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peru06
Description du blog :
Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2007
Dernière mise à jour :
23.08.2007
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Experience d un mois au sein d une ONG dans le village de Charcana Cotahuasi

5 août, d'Arequipa à Cotahuasi

Posté le 08.07.2007 par peru06
On voudrait petit-déjeuner dans le coin, mais quand on descend, le propriétaire est à la fenêtre en train d'observer le vol en action du sac d'un touriste; il n'a pas besoin de beaucoup plus d'arguments pour nous convaincre d'aller manger ailleurs.
On va dans un café à touriste de la Plaza de Armas, avec ce qui semble être un vrai expresso, du muesli, du miel et des fruits pour ma part. Anna prend un petit-dèj américain (avec des œufs brouillés) puis une tarte aux pommes, ça fait du bien par où ça passe, tout ça. On se pose face à la cathédrale, et plusieurs locaux (flics, commerçants, chauffeurs de taxi) nous conseillent de ne rien laisser dans nos sacs et d'y faire très attention. Les portes des taxis sont sécurisées de l'intérieur, beaucoup de policiers patrouillent… Anna a en effet l'impression que les gens nous toisent, nous et nos sacs, pour voir ce qu'ils pourraient voler.
Une église jésuite est en train d'être lavée par une famille (de la grand-mère jusqu'au gamin de moins de 10 ans). Afin de moins s'épuiser sous cette chaleur, on se pose sur la belle place centrale, entourée d'arcades, pour admirer la grande cathédrale aux orgues les plus longues d'Amérique latine (mais qui ont sonné faux pendant des années après le transport de Belgique!). J'y entre, mais il y a une messe, et je me sens vite gênante avec mon gros sac. Cela dit, d'autres personnes s'y émerveillent avec force paroles futiles, brandissent leurs appareils photo et promènent leurs gros sacs bruyamment, limite si ils demandent pas au prêtre de les aider… pendant que des gens essaient de se recueillir. Le curé est en habit noir, sandales, cordon, barbe. L'image d'épinal du moine jésuite.

Puis on prend un taxi pour le bureau d'AEDES (l'ONG qu'on doit rejoindre pour travailler pendant un mois), bâtiment introuvable, paumé dans un labyrinthe de quartiers riches et surprotégés. L'adresse semble fausse, on vadrouille dans cette verrue barbelée (des gardes ne vont-ils pas nous tomber dessus?!). Et puis on voit le numéro semblant correspondre, une jardinière nous dit d'entrer par le garage qui abrite un 4x4 (est-ce un repaire de trafiquants??)
Mais non, c'est bien le lieu du rendez-vous. Il y a déjà Rachaël, volontaire dans le même projet, la seule à être arrivée à l'heure. Deux volontaires espagnols sont aussi là, Mary et Pedro (ils me font penser au couple de la "selva"). Arrivent bientôt deux autres volontaires françaises, Camille et Katel. Cette dernière a mangé dans un petit resto chinois pour son premier jour au Pérou, et au moment de payer l'addition, surprise! Plus de sac! Donc plus d'argent, de passeport, son nouvel appareil photo numérique, ses papiers…! Au secours, ça n'arrive pas qu'aux autres! Enfin, on a peut-être pas la même compréhension de la notion "prudence", car quand je vois ses fringues, j'imagine la tête de mon père si il m'avait vue partir comme ça au Pérou! Ou plutôt non, vaut mieux pas l'imaginer!
On se raconte nos voyages, et il y a déjà une distance inconnue entre Anna et moi. Un hollandais, Martin, attend aussi, mais pour un projet de long terme. Il est beau gosse mais n'est pas causant. Et le seul moment où il parle de l'ONG (ses objectifs flous, ...), on aurait préféré qu'il se taise! On attend que d'autres arrivent, on attend. Pendant deux heures, on ne sait rien, on spécule sur ce qu'on pourrait être chargés de faire au vu de l'objectif hyper précis tel que "favoriser de manière écologique et éthique les infrastructures touristiques". On s'inquiète tout à coup quand on voit les herbiers et les petits pots de maïs différents! On va trier du maïs dans des bocaux pendant un mois, au secours!
Finalement, alors qu'on commence sérieusement à connaître par cœur tout ce qu'il peut y avoir d'écrit dans cette salle , un type d'AEDES, désagréable et qui louche (d'accord, ce n'est pas un critère, mais bon), prend nos noms et nous dit qu'on doit payer… et il repart, le con! Bon OK merci d'être passé, on se rappelle! Durant l'heure qui suit, on va plusieurs fois voir du personnel pour qu'on s'occupe de nous, mais les personnes présentes ne semblent même pas toutes connaître notre ONG. Mais où on est??
Puis on finit par nous dire d'aller déjeuner en attendant nos tickets de bus. D'accord pour se dégourdir les jambes, les 5 françaises que nous sommes mangeons au resto chinois, où nous surveillons nos sacs jusqu'à loucher dessus. Je finis les plats par réflexe, en pensant que c'est ça d'avance sur un prochain repas sauté.
Puis on repasse prendre nos affaires pour aller au terminal. Quand on marche ensemble dans la rue, ça fait l'affiche d'Armageddon en un peu déjanté; troupeau de pétasses avec couleurs pétantes et sacs mal accrochés!
Dans le bus, je suis assise à côté de Rachaël. On regarde rêveusement par la fenêtre, et elle dit;
-Quand est-ce qu'on rattrape le soleil?
-On y est presque!
Rachaël est en 3° année de philo, elle est sympa et intéressante, on discute pas mal de tout et de rien. Surtout de "rien", d'ailleurs, à savoir du ridicule film "La chute du faucon noir". Boum-boum pan-pan, gentils contre méchants. Vive l'Amérique!
On dort un peu, et on arrive à 3h30 à Cotahuasi. Nous débarquons sur la place principale, avec nos gros sacs, les uns et les autres s'en vont… mais personne à l'horizon pour nous, alors que nos billets s'arrêtent ici! Après un quart d'heure d'attente, on commence à avoir froid. Par "chance", une boutique comprenant un téléphone public est ouverte. Nous y composons donc les numéros de téléphone d'urgence… qui ne marchent pas. Cool! Même si nos billets ne sont pas censés nous mener jusqu'à Tomepampa (la ville suivante dont on a vu le nom sur les papiers de l'ONG), on remonte quand même dans le bus. On attend, une fois de plus, dans une atmosphère irréelle; à 4h du matin dans un village paumé, devant des clips de discothèque nullissimes, en faisant des blagues sur la culture de l'anis au Cotahuasi (il faut dire qu'Anna a discuté avec son voisin qui lui a dit que la région était spécialisée dans la culture de l'anis!). On se dit que les herbiers cacheraient un trafic de drogue, vue la richesse de l'ONG et vu le fait que plusieurs de nos interlocuteurs la connaissent…! On rigole bien, parce qu'après tout, on est tous dans la même galère. Mais bon, quand la mère d'Anna lui a dit au téléphone que maintenant qu'elle était dans l'ONG, il n'y avait plus de risques… C'était peut-être un peu prématuré!
Finalement, le chauffeur, sachant pourquoi on vient, nous laisse aller jusqu'à Tomepampa, où on est accueillis à 5h par une femme qui nous conduit à son auberge. On promet qu'on gueulera avant de payer pour avoir des explications… et de tuer le coq de l'auberge! Pedro dort seul, moi avec Mary et Rachaël, Anna avec Katel et Camille.



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6 août, de Cotahuasi à Tomepampa

Posté le 08.07.2007 par peru06
Après une nuit sans rêve, je me réveille à 9h avec les coups de marteau dans la cour et la lumière du jour. Je me lave les mains… Le jus noir qui en découle est impressionnant!
On s'aperçoit que l'importante activité au Cotahuasi n'est pas la culture de l'"anis" (comme l'avait compris Anna) mais du "maïs" ! C'est un peu plus logique ! Et dire qu'on a tripé une nuit durant là-dessus!
On petit-déjeune avec du maïs blanc et du fromage, sans rien savoir de plus sur notre avenir dans les prochaines heures. Quand, enfin, notre responsable dont on n'a jamais vu que le nom sur un papier (Marcela) arrive enfin! Je me charge de présenter les représailles du groupe quant à l'organisation jusqu'ici, mais elle nous explique pourquoi elle ne pouvait pas être là à Arequipa, et nous rassure en nous donnant le programme; ça fait quelques responsabilités, et ça a l'air drôlement intéressant! (raviver l'identité culturelle locale par des concours de contes, rénover des panneaux touristiques, engager une réflexion entre l'homme et la nature, décrire la gastronomie locale, faire un compte-rendu du tout devant la municipalité…). Je suis avec les espagnols et Camille dans un village à 8h de cheval (youhou!), tandis qu'Anna est avec Rachaël, Katel et David, le français qui n'arrivera que le lendemain parce qu'il a un patron ou un portefeuille sur les talons!
Vers 11h, on attend le bus pour aller théoriquement aux eaux thermales. Le village est charmant, désert et typique. Ânes et enfants circulent, on admire les vieux et beaux visages, posés sur les bancs, les murs colorés semblent plein d'histoires, les montagnes sont somptueuses… Attendre ne m'est plus très important. On voit aussi passer un combi chargé jusque sur le toit! Finalement, on n'a pas le temps d'aller aux eaux thermales, et les filles montent dans un combi en direction de leur village. Se séparer d'avec Anna a presque été naturel, évident, car on commençait une autre histoire.
On attend à Cotahuasi, où je partage mon poulet-frites avec un petit chat tout mimi. Marcela a une moue de dégoût et m'avertit qu'il a sûrement des tiques. Bon, d'accord, ici on met son affectif de côté... Apprenant qu'on ne peut partir que le lendemain matin pour notre village (Charcana), on attend l'ouverture d'un hôtel dans la poussière pendant un bon bout de temps, allongés sur nos sacs et regardant nos bouteilles d'eau se vider. Puis, une fois les bagages posés, Camille et moi allons faire un tour dans la "ville" (c'est à dire le village le plus important du coin). En allant vers un petit point de vue à l'extérieur, on découvre les paysages somptueux creusés de vallées, auréolés du coucher de soleil, baignés du souffle du vent.... Ce petit village semble uniquement peuplé de chiens, d'enfants joueurs et d'adultes tranquillement assis. La poussière vole, la rumeur est assoupie. Une chose les préoccupe; ils parlent du match de foot entre villages, 1-0 actuellement (je ne sais pas pour qui!). On se promène plus loin, entre les carcasses d'un bus et le terrain de foot. Nous chantons Manu Chao en regardant la lune déjà visible en fin d'après-midi. Quand on arrive sur la place, on se fait siffler par un type complètement bourré qui finit par nous aborder; "disculpa mama, estoy borracho!". On se fait remarquer et siffler par d'autres, mais sans méchanceté. Faut dire qu'ici, les touristes semblent loin d'être habituels.
Alors que le froid tombe, je vais chercher un pull et on va boire un mate de coca, avec de vrais feuilles (qu'on fait sécher et garde précieusement). Puis on se rejoint avec les espagnols, et deux enfants nous montrent le chemin pour aller jusqu'à l'auberge. J'en prends une sur mes épaules; je ne sais pas trop pourquoi, mais ces gamins me fascinent et c'est plus facile de partager quelque chose avec eux en y allant direct (je vais pas prendre une big mama sur mes épaules!). On a un dîner encore bien gras et lourd, pendant lequel on est forcés d'admirer à la TV une sorte d'Alizée péruvienne de 15 ans qui ne sait que bouger du cul et chante faux (conseil; ne pas s'aventurer à écouter les paroles, c'est encore plus consternant). Les clients pleins de bière l'admirent car elle vient de Cotahuasi. OK, chacun ses poufs!
Quand on repart, la gamine que j'avais portée demande à Pedro de se baisser à son niveau, pour qu'elle lui susurre quelque chose à l'oreille. C'est trop mignon, on croirait une déclaration d'amour! En fait, le sens est tout autre et enlève de son charme; elle lui demandait comment on disait "papa" et "maman" en anglais. Quand on est touristes, on doit forcément être américains!
À l'hôtel, je prends ma première douche chaude depuis Aguas Calientes, c'est à dire il y a trois semaines! Shampooing, eau chaude et épilation… Le pire c'est que je n'en sentais (les autres sans doute que si!) le besoin, mais en tout cas ça fait quand même du bien!

7 août, arrivée à Charcana

Posté le 02.08.2007 par peru06
À 4h30, je me réveille au son des hommes qui s'esclaffent dehors. À 5h30 commence le bruit des coqs, des ânes, des chiens… Ouah, la journée commence tôt! Il faut dire que je n'arrive pas à évacuer cette quantité inhabituelle de bouffe, et mes pauvres pitits intestins non accoutumés me tiennent en éveil!
Une fois qu'on sort dans la rue, il y a une drôle d'ambiance matinale, où on voit les gens qui courent, portent des charges, crachent, courent avec un ballon, … On est dans un zoo, une usine ou un stade de foot ici??

On part à 6h45 dans le combi quasiment vide. On a de la chance (et en même temps on est un peu déçus), car la route est terminée depuis un mois. Avant, il fallait 8h de cheval jusqu'au village!
Au fur et à mesure de l'attente, on croise à plusieurs reprises un passant, dont le regard doux reste dans ma mémoire. Il semble tout droit sorti d'un rêve. Des yeux clairs et émus, presqu'au bord des larmes si ce n'est qu'ils surmontent un corps taillé dans la roche, carré et brutal. Bref, petit instant pseudo-romantique…
Sur la route, on croise aussi une petite fille avec une sucette dans la bouche. Normal, dirait-on. Elle est pieds nus, sale, vêtue de haillons ressemblant vaguement à un pyjama. Ses cheveux sont ébouriffés et ses mains rentrées dans son pull miteux à cause du froid. Elle regarde le combi partir, et elle est touchante.
De loin, on aperçoit des ruines d'où monte la fumée, issue d'une grosse marmite noire et bosselée. Des enfants jouent autour, sautant sur les pierres éboulées qui forment un vague mur. Drôle de cuisine dernier cri!
Le canyon du Cotahuasi (le plus grand du monde paraît-il) est magnifique. On observe, dans le fracas de la route bosselée et du moteur crapotant, les dessins somptueux des terrasses colorées. Les artistes n'ont rien inventé!
On s'arrête parfois dans quelques villages perdus, isolés et poussiéreux. Une place principale déserte où reposent des bâtiments fatigués dont la peinture s'écaille. On y embarque quelques paysans, des barres à mine, et on requinque la voiture avec un pichet d'essence!

Puis, vers 11h du matin, on arrive à Charcana, où les enfants courent après le combi qui arrive. La présidente du comité touristique, Luz, nous accueille.; c'est la présidente du comité touristique du village, mais elle en sait encore moins que nous quant à notre projet! Elle croit qu'on y reste 3 semaines alors qu'on 10 jours! Les programmes discordent et on se retrouve dans la même impasse qu'avant de venir. Décidément, le manque d'organisation n'était pas qu'un incident de parcours à Arequipa. On demande à Luz de contacter Marcela, de l'ONG, pour lui demander à ce que l'on reste tout le temps à Charcana. Ce serait trop dommage de couper, on s'intègrerait moins! À voir, comme la liaison téléphonique reste chaotique, il faut attendre que Luz aille à Cotahuasi.
On va d'abord déposer nos sacs dans une chambre rustique, emplie de bougies rigolotes en guise d'unique source de lumière; les fenêtres sont chères et moins isolantes que les grosses pierres. Il y a aussi plein d'"amulettes" qui pendent des poutres, comme des cœurs en peluches, des rosaires, des casseroles, de la laine de lama…
Puis Luz dit qu'on doit mourir de faim et nous mène dans une pièce sombre et poussiéreuse pour prendre un curieux petit-déjeuner de thon, d'oignon, de tomate et de pomme de terre, le tout accompagné d'un mate de coca.
Puis on se ballade avec le mari de Griselda (notre restauratrice du moment) à travers les ruelles délabrées traversées de rigoles crasseuses et les maisons abandonnées, imprégnées de fortes odeurs d'animaux et d'excréments. Soudain, des grognements sordides et sonores nous flanquent une bonne frousse! Ce sont des porcs parqués derrière les murs de la rue! Des enfants crasseux nous adressent quelques regards curieux, urinent sans honte sur la place. Je n'ose pas prendre de photos pour l'instant, ça serait un manque de respect, je trouve.
On va voir le terrain de foot, qui consiste en trois bouts de bois empilés de chaque côté d'une pelouse brûlée par le soleil et l'altitude, mais qui peut se vanter (et ce n'est pas commun) d'une vue sublime sur les volcans. À côté il y a l'école, où trône un puma empaillé, tué il y a 30 ans alors qu'il venait voler les poules. Il ne fait plus très peur à présent, rongé par l'eau et le vent! Des pumas comme ça, j'en affronte sans problème!!
Puis on continue le chemin vers les autres villages, avec qui il y avait des guerres autrefois). Le chemin des champs est parsemé de roches rouges, de la vue des terrasses en courbes multicolores, du chant des oiseaux, des lamas passant et agitant les rubans colorés pendus à leurs oreilles. Ca sert à reconnaître leurs propriétaires, mais ça fait surtout très con. Des enfants conduisent des ânes et des moutons, les gens nous croisent en souriant. Une femme édentée et sans âge parlant seulement qechua file la laine de lama. Ca paraît primaire et ridicule, mais filer la laine est fascinant et difficile! On essaie et réussit avec adresse à lui casser la laine sans en faire du fil. Ok, bah salut!
On arrive au champ de patates, où des groupes de 5 paysans sont à l'œuvre pour labourer la terre et semer les patates; 4 enfoncent de grandes barres à mine dans la terre (le chef est sur le côté), et le dernier soulève de ses mains la grosse motte de terre. Une vieille femme aux traits sinueux semble être la préposée à la "chicha", de l'alcool de maïs blanc stocké dans un bidon à essence qu'elle verse dans des gobelets fendillés en plastique sale. Elle nous en propose, ou plutôt elle nous en donne directement un plein gobelet à boire. On goûte, on discute tout en essayant de bamancer derrière nous cet immonde breuvage, acide, farineux et plein de copeaux de maïs… Bouarg! Seul Pedro arrive à finir le gobelet d'un coup, en se pinçant discrètement le nez. "Vous en voulez encore?" qu'elle demande en tendant la main pour prendre nos gobelets. "NON! Euh, non, enfin non merci, ça ira, c'est gentil!" Alors pour compenser et faire goûter bien sûr, on nous sert un alcool de canne maison qui est dans une vieille bouteille en plastique jauni. Ca réchauffe dame boudiou! Mais là, c'est bon!

On retourne au village, sur la place centrale, d'où se dressent deux grands arbres où est accroché un trio de haut-parleurs servant à appeler un habitant à l'unique téléphone du village! La senora Gaida hurle dans le micro de mauvaise qualité "Fffff… Ffff… Allo, Allo. Maria Avena tiene una llamada telefonica! Maria Avena!" Les habitants doivent avoir l'oreille fine pour déchiffrer les noms! Ca nous fait hurler de rire tellement ça paraît pittoresque!
La senora Gaida est notre hébergeuse du moment. Dans son petit magasin, son mari se tient au milieu des décorations de noël, de brics et de brocs, de bananes et d'épingles, de fers à cheval et de bonbons, de pancartes avec des proverbes signifiant qu'on ne prête pas.
On déjeune (une heure après le petit-déjeuner, mais on ne plaisante pas avec les repas!) de grains de maïs cuits avec du fromage, d'une soupe de quinua (céréale de haute altitude) avec de la graisse de viande et des patates.
Puis on se pose sur la petite place déserte (tout le monde est aux champs) et ensoleillée. Mais au moindre nuage, on comprend pourquoi les femmes ont d'épais pantalons sous les jupes! Qu'il fait froid, à cette altitude!
On se dit que pour les aider, on devrait écrire sur eux au Lonely Planet, histoire de donner l'idée aux touristes.
Des taureaux "bravos" passent en troupeau pour être vendus à Cotahuasi. Les "meneurs" qui sont en fait derrière crient pour avertir ceux qui se trouveraient sur leur passage, ce qui est une sympathique attention au vu de leurs cornes monstrueuses!
On monte ensuite vers le mirador, où on voit des adolescents de 13 ans travailler à faire des briques pour construire une maison avec les adultes, ou porter du bois. On continue un peu sur le chemin, avec vue sur le soleil couchant au-dessus des montagnes enneigées. Le silence est presque oppressant tant il règnent en maître sur ces montagnes, au-delà de toute taille humaine.

Nous retournons sur la place du village, où des enfants jouent cette fois au volley, à la marelle, aux billes. Deux fillettes, Cyntia et Joana, s'approchent timidement pour qu'on joue avec elles au volley. La nuit tombe mais nous jouons encore et encore. Au début timidement, puis on rigole franchement à chaque coup dans l'eau.
Les photos numériques les passionnent, et un petit paysan avec son chapeau, ses vêtements troués et son tissu, s'approche en souriant; Dani. Ce sera un très bon ami. On fait ensuite une course de chevaux, où les enfants choisissent leur volontaire préféré pour monter sur son dos! Pedro, l'autre volontaire espagnol, gagne. Ensuite, c'est la grande folie des chatouilles, "guili guili" se traduisant ici "cuchi cuchi"! Un adolescent me regarde passer et me demande, d'un air ahuri et un peu supérieur "Estas jugando??", et je lui réponds en riant que les adultes sont de grands enfants.

Le dîner est magique dans la petite cour de Griselda, la tête sous les étoiles, autour du feu, en voyant les silhouettes de la famille qui attendent leurs platées. La grand-mère, vieille ombre immobile semblant éternellement figée sur son tabouret, attend (il paraît que les gens vivent plus vieux ici qu'ailleurs au Pérou; la moyenne est de 80 ans, et la doyenne a 115 ans!). Le père éreinté se réchauffe près du feu. La mère remue la sa cuillère de bois. Maika, fille de Griselda et une de nos chatouilleuses, est là, devenue soudain très silencieuse. Les cochons d'Inde se faufilent partout en faisant de petits bruits. Assis sur nos rondins de bois ou sur les pierres, nous mangeons notre soupe bien grasse où se noie un poulet musclé qu'on mange avec les mains. Le ventre de Camille gargouille, ce qu'elle nomme "el gato en la barriga" et ce qui fait rire tout le monde.

Puis, un peu à contre-cœur (c'est qu'on commence à fatiguer!), on va à la fête d'accueil. Tous ceux du comité touristique sont présents, on se présent mais je ne retiens aucun mot, à peine les visages. On nous passe des vêtements typiques, et j'ai l'impression d'être au zoo ou à la garderie, tous nous observent et je me sens très mal à l'aise au début. Puis on nous sert et ressert leur très bon vin local, chaud et sucré, dont on verse quelques gouttes par terre pour la pachamama avant de dire "salud" et de le boire. Ca détend l'atmosphère! Chant, guitare et charango accompagnent des danses typiques au clair d'une lune aussi lumineuse qu'un soleil.
Une demande d'électricité devrait quand même être faite, un hôtel et un restaurant sont prévus... Mais tout est si authentique dans cette région oubliée! Son charme séduit nos goûts de riches désoeuvrés pendant qu'ils rêvent d'un peu de confort. L'homme est vraiment un éternel insatisfait! Nous repoussons ce problème philosophique au lendemain pour aller prendre une nuit de repos bien méritée.

8 août, descente dans la vallée du vin de Chusakay

Posté le 02.08.2007 par peru06
Je fais des rêves bizarres d'une France désagréable, de mon frère Édouard se disputant avec la mère (pas très aimée) d'une de ses amies d'enfances, que j'étrangle pour le défendre! Oulah! Camille, elle, rêve aussi de démêlés pas très diplomatiques avec sa meilleure amie.
Quand on sort, on voit sous les toits de chaume un enfant jouer de la flûte pendant que les fumées montent des marmites. La lueur rouge se lève des montagnes. Après un mate de coca et quelques biscuits salés, on fait de nouveau une heure de bus. On s'arrête au bas des ruines des "têtes coupés", Umaccacha, qu'on ne visitera que plus tard. Puis on descend avec Edisson, qui était là hier soir en tant que le fils du guide et de Luz, et on chemine vers la vallée de CHUSAKAY. Il nous guide à travers la montagne ensoleillée, avec vue sur le canyon gigantesque.

Il nous indique des fleurs "Tuna" sur les cactus dont les épines sont venimeuses (d'où l'extrémité jaune de la pointe noire), mais dont les fruits qui ont un liquide au goût de pomme, dont la matière, une fois sèche, sert à fabriquer les portes, tout comme le huarango. Ce dernier est habité de petits animaux (les "cochinillas"), qui une fois adultes sont des boulettes blanches pas plus grosses qu'un grain de maïs produisant une teinture mauve quand on les perce. Il y a la pierre "hieso" que l'on cuit pour en faire de la peinture, il y a ces boules d'épines auxquelles il faut faire attention, car une peau morte de l'épine reste dans la blessure qui peut alors s'infecter. Il y a aussi les "cactus mous", qu'on dit être destinés aux femmes seules! Sympa!!
De sa fronde, Edisson lance adroitement une pierre pour nous montrer les trous dans le roc servant de refuges aux couleuvres. Il faut attraper ces dernières avec prudence (car même si elles ne sont pas venimeuses, elles vous enserrent les membres) et les tuer en 5mn en les enfermant dans une bouteille d'alcool. Après macération, ce serait un bon remède à mettre dans les bandages contre les douleurs, les fractures. On se croirait dans les bronzés font du ski!
Il y a des plantes servant de combustible, de nourriture pour animaux ou pour faire de la corde. En effet, en bas, tout est construit par les paysans et leurs enfants avec les moyens du bord. C'est encore plus isolé que le village en lui-même, faut le faire!
Notre guide, Fortunato, nous rattrape et cherche à rabaisser son fils, qui n'a que 14 ans mais constitue déjà un bon guide (il aime l'histoire). Il le contredit et moque son maniement de la fronde (sur couleuvres et lézards), que je juge pourtant adroit! Pourtant, notre premier jugement se confirmera par la suite, à savoir qu'Edisson est vraiment touchant et adorable. Il connaît beaucoup de choses sur la nature, le travail, l'histoire…, il est débrouillard et curieux; on lui apprend quelques mots de français; "bonjour", "bonsoir", "comment tu t'appelles". Enfin, délaissant ses rivalités familiales et de testostérone, il nous dit que le paysage est triste et sec en ce moment. En mars et en avril, la saison des pluies ferait renaître les fleurs et la verdure. Il nous montre à son tour les plantes médicinales (qui constituent ainsi 80% des plantes péruviennes selon lui), à savoir le cactus de Soga servant à guérir les maux d'estomac, des reins, de fièvre. Le guanarpo serait étudié en pharmacie pour ses vertus contre l'arthrite, les maux de reins et l'impuissance (le guanarpo rouge serait plus fort que le blanc, mais un abus pourrait être dangereux). Il y a le "molle", plante aromatique aux douces senteurs servant un peu comme l'eucalyptus contre le froid, la toux et le mal de tête (il faut frotter la feuille sur l'endroit douloureux). La fougère, quant à elle, se met simplement sur les chapeaux en temps de fête. La "mouna", à l'odeur forte, sert aux mate et aux soupes contre le mal de ventre. On peut même en faire des caramels, mais je ne m'y risquerais pas!
Fortunato nous montre tout ça de ses mains fortes et trapues, grosses pattes surmontées d'épais doigts courts et tannés par l'effort. L'âne nous attend patiemment avec ses charges.

Lors d'une petite pause diététique frites et œuf, Fortunato nous explique qu'ils veulent un tourisme écologique et non d'aventure, comme les "mochileros" indépendants passant sans s'attarder qui finiraient par détruire l'authenticité du village en demandant des commerces qui ne profiteront qu'à quelques uns. Je n'insiste pas car c'est ce que j'ai fait pendant le mois précédent! J'argumente donc qu'il faudrait que le tourisme à Charcana soit indépendant d'AEDES, mais il manque des membres au comité et Fortunato estime qu'AEDES montre peu d'intérêt pour le village, qui est mal payé. Changeant du tout au tout, on parle aussi du foot et de ses matchs fréquents, des courses de chevaux.
Puis la marche reprend, un peu plus silencieuse car plus fatigante; le chemin se fait plus escarpé et sous un soleil plus lourd. Quand on se pose à côté d'une cascade à l'ombre, c'est… mmmmh, trop bon.
Enfin, nous arrivons sur une terre craquelée par la sécheresse qui constitue l'entrée au village de Chusakay. Ca semble être un village-fantôme, avec ses toits de chaume troués surmontant parfois des ruines de cases. Il faut dire que chaque famille se construit, dans la zone correspondant à son village (on ne mélange pas! Chaque village à ses plants de vigne!), sa case à la saison voulue (récolte des fruits en mars, de la vigne en avril). Et là, à part couper les fils reliant les vieux plants de vigne, il n'y a pas de quoi occuper un régiment! En plus, d'ici une semaine (le 15 août), il y a la fête de la virgen del asunta, qui demande des préparations au village.
Dans ce bout de décor poussiéreux, seuls une vieille femme et deux enfants sont là et discutent en qechua. Les odeurs de fumée se répandent lentement. Le mari de Luz, nous laisse dans la case de la senora Brigida. Les troncs qui soutiennent le toit sont joliment gravés par de s sillons des fourmis et des mythes. On dirait des sculptures minutieuses.
On déjeune vers 12h15 sur des bouts de bambou en guise de lit/siège et un rondin de bois en guise de table. On a du maïs, du fromage (fait à partir de leurs vaches), de la soupe avec un œuf. Puis, alors qu'on se prépare à digérer, on nous amène de la viande de mouton et des patates! On va devenir obèses, c'est pas possible! Par contre, on a soif, d'autant plus qu'il fait super chaud; on n'a que du mate à la pomme sucré qui ne fait qu'accroître le problème! On fait une sieste bien méritée pour digérer tout ça.

Vers 14h on entreprend notre descente vertigineuse (qui cause des ampoules aux pieds) vers le torrent (très profond au milieu). Comme c'est la saison sèche, il faut chercher les eaux naturellement chaudes sous le sable boueux et les pierres d'une couleur étrange à cause de l'oxydation de minéraux. On cherche, on cherche, et il n'y a pas de doutes quand on a trouvé; c'est brûlant, ça bout, même! Le contraste avec l'eau glacée qui nous fouette à cause du courant est saisissant, mais… que c'est bon!
Pendant que le Fortunato fait la sieste, on voit de petites pierres brillantes que Camille récupère et collectionne.
Puis on se met à la pêche en jetant un filet rond qui se ramasse sur lui-même grâce aux poids aux extrémités. Tous les gamins, à la nuit tombée, courent avec leurs filets pour surprendre les poissons dans l'eau sombre. C'est leur divertissement de la nuit, après avoir passé la journée à travailler. Ils se vantent de leur savoir-faire et de leur prise, mais nous ne récoltons que deux truites rosées et tâchées de jaune, pas tout à fait de la même taille/espèce. Il faut dire à notre décharge qu'en saison sèche, il y a peu d'eau qui reste donc claire, et les poissons ont le temps de fuir. On est nuls, mais quand même! On dépèce les poissons avec mon couteau. On remplit nos bouteilles avec l'eau du torrent avant de remonter. Sur le chemin, on croise de grosses fourmis avec le bout du corps jaune orangé. Il y a aussi des plantes qu'on appelle "queue de cheval" et qui soigne les reins une fois pris plusieurs fois par jour en infusion. Les espagnols sont crevés et me semblent bien peu sportifs!
Avec un petit garçon très joueur (on recommence les chatouilles), on a fait quelques leçons de français et de qechua; "comment tu t'appelles"="ima su tiki", "bon"="sumach", "gracias"="sulpe"(pas sûre).
La nuit tombe, les chiens hurlent. On mange à la lueur du feu dans la pièce principale ornée de chapeaux. On couvre le maïs à sécher. Le blé en qechua se dirait "triguche". Les fleurs roses de coton perdent leur couleur dans le soir qui se couche. Moins poétiquement, on dit stop après la soupe-repas par pitié pour nos estomacs et on se couche à 19h30.

8 août, pêche à Chusakay

Posté le 03.08.2007 par peru06
Le fameux passe-temps des travailleurs, adultes et surtout enfants, à la nuit tombée. En effet, là, l'eau est trop claire et lumineuse; les poissons voient de loin le filet qu'on leur jette, et lorsque les poids aux extrémités du filet se resserrent, on a en tout et pour tout pêché deux truites. On se console en glissant les pieds dans les eaux thermales, zones d'eau naturellement brûlante et même bouillante situées sous quelques rochers multicolorés par l'oxydation.

9 août, forêt de cactus, vignes et patates

Posté le 04.08.2007 par peru06
Je fais encore des rêves où je me crois vraiment en France… Je ne sais plus si j'ai rêvé de combats, mais en ce cas c'est la faute de Camille qui me donne des coups de coude! Faut dire qu'on est collées l'une à l'autre sur ces bouts de bambou, et un creux d'épaule serait plus confortable que ces pierres et extrémités de branches. Mais quand je me lève la nuit, je vois que deux types (que je prends pour Edisson et Fortunato) dorment devant notre porte, par terre. Je me sens mal car privilégiée! Enfin, j'oublie le privilège quand je cherche une ruine avec des murs pas trop éboulés pour dissimuler mon soulagement nocturne… Il faut dire que la pleine lune éclaire comme le jour, donc cuidado! Et bienvenida aux habitants de ces maisons-chiottes!
À 6h, plusieurs types parlent et rigolent devant notre cahute. À 6h15, tous sont partis au boulot. Tout à fait réveillée, je sors alors voir Chusakay qui se lève. De loin, on voit les rayons du soleil matinal sur les pierres rouges du canyon, les cactus dressés comme dans l'attente de cette lueur chaude, le murmure du torrent, là, en bas… Ca semble trop grand pour ces quelques ruines humaines. Et pourtant, ces travailleurs semblent se fondre dans ce tout. On voit au loin des traces de cascades, formées de grottes et de trous. Des fumées s'élèvent, les enfants sortent, les parents suivent. Un chien me chique le mollet pendant que je traverse le village, et aussitôt un enfant lui lance une pierre en criant. Alors que je me pose devant le lever de soleil sur les cactus, un gamin au loin me crie; "Hola gringa! Como te llamas?" Je réponds à la petite silhouette au loin et lui retourne la question. Joaquim et son frère, qui mènent l'âne, me saluent donc de loin et me demandent si on va se voir à Charcana, et, satisfaits de ma réponse positive, me disent "Ciao". Je me régale de cette rencontre simple, si agréable. Mais alors vient une autre surprise. Un garçon et sa petite sœur font une approche timide du bout de ruine où je me trouve. Ils s'arrêtent à quelques mètres, et me parlent de derrière le mur, comme si il ne fallait pas nous voir. Le frère est le seul à ouvrir la bouche; il s'appelle Joan et me raconte, à ma demande, son conte préféré que lui raconte sa grand-mère, avec une sorcière et ses 4 enfants, le condor et le loup. Il reste ici avec sa famille jusqu'à octobre pour couper les cordes qui attachent les vignes mortes et en replanter. Il adore pêcher la nuit dans le torrent, et m'explique son truc; coincer les poissons dans des petits trous d'eau qui se trouvent près du bord. S'inquiétant de son retard, sa mère vient, mais elle ne parle que qechua. La sœur aussi rapplique et s'intéresse, essaie de parler espagnol, puis ils repartent au boulot. Chacun de nous est aussi surpris que content de cette rencontre! Qu'il est bon de se lever tôt parfois! Je remarque que la plupart des gamins ne sont jamais sortis de Charcana que pour travailler dans leurs champs ou à Chusakay; ils ne connaissent pas le Macchu Picchu. Mais ils disent tous aimer l'école et rêvent de partir à Cotahuasi une fois ados. Enfants, ils ne semblent avoir aucune notion du temps.
Je retourne dans la chambre, où il y a de vieux couteaux, des os et de grandes barres à mine super lourdes qu'ils utilisent 9h durant sous le soleil pour labourer le champ de patates.
Une fois tout le monde réveillés, on va éplucher haricots et patates près du petit feu de Brigida autour de laquelle les pierres sont noircies. Pour le petit déj, on a œuf, maïs, fromage, mate et vin chaud!
Devant la baraque, un ado craintif travaille pour notre logeuse, Brigida. Il fait des cordes en tressant des herbes sèches (ces "queus de cheval") qu'il coupe à la machette. Mais bientôt, il rejoint les autres peones qui refusent de travailler car ils ont déjà eu leur paye.

Avec Mary, on parle religion au soleil en attendant de faire quelque chose. Je me dis que la prochaine fois, je veux vraiment travailler, et pas me culpabiliser à me tourner les pouces au milieu de gens qui bossent pour survivre. Derrière le lavoir en pierre et sans eau, deux gamines que je dessine jouent à imiter les adultes en ville, et j'entends des bribes de leur jeu; "senorita", "escuela", "ropita"... ça me fait rire. Et dire qu'on a aussi été comme ça il n'y a pas si longtemps!
Christo, un garçon, vient voir ce que je dessine, on discute. Brigida regarde aussi mes dessins, et je suis contente car c'est la première fois que je la vois rire! Je vais chercher de l'eau avec elle au torrent, elle remplit son bidon à essence de 10 litres ainsi qu'un grand seau. Quand je lui propose de l'aider en ramenant le bidon, elle me dit que je n'en serais pas capable et c'est tout juste si ce petit bout de bonne femme m'autorise à l'aider à lui mettre le bidon sur le dos! Je n'insiste pas…

Après avoir travaillé dans les vignes avec son fils, Fortunato nous mène sur le chemin du "bosque de cactus", ou"pampa blanca", où on a le malheur de goûter la baie du molle, aussi douce et onctueuse qu'un grain de poivre!
Les cactus, une fois morts, servent de bois dur pour faire les portes et ainsi isoler les maisons de la chaleur et du froid selon la saison. On récupère des graines de cactus, menacés d'ailleurs de ne pouvoir se développer (comme nombre d'autres plantes) du fait du manque de pluie depuis 3 ans. Ils n'ont qu'à venir en Bretagne!
Le torrent, en bas, me fait envie! C'est frustrant, c'est là que je préfère me baigner. Il sert au rafting musclé, mais 6 touristes allemands y ont disparu l'année dernière; Fortunato avait été chargé de les retrouver pour 1500 dollars de récompense… en vain. Avec tout ça, on se dit qu'il faudrait faire un compte-rendu touristique du site et de son chemin d'accès, les plantes, les excursions, le style de vie.

Le rythme de vie est en effet spécialement tranquille. La pause s'étend tout un après-midi, quand bien-même on n'a pas fait grand-chose le matin. On fait connaissance avec Ronald, 10 ans, adorable et joueur. Au début il nous tourne autour, puis il ose nous parler. En allant chercher de l'eau pour la faire bouillir et la boire, on fait une bataille dans le canal d'irrigation que les uns creusent en faisant une déviation de branches et de pierres. Mais peu à peu, le soleil se cache et laisse place à un vent froid. On n'a plus aucune envie de se baigner! On rapporte l'eau et nous essayons la chicha locale tellement on a soif; la morada est bonne, mais pas la blanca!!
Puis on va voir comment se passe le travail dans les champs, et on finit par sympathiser et aider Candeleria, son mari et un ami pour délier et replanter les vignes. Ils rigolent tout le temps, mais me mettent mal à l'aise quand, lorsque nous proposons de les aider, ils rient "nous on fait ça pour vivre, eux c'est leurs vacances!"; c'est vrai, mais on se sent d'autant plus comme des rebuts inutiles, des enfants gâtés ne sachant pas profiter de leur bonheur.
Après, avec Camille et Pedro, on fait une ballade le long du torrent qui abreuve le village. Après s'être aventurés dans les broussailles et s'être plantés plein d'épines de cactus, je cherche à remonter pieds nus dans l'eau… Marcher sur les pierres inégales dans cette eau gelée me provoque bientôt trop de douleurs, et je rejoins les autres. Je perds mon stylo-feutre dans l'affaire.

À notre retour, les travailleurs sont complètement pleins, bourrés par l'objet de leur travail; le pinard. L'un, qui demandait à Mary si elle habitait à Paris, me demande alors de rapporter une bouteille de vin de Chusakay à sa sœur. Il m'en promet alors une gratuite, mais omet de me préciser l'adresse! Je lui dis oui oui en essayant de me débiner à la première occasion.
Avec Ronald, on joue à "cuchi cuchi", aux chatouilles quoi. On fait de réelles acrobaties sur les branches en chahutant avec lui! Mais je ne sais pas ce qu'a flairé le chien en moi, mais le même qui m'avait mordu le matin vient me chiquer plus profondément la cuisse. Lorsqu'il revient, toujours par derrière, je n'ai presque pas le temps d'esquiver et il mord au même endroit. Aouch, ça fait mal! De colère, je balance une pierre bien fort dans la nuit, à l'aveugle… PEUH! Un gros bruit sourd résonne juste avant ses gémissements aigus! Il aura des raisons de me haïr, mais moi je suis vengée!
On va prendre un dîner toujours plus consistant, arrivant tout de même à s'arrêter à la soupe; on a mal au bide!

9 août, joe le cactus

Posté le 04.08.2007 par peru06
La forêt de cactus un peu dépeuplée par le manque de pluie ces dernières années... Si fait que ces boules de pics meurent et servent de portes, sans que les petites graines noires contenues dans certains de leurs fruits ne puissent tomber et prolonger la descendance...

10 août, retour de Chusakay et farniente

Posté le 04.08.2007 par peru06
Au matin, je me lève alors que les autres dorment encore, comme d'habitude. J'écoute paisiblement les chants d'enfants, les sifflements d'adultes, quelques tambours et flûtes. Deux travailleurs me regardent plus loin, une tasse fumante entre les mains. Je regarde avec amusement les "palomas" que Fortunato et Edisson tirent à la fronde. La lumière orange se dépose sur le sommet des montagnes. Des silhouettes endormies vêtues de chapeaux et de manteaux poussiéreux traversent le village, sans un bruit, comme des fantômes quotidiens. Ils tournent la tête en ma direction (sans doute à cause de mon pull trop coloré, j'avoue que ça pète un peu!), puis s'en retournent nonchalamment à leur trajet, en crachant et discutant au milieu des chiens errants. On voit beaucoup d'ânes aux oreilles coupées, apparemment pour savoir à qui ils appartiennent (!!). Un bruit d'écrasement du fond d'une hutte m'intrigue, une femme semble battre quelque chose dans l'ombre enfumée de sa cabane. Peut-être du maïs, tout simplement, mais le fait de ne pas le savoir embaume de mystère ce geste quotidien.
Deux gamins vont chercher des chevaux, et je crois distinguer que l'un d'eux a mon crayon dans la poche! Effectivement, quand je lui demande où il l'a eu, il me répond l'avoir trouvé près de la rivière où on s'est promenés hier. Je le lui échange contre un autre car c'est un bon stylo-feutre, utile pour le dessin. Il me l'accorde un peu déçu, car il avait trouvé comment siffler à travers le bouchon (ce que je n'ai jamais réussi à refaire d'ailleurs!).
On prend un petit déjeuner gargantuesque; c'est pas possible, on veut nous engraisser comme des porcs!
Ensuite, pendant que le type bourré d'hier veut me réexpliquer comment apporter le vin à sa sœur (il est toujours aussi plein dès 8h du matin), une femme elle aussi excitée arrive. Elle s'indigne et dit qu'on devrait faire des études plutôt que de venir là avec leur argent, au milieu de gens pauvres dont les enfants doivent travailler, sans apporter quelque chose… Un attroupement se forme, et Fortunato suivi d'autres personnes répond que les gens ici ne sont pas pauvres mais en auto-suffisance, que nous faisons des études, que nous donnons de l'argent et que nous cherchons à promouvoir une activité touristique qui bénéficierait aux gens d'ici. De plus, on ne demande que ça, travailler! Mais on nous traite comme des touristes qu'il faut occuper, des gens aisés qu'on méprise sans comprendre, comme si on voulait se donner bonne conscience sans vraiment aider… Cette femme et d'autres sans doute ne nous comprennent pas, et même si il y a du vrai dans ses suppositions jusqu'à présent, c'est blessant.
On finit par partir avec 4 gamins dont les familles n'ont pas de chevaux; ici, les familles savent tout des autres et les rancoeurs sont sourdes. Aucun cheval ne sera prêté et ils montent à pied, sous le soleil brûlant, en faisant des courses entre eux et en prenant des raccourcis sur les caillasses brûlantes. Ils ne paraissent pas si fatigués malgré ce soleil de plomb et ces montées vertigineuses.
On s'arrête à l'"estanque", réserve d'eau de la montagne glacée! Ca n'empêche pas 2 d'entre eux de nous demander des bouteilles d'eau vide pour les relier d'un fil (fait à la va-vite avec de grandes feuilles sèches) et ainsi s'en servir de bouées! On mange un peu de maïs en attendant.
Puis on reprend l'ascension montagnarde. On plaint les chevaux, qui transpirent énormément, mais on les admire aussi pour leur adresse dans les caillasses. Ils ont une crinière laissée longue près de la selle pour qu'on s'y accroche dans les montées. Mon cheval s'appelle "Soro" (renard, d'après sa couleur), celui de Mary "mala cara".
On fait une pause frites. Mary montre l'appareil et prend des photos avec la bande de gamins à l'allure d'équipe sportive, puis ils se mettent tous autour de moi et me regardent dessiner la selle rustique (un bout de cuir sous trois couches de couverture), puis ils observent mon couteau CRKT. Petit moment absurde d'angoisse. Mais ils sont rigolos, complices. L'adolescent craintif, Henry, est nommé "le voyageur" et vient travailler aux vignes de temps en temps, pas pour les même personnes. Edisson me raconte ça pendant qu'Henry, fatigué, repart au village chercher un cheval. Ce dernier trotte drôlement bien et nous rattrape vite fait à la fin de la sieste!
Puis on reprend la route du combi, on a quitté la montagne menant à Chusakay… La montagne semble saigner tant sa terre est rouge. Dans une courette intérieure, la viande sèche à côté du linge sur des cordes entre deux troncs d'arbres maigres. Les deux gamins les plus complices de la bande, avec leurs maillots de sport, se tiennent la main; ça contraste avec leur assurance de travailleurs des champs, et ça rassure en même temps! Le travail n'a pas tout à fait volé leur innocence! Puis ils grimpent sur un rocher et sautent derrière nous, derrière la selle même, comme Lucky Luke! On voit qu'ils n'ont pas encore grand chose à risquer à sauter comme ça jambes écartées!! On croise des agriculteurs qui prennent le blé à la main, le battent avec un bâton. Les gamins, pour ne pas se faire voir sur les chevaux par des connaissances, descendent juste avant. Cette peur du qu'en-dira-t-on m'empêche aussi de marcher à côté du cheval ou de prêter le mien à Edisson, car en cette 6ème heure le cul posée sur cette selle inconfortable, je commence à être naze et mes mollets sont irrités jusqu'au sang!

Une fois qu'on arrive, on a un déjeuner avec du maïs craquant (le meilleur selon moi! Le bouilli est moins bon), mais le sucré nous manque; le sucre en lui-même ne se trouve qu'à Cotahuasi et coûte cher, et les fruits ne sont pas de saison; la seule façon d'en conserver est d'en faire du vin! On n'a donc droit qu'à des frites, du riz, de la viande, du fromage, du maïs!! Très diététique!
On a des problèmes de logeuses, et on doit trimballer nos sacs d'un bout à l'autre du village. Mais à part ça, à 15h30, il n'y a rien de prévu pour le reste de la journée. On essaie de parler à Luz du fait qu'on soit volontaire et non écotouriste, qu'on était donc censés apporter quelque chose de plus. Camille attend en effet plus des remerciements pour cette action que le mépris qu'on a éprouvé à Chusakay. Elle ne comprend pas que cette action constitue aussi une manière de les envahir tout en se donnant bonne conscience. Notre programme ambigu peut laisser penser qu'on reste des touristes devant décrire l'éventail touristique (gastronomie et contes traditionnels) et éventuellement peindre des panneaux touristiques indiquant les sites majeurs. On doit le faire demain, mais bon je ne pense pas qu'ils aient vraiment besoin de nous pour trois coups de pinceau. Enfin.
On profite de l'après-midi pour quelque chose de moins cérébral mais tout aussi nécessaire; laver notre linge dans l'eau froide des canalisations ou du lavabo, au milieu des haricots, des piments et du maïs à sécher. Le vent nous glace et nous couvre de poussière, tout comme nos fringues tout juste lavées... Puis un gamin vient nous offrir du café et du pain… Ils veulent vraiment nous engraisser! Et en plus, ça renforce l'impression d'être des seigneurs non intégrés.
Quand je traduis à Camille, Luz croit qu'on dit du mal d'elle! Elle rajoute en riant mi-figue mi-raisin qu'elle va parler en qechua aussi, si on continue... Bon, sympa. Fortunato, qui est aussi là, regarde Camille qui décroche donc rapidement des conversations espagnoles. Mais il ne sait pas pourquoi, et l'appelle donc "la pensadora"! Ca restera! C'est vrai que si tous les gens qui ne comprenaient pas fermaient leur gueule… Ca serait différent. On va pas dire en quoi, je laisse chacun s'imaginer.

On croise des policiers armés de mitraillettes viennent soit-disant faire leur ronde à Charcana mais ils vont surtout boire un coup dans la petite boutique en dessous de notre chambre, même si elle est fermée! Il y a de petits commissions et arrangements, semble-t-il… Le bruit de leur travail consiste en des chants et des guitares.
On se promène, et les petites cours intérieures à découvert sont trop mignonnes, ça me rappelle les maisons siciliennes dont parlait Anna. D'ailleurs, quand je pense à elle, je me dis qu'être séparées fait sans doute du bien à notre voyage, ça change. Puis on rentre dans la chambre. Camille lit Anna Gavalda "Ensemble, c'est tout" à la lueur pâle de la bougie qui fait danser des ombres envahissantes.
Mais je ne veux pas lire, à vrai dire je n'en ai aucune envie; juste profiter de tout ce qu'il y a autour, à la bouddhiste. Je ne veux même pas de mon MP3. Les chiens aboient, des enfants crient dans leurs jeux et les grillons s'activent avec la nuit qui tombe. Le linge sèche dans la chambre. On a froid et mal au ventre, mais l'ambiance me réchauffe, on est ailleurs.
Puis on discute, Pedro nous raconte que sa mère vient d'adopter une chinoise d'un an et demi (il a fallu 3 ans pour rassembler tous les papiers nécessaires)… Si fait que quand elle aura 20 ans, Pedro en aura 40!! Bizarre, comme truc. Surtout quand on plonge ça dans le contexte d'un village où le mot "adoption" ne doit pas figurer dans le dictionnaire oral…
On va dîner dans la cuisine, toujours dans un bâtiment ou une cour séparé(e) des chambres. La fille de Domitila nous pose plein de questions; elle est un peu simple d'esprit mais bonne enfant. On se couche, lourds de sommeil.

11 août, c'est pas le tout au boulot; inventaires

Posté le 05.08.2007 par peru06
Pendant la nuit, nos oreillers tombent dans la poussière, du haut des planches qui nous servent de lit. À 7h30, heure où on devrait déjà être à petit-déjeuner chez Domitila, je me réveille avec un foutu mal de ventre. Les autres continuent à dormir…! Enfin, la ponctualité n'est pas la règle la plus stricte ici, on n'est pas à quelques heures près! Je reste allongée pour ne pas m'éloigner au cas où ils se réveillent, et je cherche à détendre tous ces muscles contractés involontairement; d'abord relâcher la mâchoire, les poings… Je ne sais pas pourquoi je suis tendue, peut-être parce que j'aurais voulu me lever tout de suite et me balader, commencer la journée plus tôt… Ne pas imposer mes habitudes, ne pas imposer…!
Pour le petit déjeuner, on entre dans la cuisine, vieille baraque sombre aux pierres noircies par la fumée et au toit haut pour qu'il ne brûle pas. Domitila remue la cuillère dans sa marmite comme une gentille sorcière. Le chat est là, farouche, quémande quelque chose. Il n'a pas de nom; il ne sert qu'à attraper les souris! On découvre par ailleurs que notre "café" est en fait de la "cebada tostada" (maïs grillé et moulu), qui se boit avec de l'eau chaude ou froide. Cela accompagne le riz et les frites avec des algues (Cuchayuyo, car le poisson est rare) et du chuno, patate que l'on déshydrate pour qu'elle se conserve plus longtemps (les incas étaient à l'origine de cette technique)… Ce n'est pas surprenant si on rêve de chocolat!
On ne trouve rien de mieux pour le pti-dèj que de parler des trafics d'organes faits avec les enfants de Lima. Dani, le petit garçon du premier soir, nous espionne de la porte pendant la conversation. Puis Domitila, sa tante, l'appelle pour qu'il vienne manger. Il est le plus souvent fourré là, car son père est mort et sa mère malade. De plus, les réseaux familiaux semblent très resserrés en cas de nécessité. Dani dit faire des avions de bric et de broc quand il y a du vent. Le vieux chien Yoggi (pour une fois qu'un animal à un nom et non qu'une fonction utilitaire!!) nous témoigne son affection. Le ciel est beau. Je me détends. Jusqu'à ce que je sois un peu agacée par le fait que les espagnols appellent sans cesse leur famille au téléphone. Sans doute par bravade, je me crois forte parce que je n'éprouve ni le besoin ni l'envie de contacter ma famille. Réaction stupide, orgueilleuse et sans fondement, ça me désole mais c'est ce que j'ai ressenti.

Puis on discute de nos projets en tant que volontaires, parce qu'en attendant que Fortunato rentre de Chusakay, le matos pour la confection des panneaux touristiques n'est toujours pas arrivé, et on reste en plan. Donc, on prévoit d'organiser un concours de contes avec récompenses, donner des cours d'anglais à l'école, essayer de leur créer une boîte-mail.
En effet, alors qu'ils attendent de concrétiser le projet de mini-centrale pour janvier 2007, le panneau solaire fournit un minimum d'électricité. Cela permet au secrétaire municipal d'utiliser la radio (plus pratique que le téléphone mais limitée à l'administration) et de mettre de la musique américaine des sixties sur la place poussiéreuse, où un enfant crasseux se trimballe avec un mouton à demi dépecé sur le dos! Conflit d'époque et de civilisation!
Alors que nous cherchons à faire un inventaire des fêtes et légendes locales, je vais avec Camille interroger un groupe de trois adultes discutant sur la place; ce sont le secrétaire de la municipalité et les policiers très informels, sans uniformes et qui nous proposent un match de volley à 15h, que nous devrons gagner pour qu'ils fassent une parade militaire! Le secrétaire nous parle donc de la fête du patron protecteur de la ville, San Sebastian, fête très prisée du nettoyage des canalisations. Il y a aussi les corridas locales, l'histoire de la guerre de l'eau entre les anciennes tribus Ayamarae et Umaccacha (qui signifie littéralement "tête coupée"). Ils se plaignent aussi, après un peu de discussion, de l'ONG AEDES avec laquelle on est, qui diviserait les habitants sur l'ouverture aux touristes indépendants (les "mochileros") et qui délaisserait Charcana. Bon, intéressant à savoir. On demande par ailleurs au secrétaire de demander dans sa radio aux enfants de venir, après le travail des champs, dans la cour de l'ancien couvent délabré, dont quelques bâtiments pas encore éboulés servent de commissariat. Cela afin de concrétiser le concours de contes.
En repartant déjeuner vers 13h30, on croise un troupeau de lamas aux oreilles décorés. Ils portent du maïs et semblent désagréablement fiers et susceptibles! Je suis d'accord avec le capitaine Haddock! À la table du repas, nous avons un nouveau convive. Pas très causant mais avec un regard très spécial et d'épaisses boucles blanches sur la tête. Car en fait, il n'as que ça, une tête. C'est une tête de mouton qui est posée à côtés de nos assiettes! Ca devient donc mon amoureux officiel, car je fais semblant de l'embrasser sur sa bouche inerte, et Domitila lui sort même la langue de la mâchoire pour faire plus "vrai"!! Lui au moins, je l'aurai pour l'éternité! Mais l'éternité, c'est long, et en attendant Domitila me sert un "mate" à l'herbe amère pour calmer mes maux de ventre, certes matériels mais bien réels.

Une fois sur la place, on voit les enfants jouer aux billes et surtout au volley avec les adultes (leurs profs, le directeur…!). Comme promis, on va donc jouer aussi. On perd et gagne chacun une partie. Mary se fait moquer pour ses capacités sportives hors norme! On joue ensuite au foot (d'ailleurs même ici, on a entendu parler du coup de tête de Zidane!), une partie gars une partie filles. On crache notre sang; essayez de courir avec un ballon à 3700 mètres d'altitude, vous verrez!

Puis on va faire le fameux concours de contes. Ils sont d'abord très peu, puis, petit à petit, alors que la lumière tombe, ils s'approchent de loin. Mary raconte d'abord le petit chaperon rouge, puis on fait plouf-plouf pour savoir qui commence. On leur laisse d'abord un peu de temps pour préparer, et ça s'enchaîne, on note, ça afflue, on finit à la lampe de poche avec des enfants qui vous grimpent presque dessus. À la fin, je fatigue et n'arrive même plus à noter et encore moins à comprendre. Un petit garçon nommé David fait bien rire tout le monde, mais ma concentration défaille. Et qu'est-ce qu'il fait froid! Pourtant, au fur et à mesure qu'on ne voit plus leur visage à cause de la nuit et que je fatigue, tout le monde veut raconter des histoires encore et encore. Alors que la nuit est avancée, on est obligés d'arrêter nous-même. Ils veulent alors enchaîner sur un concours de chansons! Ce sera un autre jour. Les récompenses (bonbons et stylos) en déçoivent certains, et ce n'est pas facile de décider, encore moins de donner ça!

11 août, détente sur la place

Posté le 05.08.2007 par peru06
Fin d'après-midi habituelle, après l'école le matin puis le travail des champs, on va jouer sur la place. Au volley, au foot, aux chatouilles ou aux billes (même si ils y jouent comme à la pétanque car tirer avec les doigts comme on fait ne marche pas; le sol est trop rocailleux).
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