fringues et celles d'Anna, encore plus malade que moi! Les culottes pendouillent partout dans la chambre, c'est charmant. Katel a des réparties qui me font hurler de rire et ça fait du bien! Mais je me rends compte qu'elle n'était pas toujours comme ça au village et a donc pu agacer Anna ou surtout Rachel par moments. Enfin, c'est le lot des voyages.
Dans l'enceinte étrange de l'hôtel, une bonne sœur se balade avec son perroquet tout droit sorti de la préhistoire et des mini-offrandes trônent dans les armoires à côté des assiettes. Moins bucolique, ces pouffiasses de serveuses mettent une demi-heure à mettre un sachet de thé dans de l'eau chaude!
Puis on va se balader en ville. Quand on rentre dans une librairie, on trouve des "Mein Kampf" sur le dessus des piles! On les planque en-dessous et on achète des légendes mystiques typiques du coin.
Puis on va chercher du shampooing au supermarché, lieu des riches où l'on sélectionne les produits des paysans… Enfin, on fait pas couleur locale dans ce supermarché ni dans la banque guindée; on est tellement des loques avec nos fringues pendantes et dégueulasses, nos cernes et nos sacs qu'on a l'air de camper partout où on va! Particulièrement quand on nous fait attendre, ce qui ne manque pas, on est quand même au Pérou. Ici, la vie est vraiment au présent; ni passé ni futur, on profite ou on attend sans se rendre compte du temps qui passe.
Rachael et moi allons au monastère Santa Catalina; petite ville dans la ville, cité de schtroumpfs utopique en version "spirituel". Enfin, utopique c'est beaucoup dire, je ne parlais que de l'architecture mais pas de l'inquisiteur raté qui a transformé ce couvent laxiste pour jeunes filles de bonne famille en prison à grenouilles de bénitier. Il a même condamné les petits escaliers qui menaient aux toits, car cet accès était manifestement à l'origine de grosses indésirées!! Mais ce village tout en rondeurs douces et colorées apaise sans qu'on y fasse attention, ça imprègne. Splendide et robuste, volumes cassés et sol pas droit, immuable et silencieux… C'est Alice au pays des merveilles, on a l'impression de sentir (pas au sens propre, car les fleurs puent!) vivre quelqu'un quand on touche les murs. Rachael partage cette impression.
Dans le parloir, la lumière translucide fait penser à un rayon de soleil entre les barreaux d'une prison. Des peintures mystiques ornent les murs sans qu'on les comprenne toutes, perdues dans ce dédale de l'esprit.
On marche dans le cloître des novices avec ses piliers bleus vifs et ses arcades envoûtantes, puis on déambule en silence dans le cloître des orangers, rayonnant de sa couleur orangée et de l'arbrisseau en son centre…
À côté de chaque chambre veillent des petits fours en triangle arrondi pour faire cuire le pain. Des trous de lumière adoucissent les intérieurs sobres, infirmeries, cuisines ou bains.
On se promène parmi les puits intérieurs et les fontaines gracieuses en attendant la lumière du soleil couchant sur les toits rondelets. On passe vite fait devant une salle à touristes pleine de dorures jurant avec la sobriété du lieu. Et on part à regret, on aurait pu y passer quelques heures de plus tellement c'était beau et désert.
Puis on rentre en passant par une petite boutique de peinture. Au milieu des toiles pour touristes (que je trouve jolies, cela dit), on remarque des toiles plus abstraites qu'on aime beaucoup. Devant notre intérêt, le tenant de la boutique parle avec nous et finit par nous montrer son atelier privé! C'est en fait un peintre reconnu ("Roca" de son petit nom d'artiste) dont les toiles, peintes à l'huile, sont renversantes; il y a dedans de la musique, des problèmes sociaux, de la danse et du mouvement, des visages et expressions, couleurs et lueurs… C'est magnifique, même si il ne se prend pas pour de la merde et ne nous offre qu'un catalogue pour deux. Et puis c'est très cher, malgré son prix d'ami de 200 dollars pour quelques centimètres carré de toile! J'achète un truc simple à touristes mais qui a la "patte" du type, et ça me suffit. Rachael m'avance en attendant que j'ai des sous, et je lui laisse donc la toile dont on est tombées amoureuses tout de suite. L'autre est bien aussi.
Puis on rejoint les filles; Anna téléphone à Hugo, son amoureux et Katel nous attend. Mes chaussures commencent à se décoller, on est crevées et Katel dit "ah bah oui, à 9h une verveine un supo et au lit!".
Le tout devenant hystérique quand les éléments coagulent, on chante "lilalilala", puis Katel va chercher à bouffer et ramène pain et fromage, mais aussi des knacki au poulet dégueulasses qui nous donnent encore plus envie de vomir! On jette lamentablement la dernière knacki sur la terrasse, pour voir si ça plaira au petit roquet de chien ("chichito" qu'on l'appelle, en hommage au chien de leur village). On fait une bataille d'eau. On fait aussi la queue pour aller boucher les chiottes!
Katel veut prendre des photos du désastre de notre chambre, et Anna dit "c'est moi que tu prends en photo?-Non, t'es trop moche!" OK, bonne nuit!
Posté le 12.08.2007 par peru06
Je viens de lire un mail de mes parents, et ils n'ont pas l'air en forme! Même ma mère me dit que je lui manque, alors qu'elle ne me l'a pas dit en Allemagne après 6 mois d'absence! J'ai envie de les remotiver, maintenant que j'ai eu la chance de partir et me refaire une santé morale. Un peu présomptueux et surtout concrètement difficile. Mais bon.
Sur la terrasse, le mystère est roi; la saucisse au poulet en plastique dégueulasse a disparu. Qui l'a mangée? Chichito ou les pouffiasses? J'opterais pour ces dernières qui doivent avoir aimé ça, car elles nous offrent un mate et oublient de nous faire payer quelques heures d'internet (même si ça prend 3h vu qu'elles prennent une calculette faire 3+24)!! En fait on doit tellement avoir l'air piquées qu'elles ne veulent pas nous provoquer…
Autre soulagement et pas des moindres, le transfert d'argent avec Wester Union a marché… Et avec tous ces sous-sous tout neufs, je me livre à des achats compulsifs de souvenirs et cadeaux en tout genre, du pull en lama jusqu'à l'assiette ent erre cuite! Ben oui, on n'en est pas moins touriste malgré les prétentions... Puis je mets les photos de mon numérique sur CD (2 euros la pellicule…), car il paraît qu'il ne faut pas plus de 5 pellicules en bagage à main, et en soute elles s'abîment.
Max, un relou du village des filles (Antabamba), vient coller Anna. On l'insulte et il reste là avec son air con! On l'abandonne lâchement à son sort, ils vont visiter le monastère tous les deux, comme c'est romantique!
On se ballade au gré des routes où ne circule aucune voiture privée; que des "ticos", ces petits taxis jaunes, et des combis ou des bus.
Puis Anna et moi allons en taxi (où le chauffeur essaie direct de parler politique!), afin de voir la fac de droit, où elle voudrait étudier l'année prochaine pour être proche de son chéri! Mais elle est fermée, et je lui promets d'y aller demain.
On retourne à l'hôtel avant qu'Anna et Katel ne repartent pour leur village. Alors que Rachael et Katel sont dans la chambre, Anna et moi nous balançons doucement dans la nacelle, et on parle vraiment pour la première fois depuis qu'on s'est revues. Elle s'en veut de me laisser, me redemande si ça ira et me dit de faire attention. Elle me laisse un petit mot dans mon carnet qu'elle me demande de lire plus tard. La grande et forte Anna verse même quelques larmes! Je me sens toujours décalée au niveau des sentiments; je pleure quand personne n'en a envie, et je me force quand tout le monde pleure!
Après des étreintes, elles s'en vont et j'appelle ma logeuse d'hospitalityclub de ce soir –Valeria- puis je vais l'attendre sur la plaza de armas. J'en profite pour prendre une place de rafting dans une petite boutique à souvenirs pour demain matin.
Avec mon gros sac et ma tête mal lavée, plusieurs me regardent comme si j'arrivais de Neptune! La vendeuse d'une boisson étrange passe et repasse inlassablement avec son seau en plastique. Surtout, il y a beaucoup de policiers (les vols sont réputés dans la ville); militaires au béret rouge, matraque , T-shirt blanc et uniforme bleu-noir. Puis je rencontre un gros relou qui est au début très gentil (on parle politique, du narcotrafic) mais qui me saoulera jusqu'à 6 mois après en m'envoyant des tonnes de mail avec déclarations d'amour et, accrochez-vous, des photos de fleurs… !
Puis ma logeuse arrive et m'amène chez elle. Elle me parle de l'université, celle privée mieux que celle publique. Dans le domaine politique toujours, elle me dit que d'après elle, le sud est indépendant économiquement car encore influencé par le Chili. Elle me parle aussi de son prof de tae-kwen-do nord-coréen, qui aurait été tué par les services secrets péruviens à cause de désaccords politiques!! Sympatique, même quand on est riches ça bouge ici! En effet, Fujimori aurait été responsable de multiples assassinats et de corruption politique, mais il s'est couvert avec la capture des chefs du sentier lumineux et du narcotrafic, faisant ainsi une surenchère télévisuelle où des policiers brûlent de la farine en faisant croire à de la coke! Elle parle aussi d'Ollanta, qui ne représenterait pas les pauvres en tant que militaire; à son époque, cela nécessitait beaucoup d'argent et une bonne famille, et il est donc tout sauf concerné.
On va à l'université de 17h à 22h pour ses cours d'ingénierie civile (c'est apparemment utile à Lima à cause des séismes). L'enseignement privé se distingue en effet par des visages bien plus européens, un terrain de sport, un passe et un vigile à l'entrée, des barbelés et des beaux bâtiments. La classe commence avec une femme en costard qui parle de "traction axiale". Je réalise alors à quel point j'ai eu de la chance en n'ayant jamais eu l'idée de ne jamais chercher à savoir ce qu'était une traction axiale!
En plus j'ai mal au ventre et j'ai soif. Pour passer le temps, je dessine le volcan "el misti" par la fenêtre, puis les élèves; l'un aux rouflaquettes et MP3 sur les oreilles, d'autres assoupis. Mes voisins de derrière me grillent, mais la plupart n'en a rien à foutre et de ma présence et de mes dessins. Au moins, je suis plus tranquille mais c'est décevant niveau contact humain (je sais c'est un peu schizophrène!). Enfin. Lorsque sonne le portable d'un élève, ce dernier sort pour répondre, comme ça! J'imagine pas ça en temps normal… Les gens partent et arrivent pendant le cours, les horaires sont apparemment variables. Il y a un gros type genre 1° de classe insupportable avec ses tics nerveux, claquements de langue et froncements de sourcils.Valeria m'explique que c'est parce que depuis l'année dernière, les anciens groupes sont dispachés et il n'y a plus de lien. Elle me dit aussi (tout ça pendant le cours…) qu'il n'y a que deux professeurs-femmes, que le machisme est encore prégnant.
On finit par se barrer à 19h20 chez des amis de Valeria, qui ne sont pas à l'université et sont donc moins riches. C'est un petit quartier pouilleux où on trouve leur minuscule baraque au fond d'une ruelle. Mais les fameux amis sont tous trois devant une console, et son propriétaire ne veut laisser personne y toucher si ce n'est sa copine. Même Valeria se voit refuser la mannette, et elle n'a pas l'air très intégrée. Mes quelques questions pour entamer la conversation n'aboutissent pas. Je suis crevée et j'ai la dalle. Je sors un peu dehors, histoire de leur foutre la paix mais en montrant que je suis peut-être une cruche mais capable de bouger, et puis aussi pour prendre l'air (4 par mètre carré, c'est beaucoup). Et puis je vais me coucher dans le salon de 5 mètres carrés, la mère me surprend et fait la remarque à ceux à l'intérieur. Je ne suis pas fière mais soulagée. Valéria me remmène chez elle, où on regarde une série policière péruvienne, "Dragones destinos de fuego". Ils ont l'air très occidentaux, mais Valeria dit que c'est parce qu'ils viennent de Lima. En voyant mon regard sceptique, elle défend son steak en disant que c'est une série typique du Pérou, très créative. Je remarque qu'il y a d'ailleurs plein de pubs pour combler cette superbe créativité.
J'ai beaucoup de mal à retenir mon estomac (ben oui, il est sur les talons haha) car Valeria veut attendre son frère pour ce dîner un peu zarb mais je boufferais n'importe quoi; caramel de lait et nesquik, pain et fromage, thé. Le frère, une fois là, nous demande pourquoi on n'a pas encore mangé (!), et il se montre très curieux, très sympa aussi. Il ne veut pas que je reparte dès demain, veut plus me connaître. Je ne sais pas pourquoi, je soupçonne un plan de drague... Enfin, ils sont gentils et je sens que ma présence brise un peu leur routine, ça compense l'éventuel coût financier vu qu'ils ont l'air justes.
Je dors sur deux oreillers dans la salle à manger que j'ai à peine le temps de voir avant de m'écrouler comme un loir.
Posté le 12.08.2007 par peru06
Je pars à 7h de chez Valeria, et je me perds dans les lumières douces de l'aube qui baignent la vieille ville d'Arequipa, en fait tellement plus authentique que le centre touristique et occidental. Le long des rives du fleuve, mon regard glisse le long des murs et des ponts en arcades, des pavés et des maisons en pierres anciennes. C'est trop beau, je ne soupçonnais même pas ça! Le guide disait qu'en dehors du centre, c'était trop dangereux. Les flics qui vadrouillent me disent bonjour. Je prends mon petit déjeuner dans un petit resto où je plains tous ces pauvres gus en costume traditionnel pour attirer les touristes. Au moins ils ont un joli cadre de travail!
Le rendez-vous pour le rafting est à 8h. Vue la ponctualité péruvienne, je vais en avoir pour un bout de temps. Mais la douce lumière baignant la cathédrale m'aide largement à attendre. Une fois seule (sans les filles ni Valeria), j'ai plus envie d'écrire. Maintenant ce sont moins des notes qu'un journal. Mais cette note bucolique n'est que le chant du cygne car, pour mon plus grand malheur, un flic super relou vient me coller. Quand je lui pose des question sur son boulot pour lui montrer que sa personnalité je m'en fous, il répond que le majeur problème, ce ne sont pas les délinquants ou les voleurs mais les travailleurs qui demandent plus de salaire! Il est vraiment trop con. Il veut absolument un numéro pour m'inviter à danser alors que je déteste les boîtes et il est moche, niais, idiot, branleur… Et le pire, c'est que je dis non trop gentiment parce qu'il reste à mes côtés tout le temps! Même quand je m'éloigne de la place, il surgit de n'importe quel coin pour me demander si le groupe de rafting n'est toujours pas arrivé, et alors il veut m'inviter à boire un verre... Au secours! Je ne peux que dessiner pour essayer de le faire taire, et encore!
J'attends depuis 3h à me faire chier seule ou avec l'autre con pour que la responsable du rafting arrive (le groupe devait partir à 8h, elle devait arriver à 9h; il est 10h30 et elle compte partir déjeuner vers 11h30… Aaargh!) Elle me dit tout en mâchant son chewing-gum que le groupe est parti dès 8h, et elle continue à mentir en me disant qu'il est passé par là, alors que le tenant de la boutique à souvenir qui héberge son agence de merde lui confirme que je suis là depuis 7h30, il était là pour nettoyer et ouvrir le magasin! Mais elle fait semblant de ne rien admettre et dit qu'elle n'a pas l'argent pour me rembourser. De plus, il n'y a pas de groupe cet aprèm ni demain.
C'est quand même 25 dollars et même par principe, je veux récupérer tout ça avant de me barrer! C'est pourtant pas ma nature que d'utiliser la violence autrement que pour plaisanter. Enfin, je ne lui casse quand même pas la gueule (même si l'envie ne m'en manque pas), mais je joue l'intimidation. Posant mes deux mains sur la table d'un coup, j'approche la tête et la regarde dans les yeux pour qu'elle arrête de faire semblant de s'occuper d'autres papiers. Je dis que j'ai besoin d'être remboursée tout de suite car je pars dans pas longtemps. Alors elle grommelle, fouille dans sa caisse et en tire un billet, dans sa poche et elle sort des pièces. Elle demande à une vendeuse de la boutique ce qui lui manque, et elle me flanque le tout dans la main. Et elle a le culot de me dire au revoir! Je ne réponds rien et pars rageusement.
J'essaie une autre agence pour voir si il y a quelque chose cet aprèm. J'attends encore une heure, pour changer, mais il y a trop peu de touristes.
J'achète de la bouffe et vais prendre des papiers à la fac de droit pour Anna. Puis je me ballade dans des quartiers très jolis, typiques, où on ne me regarde pas comme une touriste. Une commerçante à qui j'achète de l'eau et des sucreries me demande même où je suis étudiante! Que agradable, même si je sais très bien que j'ai pas une tête de péruvienne!
Puis je vais voir les Églises de la Merced, de la Compania, et une expo a la casa municipal (il y a une peinture de Roca, celui dont on avait visité l'atelier à Arequipa!).
Puis je vais au musée santuario andinos consacré à Juanita, enfant des glaces sacrifiée car elle était belle, grande et saine. Elle a marché avec ses sacrificateurs pendant deux jours en altitude, nourrie de coca, de maïs et de chicha. Puis elle a été enveloppée dans une illia, on lui a appliqué un gros coup mortel sur le crâne et elle a été enterrée avec ses sandales et des céramiques, en position de fœtus pour sa naissance dans un autre monde. Ca peut servir.
Mais ces visites me conduisent dangereusement vers la place centrale… et inévitablement, le cauchemar réapparaît; le flic relou, au secours!
Je prends donc le taxi (sympa) pour aller attendre Valeria près de chez elle, mais elle n'est pas là. Ca ne me dérange pas, j'ai un peu envie d'être seule, de ne pas avoir à faire d'efforts. Il y a des parcs sympas et je m'y ballade comme à Paris, au milieu des écoliers qui vadrouillent avec une glace. J'achète un empanada écoeurant, et pour compenser je prends un kiwifresh, nectar de kiwicha aussi frais que délicieux et nutritif.
Puis Valeria arrive, je reprends mes affaires et lui dit au revoir avant de reprendre un taxi pour le terminal terrestre. Y a sûrement d'autres trucs à faire, mais j'ai envie de voir autre chose. Même si c'est superficiel, autant varier.
Au Terminal résonnent des molards sonores et des hurlements pour vendre du pain et des billets. J ne vois aucun touriste, c'est bizarre. Puis je prends un bus à 19h pour Nazca, les 35 soles du billet comprenant les10h de route et un dîner (tfaçon j'ai tellement mal au bide que je suis incapable de bouffer), alors qu'à côté c'est deux fois plus cher! Et puis l'épisode du flic collant se répète sous d'autres formes; je crois que je dois m'y faire, étant seule, nombre de mecs vont me faire chier! Celui à qui je paye mon billet n'arrête pas, à chaque fois qu'il me voit, de dire "que linda! Que linda, esta aqui!". En même temps, ça me permet de négocier une ristourne…! Même le vigile me drague, putain. Ca doit les exciter quand c'est seul et vulnérable.
Le prix se justifie par l'état des sièges et leur emplacement, puisqu'on cherche à sculpter mon dos sur le mode Pompéi à force de coups de genoux et de pieds dans le dos.
Je dors un peu puis il y a un vieux film rigolo des années 60 sur les profs qui veulent tellement éduquer les élèves qu'ils les tuent!
Et puis la surprise, c'est qu'on arrive une heure plus tôt que prévu. Je comptais sur l'inverse mais ça m'arrange pas. On me réveille énergiquement puis me jette presque littéralement du bus à 4h du matin, seule avec mon gros sac à 4h du matin dans une rue pas très bien famée. Gloups! Un bourré ou drogué s'écarte de son groupe de potes peu fréquentables, il veut m'accompagner 100 mètres pour un dollar. Un autre s'approche et veut m'emmener dans sa voiture rouge et miteuse, qui ne semble pourtant pas être un taxi, conduite par un gros moustachu douteux. Brr! Je dois répéter mon refus pour qu'ils éloignent leurs mains et je remonte l'avenue dare-dare. Le pire, c'est que ce trottoir est étroit et bordé par les stands couverts du marché. J'ai une frousse terrible que de des mains me chopent par derrière les bâches ou les branches!
Finalement, j'arrive devant un petit hôtel, devant lequel chante un groupe d'allumés. Ca va, ils n'ont pas l'air méchants. Ils m'ont même conseillé la sonnette une fois que je me suis usé les poings à tambouriner la porte! Le tenant de l'établissement, encore dans le pâté, me donne une petite chambre juste pour moi, ça fait du bien.
Attention toute péruvienne; il y a une lampe mais pas de prise électrique!
Posté le 12.08.2007 par peru06
Au réveil, j'entends derrière ma porte le bruit de molards et de talkie-walkies. Flics ou vieux portables? Le premier est plus excitant, mais ce doit être le deuxième…
Puis je me lève pour aller vadrouiller dans le marchés et les rues tristes. J'y achète une bouteille de kiwifresh (mon nouveau sponsor) et deux parts de gâteau (l'un bon, l'autre dégueulasse).
Puis je consulte mon guide, qui me dit "Musée Antonini". Alors je marche, je marche dans une longue avenue poussiéreuse et déserte, où je me sens aussi incongrue qu'un pingouin au Sahara.
Quand j'arrive devant un petit écriteau en face d'une décharge, je suppose que c'est là. Effectivement l'intérieur est propret et on peut y visiter plusieurs types de tombes et cercles d'offrande avec des pierres. Je refuse de payer un guide et l'autorisation de prendre des photos. C'est en cachette que je photographie et écoute le guide d'un autre groupe de riches péruviens.
Ce que j'en comprends surtout, c'est la puissance des cultures péruviennes autres qu'inca. Leur adaptation aux phénomènes d'inondation d'El Nino, par exemple, ou leur réutilisation des cimetières pour accorder les dieux. J'apprends aussi qu'une momie célèbre de Chaman a été volé par la femme de Toledo, le président péruvien de l'époque!
Dehors, je regarde les reproductions de tombes et d'aqueducs semés entre les arbres irréels et les… roues de bicyclette du voisin!
Alors que je reviens vers l'intérieur, le tenant du musée m'attend à la porte. Je crains qu'il n'ait découvert mon manège photographique et je grince des dents à cette idée. Mais en fait il me demande quel âge j'ai, pourquoi je suis seule, ce que j'ai fait, où ai-je aussi bien appris l'espagnol…! Et puis un jeune et beau guide de 24 ans arrive aussi. Le mec d'avant est appelé par des touristes et il sort. Le jeune guide, qui s'appelle Reynaldo, me dit qu'il voudrait approfondir le français pour son travail. Et tout seul avec un Assimil, il essaye mais c'est dur.
On sympathise et il veut absolument me faire profiter de ses connaissances de guide, me disant que c'est trop dommage de voir tout ça sans comprendre. Quand je lui dis que c'est l'aspect groupe touristique qui me rebute, il m'emmène seule avec son copain taxi pour voir les "lignes", pseudo-répétition d'un Nazca miniature. Une fois montés sur une colline, on a vue sur un désert caillouteux et séché par les vents, avec au milieu des sillons creusés, comme fait par des écoliers. Enfin, il paraît que c'est très vieux, que ça servait de rituel et que ça représente les agujas (tisseuses).
Voyant que la culture m'intéresse mais que j'en voudrais plus, il m'emmène plus loin voir des ruines encore en fouille, sans touristes et absent des guides je crois. Les temples taradones où ont régné il y a très longtemps les incachincas,mais ils ont déserté cette grande cité du pouvoir de manière brusque et incomprise. C'est sur cette cité-fantôme que les incas auraient rebâti un centre administratif et militaire, superposant les cimetières pour se protéger dans morts anciens.
On marche sur une grande route de sable où reparaissent des bouts d'os de camélidés, d'hommes. Cette route mène aux ruines encore quasi ensevelies du palais destiné au Curaca, le représentant inca. Il y a des restes de plante huarango brûlé puis plongé dans l'eau, de sorte à faire une matière imperméable. Aux périphéries il y a encore quelques pans de mur pour les réserves de bouffe des employés, qui avaient de simples maisons encore plus bas. Avant, il y avait aussi des fenêtres et des céramiques plus haut, mais tout a été vendu à des collections privées (les musées prennent ce que les collectionneurs ne veulent pas). D'après Reynaldo, les Incas seraient plus intelligents car pour diffuser leur puissance, ils ont su utiliser autre chose que le conflit; ils ont construit les routes et amenés les intellectuels reconnus de chaque tribu à Cusco.
Et puis je repense aux aqueducs en spirale avec ces canaux d'eau fraîche qui les relient souterrainement, et où on peut donc se baigner. Je demande donc au guide d'y aller. Il s'étonne. Je lui dis alors que c'est pas grave mais il réinsiste pour qu'on y aille après qu'on ait pris nos maillots. En fait, contrairement à ce que je pensais, c'est un endroit désert, on traverse un fleuve asséché semé de cailloux gris. Quelques personnes s'y lavent, eux ou leurs vêtements, au fur et à mesure du courant. On prend un endroit isolé, l'eau y est bonne et claire, le soleil se couche.
Dans ce cadre romantique à souhait vient l'inévitable, que je n'avais pas vraiment prévu, mais bon. Il est mignon et il connaît pas mal de choses; je me laisse aller. Au bout d'un moment, on essaie de retourner à mon hôtel, c'est plus confortable! Mais le type de l'hôtel refuse et mon petit guide réussit aisément à en trouver un autre pour l'occasion, coincé dans une ruelle sombre. Enfin, "aisément", il doit quand même certifier au vieux patron que je suis de Lima et non une touriste, qu'il n'y a pas d'embrouille, que je suis d'accord…Bon, on est tranquilles pour quelques temps dans cette chambre spartiate où le lit prend presque toute la surface du sol. On discute, on fait l'amour. Et il en connaît, des choses! Jusqu'à ce que le vieux type tambourine à notre porte pour qu'on s'en aille.
Je ne veux plus, je rentre chez moi et m'endors direct. On s'est dit au revoir en faisant semblant de ne pas se dire adieu, car j'avais dit que je partais demain en bus. Il me passe sa carte mais je sais que je ne le reverrais plus. Sans regret.
Posté le 13.08.2007 par peru06
Dès 7h30 du matin, j'ai un bus pour Ica. On traverse le désert empreint de brumes grises, roses et jaunes. Parfois, on croise des cimetières et des croix le long des routes, ou bien des amas de cailloux, des arbres insolites et de vagues silhouettes. Bizarre, j'aimerais savoir ce que ça signifie.
J'ai la chanson "Head, shoulders knees and toes" dans la tête. J'aimerais donner des cours d'anglais comme ceux que je viens de donner, avec un réel échange et apprentissage.
J'arrive à Ica, mais je m'y sens mal. À peine sortie du bus, des gens m'alpaguent moi et les autres pour proposer un taxi, un hôtel… Je les envoie bouler en disant que je vais me débrouiller, mais en essayant de trouver une enseigne où déposer mon sac je repasse au moins trois fois devant eux sans trouver mon chemin!! Alors là, tous les regards fiers du monde ne pourraient pas vous empêcher d'être totalement ridicule. Surtout que le regard est plutôt stressé à force de ne pas trouver. L'un des rabatteurs finit par venir me voir en souriant, il fait mine de se protéger comme si j'allais le frapper et il me dit que l'enseigne est juste à ma gauche et le centre touristique à ma droite, puis il repart. O… OK. Merci.
Une fois mon sac déposé, je vais un peu plus loin m'acheter un joli pain qui se révèle immonde et je marche le long d'une avenue pourrie pour voir un centre qui n'est pas beau.
Le jugement sera vite fait, je n'ai même pas envie d'aller à l'oasis Huacachina, ça m'a l'air bien trop touristique. Surtout pour quelqu'un de seul, c'est quand même moins rigolo. Après environ une demi-heure de visite sommaire, je reprends donc un bus pour Pisco.
Il y a un film d'horreur de merde dans le bus. Mais la vue n'est pas beaucoup mieux; sur la route pourrissent des montagnes de déchets rouillés, comme des cadavres épars, et des usines incongrues.
Quand j'arrive à Pisco, même scénario qu'Ica; à peine descendue du bus, les taxis me sautent dessus et je les envoie bouler comme jamais avant! Je m'en vais vite fait vers la place centrale (près de la quelle il y a un marché avec les poulets écorchés en plein air!) pour téléphoner à des contacts d'hospitality club… dont les numéros ne sont pas reconnus! Super!
Je me pose sur un banc, j'en ai marre, je suis crevée, j'ai soif et je sais plus où aller. Je veux pas faire d'efforts. Alors un type arrive et me dit doucement qu'il y a là-bas, un peu à l'écart, un petit hôtel sympa et pas cher. Mais il rajoute aussitôt que si non, c'est pas grave hein, c'est pas forcé! En fait on discute un peu et c'est un prof d'histoire très sympa qui est aussi guide professionnel et rabatteur occasionnel pour arrondir ses fins de mois. Quand il sait ce que j'ai eu pour mission dans mon ONG (valoriser le patrimoine touristique), il veut me faire connaître le site encore inconnu des "chongos" et puis quand même demain la réserve, plus touristique. Il m'amène donc à son hôtel (là j'ai plus la force, je me laisse porter).
En voyant ma fatigue, le patron me propose thé ou café à volonté, une chambre double avec salle de bain et télé pour seulement 2, 50 euros! Il a l'air sincèrement adorable, un peu comme un père.
Après une bonne sieste et un documentaire télé sur un scandale politico-financier (des chefs militaires auraient volé plus d'un million de dollars), je vais me ressourcer en déjeunant dans une gargotte de locaux conseillée par mon ami guide. J'y mange ce qu'il y a de plus nourrissant et de moins cher en même temps, un riz cubain; platée de riz avec une énorme banane frite, un œuf et même une mouche en bonus!! Bouarf!
J'achète ensuite le journal la Respublica; on y parle d'empoisonnement dans une entreprise de ciment, de l'éducation sexuelle, d'un catho contre la peine de mort (enfin!), de l'illégalité des casinos péruviens à 97%, des médecins de Juliaca ne soignant pas les bébés abandonnés, de massacres au Guatemala, et … l'expropriation des terrains de golf au Venezuela pour en faire des logements sociaux! J'adore!
À 17h, je me pose sur la place principale. Le coucher de soleil offre une belle lumière sur la municipalidad bleue et blanche, plus belle que l'Église (il se fait pas chier le maire!) Je retrouve la quiétude des pauses à la Anna. Enfin, même si c'est beau, il faut bien dire que ça pue la pisse et que les piafs font un sacré barouf!
Comme sur tant de plazas de armas, les gens et les enfants se retrouvent à la fin de la journée. Je remarque qu'il y a beaucoup plus de noirs que dans les terres. Un concert qui joue faux passe. On me regarde. Deux types se penchent sur mon épaule pendant que je dessine la municipalidad, la vendeuse de chocolats passe et repasse pour regarder le dessin, elle est très gentille. Des gamins s'installent autour de moi et se parlent; "tu reconnais?". Et quand j'ai fini, ils me sourient et me disent ciao, comme si on était potes! Je devrais pas dessiner, ça prend trop de place sur mon carnet… Enfin, je m'intègre mieux (et c'est plus agréable) en étant seule. Je tourne sur la place pour trouver un bon angle de vue et dessiner l'Église. Puis quand je dessine la place, les gamins grimpent sur le banc derrière moi, courent vers la statue du libérateur Jose de San Martin (qui a pourtant l'air très hispanique) pour que je les dessine; "a mi me ha dibujado, mira mira!". Il sourient et puis partent avec leurs mères. Mais de toute façon, j'ose moins dessiner les personnes depuis Charcana, où je connaissais mes "sujets".
Quand la nuit tombe, je retourne au petit resto pour bouffer (avec une ristourne de la patronne) une soupe au piment pas terrible et surtout d'un gâteau chimique des plus détestables, à vomir… J'aurais vraiment bouffé que des trucs dégueulasses aujourd'hui! Et le pire c'est que j'ai rien laissé par réflexe!
Puis je vais sur internet, où je découvre qu'une copine est virée de mon lieu d'étude… Quand je repense à ces partiels, ça me fait penser aussi que je suis contente d'avoir pu apporter quelque chose à Anna (après lecture de son mot). Je n'en étais pas sûre, j'avais plus l'impression de l'inverse. Sa solidité et son côté complémentaire étaient tellement forts…
Je retourne dans ma petite chambre dont je découvre une des raisons de son prix; la cloison n'est pas fermée en haut et j'entends tout; bruit de voiture, molards, gens, cris, portes… Buenas noches!
Posté le 13.08.2007 par peru06
Ca ne se voit pas, mais elle n'est pas très en forme, la jésuite!! Toits défoncés dans lesquels se nichent des piafs, portes vermoulues, squat... Pourtant, je lui trouve bien plus de charme que l'église sur la place, gros mastoc de dogme brut. En plus, malgré la couleur jaune, je l'avais pas remarquée tout de suite, cachée qu'elle était derrière le marché...
Posté le 13.08.2007 par peru06
Je rêve de France, notamment d'un footing avec mon père, mon frère Guillaume, un groupe de parisiens et "Camille" (qui se change en un personnage de théâtre, Muriel). Pour me réveiller de ce fatras, je me lève et le patron m'offre un café! Un vrai! Anna serait verte. Je l'accompagne d'une brioche et de biscuits au chocolat achetés à l'ambulante du coin de la rue. Délicieux!
Puis j'ai rendez-vous avec le bus de mon guide. On passe devant des maisons pleines de couleurs et de petites cours. La côte par contre est lugubre. Engouée dans la brume grise et la terre ocre d'où s'échappent parfois quelques oiseaux roses, cette bande de sable rocailleux est parsemée de zones militaires comme des fantômes et de cadavres recroquevillés de bus et de proues de vieilles coques.
Par contre, une fois au port rempli de coréens (qui paient 2 fois plus que nous et 3 fois plus que les péruviens, on le voit sur le feuille d'émargement!), je fais vraiment une allergie aux touristes! Des boutons me poussent partout et enflamment mon organe d'amabilité!! Ces deux mois m'en ont dégoûtée; ils sont irrespectueux et méprisés à la fois, il y a une barrière énorme. Enfin on embarque pour voir de vieux bateaux-fantômes, des roches rouges ou vertes, teintée de gris et noir, et des terres ocres pâles pouvant virer au bleu… les cris des otaries résonnent dans la grotte.
Au fond du bateau à mes côtés, il y a un jeune barbu aussi pouilleux que moi et qui a l'air tout aussi réticent et imperméable à ce troupeau à chapeaux adidas. En prenant une photo d'otaries, on se rend compte qu'on est tous les deux français. On discute, fait connaissance. Il s'appelle Ludwig, et ça fait 4 mois qu'il est au Pérou, dont 2 à Andahuaylas pour un stage de son école d'ingénieurs. On commence à penser finir ce voyage ensemble, vu que nos avions partent presque en même temps.
Puis on retourne au port, où on mange une papa rellena super bonne; patate au four avec légumes (oignons), viande et sauce au piment!
Puis la suite du programme, on arrive sur l'île. Mais la nécropole ne peut plus être visitée à cause des vols, et le vieux port n'est plus en activité. On regarde donc le petit musée nazca, où on voit les crânes des nobles qu'on pressait entre des planches pour qu'ils croissent vers le haut… On ne va même pas avec les autres voir les flamants rouges et blancs qui auraient inspiré l'initiateur du drapeau péruvien. On reprend la voiture pour voir la "cathédrale de pierre" qui n'en a que le nom car, comme dit le guide, il faut de l'imagination pour y voir une cathédrale! Le parc n'est pas terrible, mais c'est vrai que le guide compense en étant trop marrant! Alors qu'une femme assez gnangnan et son gamin traînent, il les avertit puis fait semblant de démarrer le bus… Cavalcade assez rigolote!
De retour ensemble à Pisco, Ludwig et moi allons voir à l'agence de mon guide du départ pour savoir si on peut aller à la laguna de Moron. Il s'est tellement plus sur les dunes de Huacachina qu'il aimerait découvrir un autre oasis. Les trois filles qui sont de permanence à l'agence de 6h à 21h rigolent et parlent tout le temps, on éclate de rire ensemble et je ne sais même plus sur quoi... Mais concretement, elles nous disent que c'est beaucoup trop loin, et vu le peu de touristes, les excursions ne seront pas organisées. On ira donc en combi, pas grave.
En attendant, on va manger un panuelo, sorte de beignet au miel délicieux. Aujourd'hui c'est meilleur!
Puis on retourne chacun dans son hôtel. La femme du patron du mien est aussi souriante. Je m'y sens bien, sans obligations. Sauf cette histoire de confirmation de vol de retour dont Ludwig m'a parlé et que je ne sais pas quand ni comment faire.
Posté le 13.08.2007 par peru06
On en apprend, des choses, au petit musée de la réserve de Paracas où nous sommes les seuls car les autres courent après des flamants rouges et blancs.
Et oui, à l'époque nazca, on ne disait pas de quelqu'un de prétentieux qu'il avait la "grosse tête", mais la "tête allongée".
Enfin c'est presque ça; en tout cas, les heureux élus de la noblesse nazca avaiaent, dès leur naissance, des planches enserrant leur crâne dans un sens ou dans un autre pour que sa croissance ne soit oas circulaire. Et vue l'aspect de cire molle d'un crâne de bébé, on comprend que ça donne ça. Les chinois avaient les pieds bandés, nous l'anorexie ou pour les américaines se couper des doigts de pied pour rentrer dans des talons très aiguilles...
Qui a demandé "qu'est-ce que le beau?"? Une convention sociale potentiellement barbare... et comme "le barbare est d'abord celui qui nomme l'autre un barbare" (Levi-Strauss, attention), disons que j'en suis une aussi et puis... je sais pas pourquoi je m'embarque dans cette phrase, là.