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Nom du blog :
peru06
Description du blog :
Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2007
Dernière mise à jour :
23.08.2007
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De la jungle au lac Titicaca transports compris

20 juillet, voyage en camion jusqu'à la jungle

Posté le 02.06.2007 par peru06
On se lève tôt pour monter dans le premier camion-citerne. Une fois le camion arrivé et nos bagages posés, Anna se précipite aux toilettes publiques et en revient toute aussi pressée; elles sont immondes, sans verrous, les gens vont et viennent en ouvrant et claquant les portes sans plus de pudeur! Les sacs sont balancés par-dessus au fur et à mesure que le temps passe, on est une cinquantaine sur le toit humide et huileux à côté d'autres caisses de marchandise, surmonté d'un tronc sur lequel peut se mettre une bâche en cas de pluie. Le chauffeur bedonnant attache solidement le tronc et la marchandise, regarde qui est là pour pouvoir faire les prix, puis retourne dans sa cabine. On achète des toiles en plastique pour protéger nos sacs à cause de l'eau qui suinte des parois dans la jungle. On va mettre à priori une trentaine d'heures à rejoindre Puerto Maldonado à travers la plus mauvaise route du pays. Mais notre voisin nous raconte que pendant la saison des pluies, il arrive que cela dure huit jours dont deux sans manger à cause d'un fleuve qui déborde! Nous voilà partis, les passants nous regardent. Soudain, le chauffeur s'arrête et nous crie "Baissez-vous, y a la police!" Euuuuh… On ne savait pas que c'était illégal, nous! Au secours! Heureusement, on passe sans encombres et on oublie vite fait cette petite surprise pas des plus agréables.
On sort du village et on monte en altitude, petit camion poussiéreux perdu sur ce ridicule trait de route au milieu des montagnes andines. On voit des lacs, des rives, toutes saisies de froid, des cascades gelées et des pics de glace (plus de 5 000m d'altitude!). D'ailleurs, les passagers ont tous prévu leur identique couverture grise avec des pointillés bleus, celle qu'on voit partout (même dans les bus…). Et nous, on la regrette! On savoure chaque rayon de soleil comme un cadeau rapide et inespéré, réchauffant nos mains ankylosées, nos corps transis et ballottés sur la route poussiéreuse. À chaque virage, tous les sacs et quelques personnes valdinguent et le véhicule penche dangereusement vers le précipice! L'essence macule nos vêtements noircis et recouverts de poussière. Mais nettoyer une tâche impliquerait de sortir la main du pull et des poches ou des aisselles. Donc non!
De temps en temps surgit un bled paumé en bord de route, avec inévitablement un mini terrain de foot fait de trois bouts de bois. On retrouve encore avec ces passagers l'importance du foot dans les conversations sur la coupe d'Amérique du Sud et leur réflexe, quand on leur dit qu'on est française: "Ah pobre mia! Vous y étiez presque! La finale! Le coup de tête de Zidane!".
Des paysans en costume traditionnel avec leurs ânes velus déambulent au milieu de nulle part. Les femmes sourient et se cachent à notre passage. On voit des moutons et des alpacas, des chevaux et des vaches que le chauffeur klaxonne pour passer, des oiseaux aux silhouettes étranges et allongées. Les poules qu'on aperçoit près de quelques maisons sont énormissimes! On dirait des mutants clônés d'après un croisement de berger allemand et de poulet!
Quand quelqu'un du camion doit s'arrêter, les passagers hurlent "Baja baja maestro!" et tapent sur la carlingue pour que le chauffeur stoppe le véhicule ronflant, comme il le ferait sur un cheval tirant leur étrange diligence. Le voyageur saute à terre, les autres lui passent ses affaires, il s'approche de la cabine pour payer le conducteur et ce dernier redémarre en trombe, laissant ce voyageur au milieu de nulle part et qui s'engage comme si les pierres étaient des panneaux d'indication. Les voyageurs tapent aussi sur le camion quand on ne redémarre pas assez vite ou lorsque le panneau STOP des ouvriers, qui nous stoppent parfois longtemps avant de finir un déblaiement de la route, se change en SIGUA. Auquel cas ils crient "Sigua maestro!".
C'est le plus beau trajet de ma vie. Si intense, si puissant, si beau… C'est comme croquer dans un fruit plein de saveurs qu'on ne peut plus distinguer tellement elles emplissent les papilles. La poussière jaune mêlée de nuages blancs donne une impression de rêve. Les changements de paysage et de lumière font entrer dans un autre monde. Et ces gens étranges et si fascinants qui montent à un endroit sans rien, et repartent dans un autre coin de montagne isolé... Cet ouvrier qui rentre vers un chez-soi improbable et perdu, où l'attend une personne qui tannait une peau de bête au milieu de pierres entreposées en guise de propriété.
Une silhouette surgit de la route avec son enfant au regard fier. Ils montent sans un mot, où seulement des onomatopées quand le père lance ses sacs. Ils attendent le long du trajet puis redescendent à un endroit tout aussi perdu, comme un trajet de bus absurde. Simplement, on est en plein air et le coucher de soleil est magnifique sur les pics montagneux. Mais quand le soleil disparaît, le froid se fait d'autant plus sentir! On guette les endroits de la route où les pans de montagne ne cachent pas encore le soleil. De debout face à la route, je finis bientôt assise, dos contre la paroi, pour me couper du vent et me réchauffer. Un homme, en nous voyant nous rapprocher l'une de l'autre en frissonnant, nous prête gentiment sa couverture.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas admiré les étoiles naissantes, tirant vers l'orange, un peu de bleu, parfois du vert, de jaune voire du violet. Une implosion étouffée de couleurs timides, mais de couleurs quand même. Puis j'admire une constellation que j'ai rarement vu aussi belle; d'un blanc pur, des nuées d'astres éparpillées en poussières d'infini, projetées au-dessus des Andes sous formes d'arabesques et de formes gracieuses, comme d'étranges créatures célestes. Je me plonge dedans en chantant silencieusement des chansons françaises. Le bruit du camion les couvre, mais elles résonnent d'un son cristallin entre mes oreilles.
On approche de la jungle; l'air se fait plus chaud et lourd, on a l'impression que le cul de Dieu se pose sur une chaise où malheureusement on se trouve. L'humidité se colle partout, sur nos vêtements, nos peaux découvertes, le sol, les parois. Anna remarque des plantes "dégoulinantes", débordant de lianes et de grandes feuilles tombantes. On entend aussi les cascades (difficiles à passer pour le camion, on a toujours l'impression qu'on va se vautrer!), les lucioles, les pépiements, les grillons.
On traverse le premier village de la jungle, où les habitants sont en short et tee-shirt dans des maisons aux portes en herbes tissées pour laisser passer l'air (et aussi pour s'éviter des frais!). On s'arrête dîner rapidement vers 21h, c'est que ça creuse le grand air. Mais bon, pour eux dîner c'est dîner, et ils prennent Anna pour une extra-terrestre quand elle demande juste du riz nature! Un voisin proteste pour le prix du dîner (3 soles, soit 0,75 euros, le moins cher qu'on ait trouvé jusqu'à présent!), et c'est là qu'on se rend compte une fois de plus de notre approche partiale (et non martiale) et (relativement) luxueuse de ce voyage. Enfin, on va pas jouer non plus aux miséreuses, ce serait hypocrite!
Nos co-voyageurs se soulagent la vessie sans complexe par-dessus la rambarde du camion, sans que ce dernier s'arrête. Nous il faut qu'on descende et donc qu'on se dépêche, et c'est devant les passants qu'on s'y prend, à l'ombre du camion comme on resterait aux basques de sa mère pour pas qu'elle ne parte! (sinon, quelle merde cela dit!)
D'ailleurs, j'ai affreusement mal au ventre (sans doute le changement de température, ou une bouteille remplie à l'eau du robinet qu'on nous a vendue à Saccsayhuaman), on est serrées comme des sardines (le voisin d'Anna tente de mettre son bras sur ses épaules, et elle revient donc sur moi).
Sur la route, le bruit du moteur et les soubresauts anesthésient un peu l'ambiance. Mais dès qu'on fait un arrêt, pour que le chauffeur dorme une heure ou deux ou même le temps de quelques minutes pour déblayer le ruisseau de ses pierres, les ronflements résonnent de manière insupportable! Je me retourne, et je vois au-dessus de ma tête une énorme bestiole ressemblant à une sauterelle géante, qui glisse sur mon pouce… Beuah!



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21 juillet, arrivée à Puerto maldonado

Posté le 02.06.2007 par peru06
L'aube se lève sur les silhouettes de palmiers et de grands arbres. De grands oiseaux planent et passent au-dessus de nous. Le fond sonore grouille de pépiements étranges et de croassements, jusqu'à ce que perce (de manière aussi poétique qu'une tondeuse à gazon ou un aspirateur) le "chant" strident de ces cons de coqs, qui hurlent dès 4h30. Effectivement, le volume sonore équivaut au volume de leur corps! Ils doivent faire un mètre de haut!
Une fois la route reprise, on croise des baraques sur pilotis, avec de vagues planches comme uniques cloisons. Parfois, il y a une pancarte "TELEFONO/RADIO" pour signaler l'exception du coin! La route est particulièrement mauvaise. On attend des heures devant un pont cassé que quelques ouvriers tentent de réparer sans empressement. La poussière est plus dense encore et nous étouffe.
Anna et moi avons toutes les deux la turista. Plutôt que le pain et l'éventuelle eau du robinet servie à Saccsayhuaman (le bouchon avait déjà été ouvert, donc…), je pense que c'est le changement de température qui nous a déréglé le système digestif (de –20 à 50°C!). On a mal à la tête, j'ai des coups de soleil sur le visage, on est fiévreuses et on craint le palu; dans le guide, il signale plusieurs maladies graves, à soigner dès les premiers symptômes qui sont ma foi originaux; diarrhée, fièvre… le genre de trucs hyper rares que personne n'a jamais en voyage, quoi! En tout cas, on se prend en photo et on rigolera après à voir nos têtes révulsées, entre douleur et épuisement.
En approchant des habitations, on aperçoit une multitude de vélos et de motos. Les amazoniens ont un type de visage plus bridé, plus rond avec des cheveux plus bruns. Nos voisins plaisantent, engagent la conversation, puis descendent un peu avant (non sans qu'on leur ai demandé combien ils payaient, pour ne pas se faire avoir). Arrivées à Puerto Maldonado vers 12h, le chauffeur nous dit encore de nous baisser à cause de la police. Sauf que cette fois-ci, il est stoppé au commissariat. Il éteint le moteur, entre dans le bâtiment. Des policiers s'approchent, posent une échelle sur le camion. On retient notre respiration, se voyant déjà dans une geôle amazonienne au fin fond du Pérou! On prépare notre numéro de touristes naïves ne parlant pas espagnol. Finalement, l'échelle est enlevée, on redémarre. Anna se relève un peu vite et croise le regard d'un policier… qui hoche la tête avec un sourire malicieux. Petite commission habituelle sans doute!
Enfin, on s'arrête devant l'entreprise dans laquelle travaille le chauffeur. Je saute du camion. Il me rassure quand à la police, et on paye le même prix que les autres. On arrive à peine à marcher, on doit prendre un taxi pour aller au centre. Anna attend, veut un hôtel de luxe. On se prend une glace délicieuse au Cupuozo, puis on regarde au cybercafé les résultats de l'IEP de Lyon… Anna n'est pas reçue. Elle téléphone pendant que je cherche des hôtels. On va dans un établissement familial (l'hostal dit "moderno"!) qu'Anna n'aime pas. On s'en fout, pas l'énergie de continuer. On s'affale pour dormir sur les lits… Comme des moucherons collés à de la sueur, la chaleur nous empêche de faire quoi que ce soit.
Le guide de l'hôtel nous fait pression et du charme pour nous faire payer son excursion dans la jungle. Moi, plus naïve, j'aurais accepté, car il est passé de 125 dollars à 75 pour trois jours. Mais Anna remarque que son livre d'or ne correspond pas à son nom, ni à ses activités… Il nous recontacte dans la journée, mais sans succès. Anna est inflexible. D'autres guides sont injoignables, pris par des agences de Cuzco. Beaucoup se connaissent; un guide qui passait par l'hôtel nous a conseillé de visiter le mirador dans la ville, nous explique les circuits dans la jungle. Il est très gentil, ne demande rien en retour. C'est ainsi qu'on opte pour le guide Hernan, dont l'épouse Magali nous propose au téléphone 3 jours d'excursion pour un peu moins de 100 dollars.
On est vraiment nazes et malades. On ne peut ingurgiter que du riz nature et du coca! On se sent faibles, parcourues de frissons et de douleurs musculaires, sur la peau.
À la fin de la journée, ça va un peu mieux, et on espère que la nuit nous fera passer cet état. On a déjà moins la diarrhée. On entend le bruit des grillons, des moustiques et des gens autour, car le cuarto est du même genre qu'Urcos.; seules quelques planches séparent les chambres, si fait qu'on attend jusqu'au moindre curement de nez du voisin…

22 juillet, Puerto Maldonado

Posté le 27.06.2007 par peru06
À part le coq à 5h (que je rêve secrètement de retrouver pour l’étrangler, étriper et faire des nœuds pap avec ses cordes vocales!), la grasse matinée s'étend jusqu'à midi… C'est Magali qui nous tire du lit pour nous faire remplir un questionnaire, insistant par ailleurs sur son honnêteté et sa foi religieuse. On prend ensuite une douche froide dans une sorte de WC de la cour du collège, ce genre de truc tout bétonné plein de crasse et de toiles d’araignées, fleurant bon l’excrément et la sueur, avec une porte de bois peint et écaillé qui ne fermait pas. Il n'y avait aucune place pour les vêtements et chaussures qui deviennent crades et trempés à la fois. Trempés par quelques éclaboussures seulement, car quand j’ouvre avec bonheur le robinet de douche, il sort du pommeau miteux un mince filet d'eau qui paraît aussi ridicule que rageant. Mais après cette nuit d'intense transpiration fiévreuse, un rien soulage. Après m’être douchée, savonnée, shampooinée, récurée, frottée avec ma serviette blanche, je rouvre les yeux sur une serviette devenue noire… ! Une subtilisation de serviettes paraissant improbable, j’ai bien peur que ce ne soit vraiment toute ma crasse déposée dans les mailles serrées de cette serviette "Septivon". Je me rassure un peu, la serviette d’Anna a subi le même sort. Vu l’état de nos peaux, on lave alors quelques fringues dans le lavabo commun (dont la blancheur de l’émail semble se rapprocher de celui de nos serviettes). On y va doucement, car la chaleur interdit tout effort sous peine de s’adosser au mur quelques minutes en soufflant... On se sent à peu près dans le même état que nos chaussettes trempées pendues mollement à la chaise délabrée ! On voudrait récupérer de ce voyage intense, et économiser pour celui qui va suivre (diarrhée, jungle, camion…). Bonne nouvelle ; grâce à la chaleur, le sang caillé sur nos lèvres meurtries par l'altitude se mue bientôt en peaux mortes, et on peut enfin rigoler sans se tenir les lèvres pour ne pas gémir de douleur (et ça, ça fait un peu con, j’avoue).
On suit notre « régime » riz nature/coca light. On veut du frais, facile à digérer, qui nous fasse tenir debout un minimum. De toute façon , on a plus beaucoup d'argent liquide, et les banques n'abondent pas dans la jungle! Donc autant économiser.
On visite un peu la ville de Puerto Maldonado, qui paraît être en "toc", comme une verrue plastifiée résonnant de bruits de moto-taxis, écrasée sous une chaleur poussiéreuse… Un intrus au milieu d’une rumeur plus profonde de grillons et d’oiseaux, portée par la présence de la jungle…
On découvre les rues à thème; que des papeteries, que des garages, que des photocopies (un mélange de fourmilière, de marché du samedi et d’usine!), … C’est bizarre, c’est sans doute pratique pour l’utilisateur mais niveau concurrence, je sais pas comment ça marche ! Heureusement, niveau bouffe c’est universalisé ; il y en a toujours partout.
On cherche le fameux Rio Madre de dios pour s’y poser et s’en laisser imprégner. On l’entend sans le voir derrière des baraques de planches mal ajustées. On manque de se faire bouffer par un chien avant que sa maîtresse, assise sur une vieille chaise à bascule un peu plus loin, ne nous indique l’entrée plus loin. Sauf que plus loin, il y a des grilles et quelques gamins curieux qui jouent. Ils nous disent que l’accès est fermé, comme toutes les boutiques le vendredi. Ah bon bah oui bien sûr on le sait, c’est pas comme si ça faisait plus de deux semaines qu’on était là.
On va alors au mirador que nous avait tant conseillé le guide sympa de l'hôtel. Marcher sous cette chaleur devient vite un calvaire, manque plus qu’une croix (les épines, faut pas pousser). En fait, Anna en a même une, de croix, qu’elle cache au poignet par anti-catholicisme, mais qu’elle porte par respect pour sa grand-mère, qui la lui a offerte avant de partir. Enfin en tout cas, on est accablées par la chaleur et les bruits de circulation. On arrive enfin au pied du mirador où on paye 1 sol à un gardien nous prévenant avec un large sourire que l’ascenseur est en panne depuis plus d’un mois… Okay d’accord c’est bon, vire ce sourire on va les monter tes marches, non mais oh. Une fois arrivées, on a vue sur un curieux mélange de tôles ondulées, de double-avenues terreuses et de végétation pittoresque, avec au fond un aperçu du Rio Madre de Dios... Au premier plan, des petits ensembles de cases entourent une cour intérieure où pend du linge. Des enfants quasi-nus sur le trottoir jouent au ballon. Un vrai cliché! On se pose en haut pour dessiner, enlevant chaussures et chaussettes (heureusement qu’il y a de l’air). Si on a marché tant que ça, c’est pas pour repartir aussitôt ! Deux gamines arrivent aussi, nous observent un long moment dessiner puis repartent (les chaussettes ?).
Une fois qu'on redescend, Anna n'est vraiment pas bien; le mélange assez spécial des odeurs de transpiration et de friture lui semble envahir ses narines et lui donnent un mal au cœur poignant. On va donc réserver vite fait nos billets de bus pour Juliaca, une ville à côté de Puno, par où on continuerait notre bout de route sans faire demi-tour vers Cuzco. La route est, paraît-il, très jolie, mais d’après nos recherches il n’y a pas de camions qui semblent prendre de passagers. Dans le petit local où se vendent les billets, les cinq personnes (la petite fille, la grand-mère, le fils, le beau-frère…) nous dévisagent avec une curiosité un peu méfiante. C’est vrai qu’on voit aucun touriste ; ils doivent faire avion/hôtel/jungle/avion.
Puis, un peu à regret pour ma part, on va se poser à la Plaza de Armas, où se rejoignent les pères après le travail, les vieux pour voir du monde, les enfants après l'école, les mères pour amuser leurs enfants avec les petits vélos à louer… Les vendeuses de chocolats et de boissons affluent, les ballons aussi. C’est reposant, comme scène de vie. On s'aperçoit tout de même qu'ici, on ne fait pas tâche parce qu'on n'est pas vêtues de manière traditionnelle, mais plutôt parce qu'on ne semble pas assez occidentales! Certaines ont des jeans moulants, débardeurs, talons… qu'on n'avait pas encore vu, et qui jurent avec nos godillots, nos pantalons troués et nos tee-shirts délavés (le tout recouvert d’une crasse inlavable).
Deux gamines que je dessine s’approchent petit à petit de nous, observant nos dessins en souriant. Puis elles nous dessinent et posent de nombreuses questions. On constate que leurs lignes de main sont beaucoup plus sombres (sans jeu de mots). Elles s’appellent Rosario et Juana et ont une dizaine d’années.
Un homme sans doute en été d’ébriété (ou alors faut s’inquiéter) vient alors nous saluer "bienvenida a Peru" en répétant "que lindo", et nous invite à prendre une boisson pour la bienvenue, même si il a du se la fêter un peu tout seul pour anticiper ! En fait, on a pas le choix ; après plusieurs refus, il part de la place et en revient chargé de ses achats pour nous donner deux bières chacune (on apprend à boire de l’alcool en en versant toujours un peu parterre d’abord, on comprendra plus tard pourquoi) et des galletas aux gamines, qui nous les font partager (on se rend compte d’ailleurs qu’on avait faim !). Elles nous embrassent sur les joues pour nous dire bienvenue, obéissant à celui qu'elles vont insulter après! Le bonhomme, Adrian, travaille à côté comme avocat (la qualité du pantalon et des chaussures confirment), mais son état (il fait l’imbécile en posant avec sa bière et sa casquette de travers) agace profondément Rosario, qui le traite d’imbécile devant cuver son alcool, de monstre ivrogne, elle nous incite à vider nos bières dans la pelouse en disant « c’est bien » quand on n’en veut plus… !
On devient peu à peu l'attraction; la vendeuse de chocolats passe et repasse devant nous en se penchant sur nos dessins sans s’arrêter. Puis elle gare sa poussette chargée de friandises, vient nous voir et s'exclame "que bonito!", puis me pose une question dont je me souviendrai "Mais pourquoi tu dessines?"!! Les enfants sont attirés par l'appareil numérique d'Anna, qui sert à répétition à montrer notre périple et prendre tous ceux qui se présentent. Des gens nous entourent petit à petit. Trois mecs déguisés avec des ballons en guise de seins et fesses viennent s'agiter, nous faire un bisou au rouge à lèvres, agiter leurs perruques. Ils essayent de vendre des chewing-gums mais ils sont surtout une attraction de plus! Quand je commence à les dessiner, beaucoup sont quasiment accrochés à mes poignets, et dès que l’un des déguisés bouge ils hurlent « non non ne bouge pas, elle est en train de te dessiner ! ».
Plus loin, un type un peu mélancolique apparaît avec des bulles de savon, comme un magicien pour les petits. Il produit ses petits globes savonneux, et des gamins ouvrent les mains pour les recueillir, comme un don du ciel… C’est mignon !
Une mère de deux enfants (et enceinte du troisième) vient nous voir et s’assoit à côté, sur le même banc. Elle se plaint du manque de solidarité (comme quoi les gens ici laisseraient les autres mourir de faim à de rares exceptions. Elle semble avoir de l’expérience !). Elle reste sans se lasser, nous pose quelques questions naïves qu'on ne comprend pas bien. À la fin, on comprend pourquoi elle s’intéresse à ce que nous faisons; elle a notre âge.
Anna va sur internet pendant que je retourne à l'hôtel. Moi je n'ai pas envie… j'aurais l'impression de trahir mes sentiments en les racontant, les enjolivant, les conformant aux destinataires… Anna dit avec raison qu'il faut savoir être heureux partout, sans fuite. Mais bon, pour le moment, j'ai vraiment envie d'oublier la France, de vivre ce voyage à part entière. Et puis, futilement de prouver à moi-même et à tous que je suis indépendante affectivement.
2h30 plus tard, après une bonne demi-heure d'inquiétude, je me lève en imaginant déjà Anna agressée, emmenée, au poste, voire tuée… Mais en me levant, je la croise finalement; elle est restée scotchée sur la page du Monde. fr, où elle a découvert l'entrée en guerre d'Israël avec le Liban! De plus, un ami parti à Londres trime pour survivre et se payer son retour! On parle pas mal et, dès l’extinction des bavardages, on s’endort vite. On a rendez-vous demain avec la jungle!

23 juillet, découverte de la jungle

Posté le 27.06.2007 par peru06
Je rêve qu'Anna et moi n'avons plus d’argent, comme son pote de Londres, et qu'on est surveillées dans une espèce de maison close mais en tant que gamins devant vendre des babioles aux touristes (un peu comme dans « le temps des gitans »). Un autre enfant –péruvien- de la maison dit alors qu'Anna risque de casser la gueule aux touristes, ce qu’elle confirme! La "surveillante" me change de chambre avec mes bagages, on s'engueule… ! Anna, elle, rêve de poursuites et de concert. Ca s’accorde plus aux évènements ;
Une fête a commencé quand on s’endormait et a duré toute la nuit jusqu'à 6h du matin, Un mélange de musique pompier, de voix et de cris de gamins, de klaxons partout, de chèvres... Génial, on se sent très festif. Et ce coq mon dieu, ce coq… je rêve d'un coq au vin, d'un coq aux pâtes, d'un coq au cou tordu, d'un coq entre mes mains… !
On se lève, à moitié comateuses, pour aller déposer nos gros sacs dans une pièce sûre de l’hôtel et ne garder qu’un petit sac avec le minimum. On a faim, on est sales (moiteur, crème, peaux mortes, transpiration, poussière, ongles noirs, …); le patron nous zieute bizarrement (des clochardes occidentales, ça doit faire bizarre !) et donne un mauvais sentiment à Anna. Bah. De toute façon, on a pas le choix.
À 8h, Magali, sa fille et son neveu viennent nous chercher et nous emmènent jusqu'au fleuve marron, où des enfants se baignent. Notre petit bateau en bois bleu ciel, fait de planches branlantes, vogue sur l'eau boueuse, bordée de végétations rouges et jaunes. Les mottes de terre flottent comme les pustules d’un espèce de monstre endormi sous la surface... Peut-être du fait de notre faim et de la chaleur, la végétation me semble être, en une illusion d'optique, une gueule béante qui ondule et se meut comme une bête géante. Non non, je n’ai pas essayé la coca !! Mais je suis vraiment crevée !
On accoste et nous devons marcher dans la végétation chaude et ses ponts tremblants. Je suis un peu à l’avant avec le gamin, content de pouvoir accélérer un peu le pas. Je ne sais plus quelle force nous permet de tenir debout ; peut-être l’émerveillement ; on entend des criaillements, voit de gros lézards colorés, des insectes impressionnants (libellule noire et velue, grillons hyper sonores, mouche multicolore, gros papillons aux tons vifs…) Puis nous arrivons près d’un grand lac où on peut se croûter pendant une heure et demi en attendant le guide. Enfin ! Les enfants jouent dans la flotte boueuse et on fait la sieste sur une pirogue abandonnée avec le bruit du vent, des vagues et des feuilles…
Le garde de la jungle Léo vient nous voir, on discute, je le dessine. Puis nous remontons jusqu'aux cases en bois. Il n’y a ni toilettes (à part les buissons sans trop de bestioles) ni douche (sauf une source d’eau moins sale qui descend d’une montagne, pas très loin). À l’intérieur, le toit est fait de branches et les lits, faits de quelques planches et d’une couverture comme matelas, sont protégés de moustiquaires et éclairés d’une bougie tenant sur une vieille boîte de conserve. Décor monacal reposant face à la luxure extérieure ! Tout est parfait à un détail près… Il y a un coq à côté! Aaargh!
On a un déjeuner de malade, typiquement péruvien, avec riz, banane frite, viande, pomme de terre frite… Voilà de quoi requinquer un homme et faire mal à l’estomac! Ils sont tous très impressionnés qu'on soit venues en camion citerne, même les péruviens. Aqueuhè, c’est qu’on est des aventurières intrépides !!
Puis, pour digérer, on va se baigner en sous-vêtements dans l'eau terreuse du lac, qui nous salit plus qu’elle nous lave ! Anna ne se sent pas bien et discute de sa peur des bestioles avec le garde, très gentil et compréhensif. On voit la famille des loutres qui joue au loin, l'eau est douce et bonne. Une autre française, Maïté, est là et critique les touristes qui croient aux mygales et aux serpents dans la chambre.
Une fois séchés au soleil, on va cueillir d'étranges fruits rouges et juteux (les "mamae"), des oranges délicieuses, des citrons, de la coco, des fruits jaunes… si on a la diarrhée, on saura pourquoi, mais c'est vraiment rafraîchissant après un tel déjeuner! Et puis c’est aussi « beaucoup bon goût ». Les deux espagnols (la majorité des touristes dans la jungle seraient d'abord français, puis espagnols) n'arrivent qu'à 16h ; ils s'étaient trompés d'agence! De toute façon, la chaleur interdit toute expédition entre 12h et 15h. Pour Anna, c’est presque trop lent mais moi je m’habitue à ce rythme de lézard !
Ensemble, on part alors en canoë voir les singes. On les entend de l'autre côté de la berge, et on les imagine sauter dans les feuilles. Ils semblent nous suivre, on traque leurs ombres. Les écouter me suffit presque; on les sent sauvages, libres, jouant, vivant pas comme dans un zoo où on ne fait que les voir sans mobiliser d'autre sens.
Mais enfin, dans une trouée, on les aperçoit surexcités; ils se suivent, se croûtent dans les arbres, se disputent et semblent jouer à saute-mouton… trop mignons, de vrais gamins! Les plus grands sont les "capuccino".
Au retour, le soleil couchant et les poissons volants sur le lac donnent une impression magique. À part les grenouilles qui croassent vraiment fort, ça casse un peu!
On rentre aux baraques, sans eau ni électricité (les bougies artisanales qui balisent le chemin sont amusantes). Un habitant nous montre les constellations de l'hémisphère sud (scorpion, Cruz del Sur), et aussi sa "petite amie", … une mygale énorme!! Il en saisit une dans la main et nous hurlons tous, mais ce n’est qu’une peau de mue restée là, toute douce, tandis que les pattes paraissent ventousées. On se méfie maintenant des petites bêtes dans nos cheveux! Bouaaah !
Dans la série gentilles bébêtes, après le dîner, on va voir les caïmans sur le lac… Le guide plonge les bras dans l'eau pour nous passer ces bébés à grandes dents de quelques dizaines de centimètres au bord du lac. Les "enfants" font un mètre, et l'un d'eux a fait 25 points de suture à un jeune guide qui voulait faire le fier! Avec les lampe-torches, on voit comme dans un film d’horreur la multitude de paires d'yeux rouges restés près du bord. Et au milieu du lac, on frissonne en voyant briller les yeux de la mère… Qui fait 6 mètres de long!! C’est cool l’aventure, mais on rentre !

23 juillet, singes

Posté le 27.06.2007 par peru06
Première excursion guidée... De la pirogue, on entend les froissements de feuilles et le pliement des branches sur le rivage. On les entend passer, sauter, tomber, ... on est toute ouïe. Et puis une ouverture entre deux arbres; on voit se précipiter les petits singes à la queu leu leu, comme une famille nombreuse ou un troupeau de scouts. Dès que l'un s'arrête pour nous regarder, l'autre saute par dessus ou le pousse; il tombe, se rattrape et court après l'autre... Vraiment rigolo! le fait de moins les voir fait plaisir, ils sont libres et une entrevue est comme un trésor.

23 juillet, kaï!! m'man!

Posté le 27.06.2007 par peru06
A la nuit tombée et à la lueur des lampes torche, on voit tout plein de mignonnes paires d'yeux rouges le long du rivage. Tous les bébés caïman qui restent au bord et semblent nous observer sous le regard attentionné de maman caïman dans le centre du lac...

24 juillet, expéditions

Posté le 27.06.2007 par peru06
On se lève à 5h30 après une bonne nuit sans rêve (vue l’heure, on n’en a pas eu le temps !). On entend les loutres de l'autre côté du lac faire un barouf pas possible, qui ressemble de loin à une course de Formule 1! Vive la nature et ses bruissements effacés !
Après quelques minutes à houspiller les retardataires et enfiler un tee-shirt, on grimpe tous dans la pirogue. Au fur et à mesure qu'on s'éloigne, on n'entend plus que le bruit de la pagaie dans l'eau. Quelques coups réguliers, une pause. On glisse sur l’eau comme des plumes portées par une brise. On voit des pirogues abandonnées et camouflées par la végétation du rivage, des oiseaux huppés battre leurs ailes dans les arbres, les poules près du bord, les ibis planer dans l'air, et des sortes de gros martinets perchés sur les branches. J'ai aussi un mille-pattes clandestin dans mon sac! Au loin, on voit les perroquets amazone (verts) voleter autour des palmiers pour en sucer le cœur, s'aidant de leurs grosses pattes. Ce n’est pas le mille-pattes mais bien nous, les clandestins.
Au bout d’un certain temps méditatif dans l’aube claire (on est souvent philosophe avant 6h du matin ; qui suis-je ? où suis-je ? que fouté-je ici ? ), on entre dans les bras du fleuve se perdant dans les terres. Enfin, on laisse le canoë près d’une sorte de ponton branlant et vermoulu, perdu au milieu des feuilles et racines. On déambule silencieusement dans la jungle, observant des bribes de vie multicolores, des végétations aux formes dignes de Gaudi. Enfin, on arrive au but et cause de notre réveil matinal ; le guide nous fait signe d’avancer sans bruit pour admirer, toujours au loin, les perroquets qui se dorent aux lueurs de l’aurore. On voit éclairées leurs grandes silhouettes courbes scintillant de rouge vif, de jaune et de bleu sur le ventre. Ces Aras sont perchés en haut, et on voit peu à peu leurs silhouettes s'abaisser, elles plongent et déploient leurs ailes de couleur. La lueur du soleil levant fait tantôt apparaître l'orange, le rouge, le jaune. Trois semblent nous observer, dans la même posture que nous; on se jauge bizarrement…!
Au bout d’un moment, ils partent pour l’intérieur des terres. On continue alors la marche, croisant des petites rives, une sorte de décharge (des roues, une charrette, de la ferraille…) privée (panneau "propiedad de la familia Miranda"!). Ca fait décor de film d’aventure, pour un peu il sortirait un bandit en marcel avec sa machette courant après Indiana Jones !
Le trajet de retour est moins poétique ; ça creuse ! on arrive à 8h30 pour le petit-déj. où on récupère les galletas pour plus tard. On cueille ensuite des fruits pour digérer le riz, les œufs et le pain! Hernan nous aide même à décrocher les oranges en donnant de grands coups de bâton vers le haut. On discute un peu avec lui et il s'étonne qu'on n'ait que 19 ans. On se pose ensuite sous le citronnier immense dont les branches retombent sur le sol, regorgeant de ces fruits pustulants comme de grosses étoiles charnues. C’est un hâvre d’odeurs agrumées qui se développent avec la chaleur, on est vraiment bien dessous… Par contre, les citrons restent hyper-acides, donc ne pas manger comme ça !!
À 9h30 on retourne au bateau qui prend l'eau (une sorte d’aération ?), donc celui qui a la malchance d'avoir la place près de l'écope… écope! A côté de ça, on croise une embarcation de luxe avec des chaises pour les touristes et des gilets de sauvetage ; l’agence s’appelle Corto Maltese (!) et, sans vouloir faire de caricatures, n’est apparemment fréquentée que par des américains ! Ce seraient toujours les seuls à réclamer un gilet de sauvetage… Les américains ne sauraient-ils pas nager ?? Ca expliquerait pourquoi Jack s’est noyé dans Titanic… Hum.
Une fois à terre, on observe la vie sous toutes ses formes ; un ficcus géant entouré de lianes gigantesques et juché d'oiseaux qui lui sucent le cœur (et non le tronc). Beau et cruel… Les lianes font à peu près notre largeur de corps !
On reste ensuite béats devant la scène de l'arbre strangulateur; c'est une liane qui descend jusqu’à la terre et y prend racine, se colle à l'arbre d'origine, l'enserre, l'enlace tant et si bien qu'elle l'étouffe en suçant son cœur pour grossir ses bras multiples et souples, enveloppant leur amour fatal jusqu'à n'en laisser qu’une ombre puis du bois mort et prendre sa place. Quelle beauté fatale et fascinante! Tant pour le graphisme des entrelacs de bois que pour cette histoire à ne pas retranscrire humainement !
Certains arbres semblent en pleine grossesse à cause des poches d'eau qui déforment leurs troncs! Une amie (péruvienne à ses heures) me dira plus tard que c'est des arbres de légende, les dévoreurs d'enfants. À la manière de sirènes, ils attirent les gamins se promenant seuls et les avalent tout rond. Ce serait déjà arrivé…
Plus banalement, on voit des arbres comme le cèdre ou le cachapona, un drôle d'arbre dont les racines poussent comme des branches vers le sol, puis s'y installent et prennent la couleur du bois sec. Puis on croise d'énormes nids de fourmis. Et quand on s'arrête un moment pour qu'Hernan nous en explique quelque chose, ces putains de minuscules fourmis remontent sous nos vêtements et mordent de plus belle! Normalement, elles ramènent les insectes dans leur salive et les mangent ainsi. Mais là, ce doit être des bouts de chair qu’elles ramassent ; on se retrouve à faire une espèce de danse fort ridicule, se frappant les mollets, les épaules… Et il rigole, le guide ! D’autant plus que quel que soit le lieu où on s’arrête, une armée de moustiques (dont on entend le bourdonnement continu) lance l’offensive sans ménagement !
Hernan nous parle des familles nomades qui vivent encore par là, qui ont protesté contre la déforestation mais ne sont presque jamais apparues autrement. Il explique qu’il les a connus et c’est d’eux qu’il connaît les richesses et dangers de cette végétation incroyable. On voit ainsi une liane qui sert de contraceptif pour limiter le partage des terres. Le palmito, a des feuilles collées sur son tronc, et ses fines racines en hauteur prodiguent un soulagement aux maux de règles. La feuille de Palmicha, très perméable, sert à tisser sur le bois les toits de maison (dont nos cases). Une fois sec, cela peut tenir de 7 à 8 ans! On détermine les âges des lianes selon leur couche de lichen (plus de 100 ans pour celle qu'on observe). L'huile qui en sort sert apparemment contre l'apparition de la calvitie. On croise partout des troncs, d'immenses arbres aux racines énormes, où pendent des lianes d'autant plus gigantesques qu'elles sont centenaires. On s'assoit dessus pour la photo. C'est un véritable temple naturel du micro et de l'immense…. On croise le squelette d'un singe, on entend le chant de l'oiseau cano casa.
On croise aussi un jeune singe solitaire qui se pose juste au-dessus de nous dans un arbre, nous observant dans toutes les postions, tête en haut ou tête en bas… Il est aussi intrigué que nous ! Apparemment, il s’est séparé de sa famille pour chercher un autre groupe et trouver une femelle, comme les loutres… et les hommes, un peu.
En marchant, on devine un serpent dans les feuillages… L’expression « faire attention où on met les pieds » prend tout son sens !
On reprend le bateau, mais nous restons coincés une demi-heure par des branches en-dessous. On attend, on commence à avoir l’habitude ! Sur notre peau stagne un mélange de sueur, de crème solaire et de crasse.
On revient manger puis faire la sieste dans les cases imprégnées d'une odeur particulière. Anna s'aperçoit que de petites boules vertes collent à son pantalon, de la même manière que les pattes de la peau de mygale! Miam miam !
On va à la mini-cascade qui nous sert de douche remplir nos bouteilles et se tremper la tête. Que bueno! On salue notre amie la chenille qui rampe depuis quelques temps devant notre chambre, mais on jarte la poule énorme qui essaie de rentrer dans notre sauna naturel. Les boutons de moustique, en sang à force d’être vibro-grattés, cicatrisent mal à cause de la chaleur. On continue notre vie au ralenti (1h30 de pause le matin, 3h à midi…). À 16h, on reprend le canoë avec comme bruit de fond la famille de loutres qui pêche. Les tâches blanches des hérons se détachent de la broussaille en arrière-plan, des tortues bronzent sur un tronc, un vautour plane, le grand chihuahua à l'écorce blanche se dresse dans les airs et fascine Anna.
On accoste pour monter au mirador de garde, si solide qu’il tremble quand on y monte! Il sert à surveiller que personne n'entre dans la zone biologique protégée, tant des touristes téméraires que des braconniers avides. On aperçoit des chauve-souris au milieu des nuages fantomatiques, l'onde plate aux reflets colorés du coucher de soleil rose… Un vrai paysage à la Walt Disney.
Quand on revient à 18h, il fait nuit et on allume partout des bougies sur les boîtes de conserve. En attendant le dîner avec Anna, on parle de la jungle comme d'un havre d'existence, profusion de diversités de la vie, de cet instinct pour la lutte, le danger, la bouffe, la mort. Quel sens y chercher ? Anna en conclut "me gusta la vida" en admirant la lutte et la créativité de la vie pour échapper à la mort. J’y vois aussi, en bon rabat-joie, la brièveté et la cruauté de la vie face à un mécanisme utilitaire de « j’te bouffe, tu m’bouffes « . La mort y semble tellement dans l'ordre des choses, alors pourquoi pas? C'est un vide turbulent de se le dire, mais dont je m'accomode pour profiter de tous ces trucs super. Au fond, c'est dans l'extrême qu'on saisit sans doute cette force qui nous dépasse et nous fait vivre. Quant au sens de tout ça... Je le laisse de côté pour aller sustanter mon tas de cellules!
Le dîner se compose de yucca (sorte de patate à partir d'un arbre) pour alléger le genre habituel... ! Puis on fait une promenade digestive dans la nuit. On ne voit pas grand chose, mais on ressent cette ambiance magique et inquiétante à la fois, séduisante et fatale… Quand on revient, Anna croit voir un truc et me demande d'éclairer la charpente du toit… où se trouve une énorme tarentule! Anna hurle et la mygale se faufile entre les poutres! D'autres grosses araignées se promènent au plafond et aussi juste à côté de nos oreillers, et on aperçoit bientôt deux autres mygales dans la chambre, rentrées par les trous du toit... !! Amis des bêtes venez, on vous laisse ! Les autre viennent voir dans notre case en disant « beurk, j’aimerais pas, les pauvres vont devoir dormir là », et découvrent la même chose dans leurs cases ! Les plus énormes sont dans le réfectoire. Les guides en font descendre certaines avec un bâton et une bouteille vide, tout en nous assurant qu’il y en aura d’autres mais qu’elles ont plus peur de nous que l’inverse et que leur piqûre ressemble à celle d’une grosse abeille. Mais la meilleure nouvelle, c’est qu’il y en a partout à cause de la pluie, qu'elles sentent venir et qu’elles craignent. L'orage gronde. Anna et moi nous regardons; des mois avant le départ, on avait toutes les deux rêvé de cette nuit dans une case au milieu de la jungle pluvieuse. Et on se l'était tellement raconté avec emphase dans nos mails longs comme des romans! Quand on a entendu se déchirer le tonnerre, c'était comme un craquement de bonheur dans le cœur. On s'est précipitées dehors, bras en croix pour sentir les gouttes savoureuses tomber et s'étaler sur nos peaux sales. On criait de plaisir, quel bonheur… que nous seules pouvions comprendre!
Avant de se coucher, on vérifie quand même les moustiquaires pendant une demi-heure pour vérifier qu'une mygale ne s'y soit pas réfugiée. Anna dit même qu'elle a entendu un serpent! Et on n'ose plus, pour faire nos besoins, s'aventurer trop loin dans les broussailles! Mais c'est évidemment cette nuit de forte pluie que j'ai une turista mal venue… En même temps c’était cocasse et pas si horrible. J’ai du rester accroupie un bon bout de temps sous la flotte avec ma lampe de poche, que j’allumais par intermittence pour me rassurer ou signifier à une personne dans le même cas que j’étais là ! Trempée sans avoir froid, j’écoutais la jungle pluvieuse…

25 juillet, dernier jour dans la jungle

Posté le 28.06.2007 par peru06
Le matin où l'on peut enfin dormir (sans trop de rêves), ce sont les meuglements de la vache plus que le chant du coq qui nous exaspère! Je défie les végétariens d’y rester sereins. Les pépiements et la pluie qui goutte sont si doux à côté… La moustiquaire est comme une bulle confortable, une sorte de nuage même si en dessous ce sont deux couvertures sous quelques planches inégales !
On se lève à 7h30 et nous partons à 9h pour aller voir un autre écosystème. De beaux papillons roses et bleus volètent autour de nous, tandis qu’on passe de paysage en créature, comme Alice au pays des merveilles…
Dans la série cuisine, on voit l'arbre à piment, utilisé jeune pour la cuisine et plus tard pour le mal de gorge, mais encore le mythique arbre à cacao, dont les fruits sont coupés à la machette, broyés et séchés quand ils sont jaunes. C’est l’arbre à chocolat ! Il y a aussi différentes variétés de maïs, de bananes (d'origine espagnole). Les bananiers font ainsi leur réserve d'eau en la filtrant par leurs tiges pendant la saison sèche. Décathlon a pas encore fait ça ! Ils sont toutefois menacés par les champignons mortels qui poussent sur leur tronc (nous c’est sous le pied et dans une voiture ; kif kif). On aperçoit par terre une castana, une coque de noix de 50 cm, abandonnée par un rongeur nocturne (on le reconnaît par le petit trou au sommet). Il y en a une autre coupée en deux par une machette, probablement pendant la saison, entre décembre et janvier. Elle contient entre 15 et 20 noix du Brésil ; c’est un arbre présent dans la jungle bolivienne, péruvienne mais surtout brésilienne. Hernan nous les coupe grossièrement à la machette, et elles ont un bon goût d'amande. Elles se récoltent normalement en de multiples sacs de 80 kgs sur les pistes, transportés à dos d'homme. On les sèche puis les met dans l'eau pour qu'elles s'ouvrent aux 3/4, et le fruit à l'intérieur se détache sans problème. De son arbre entaillé sort un liquide paraissant être du miel, mais qu’il ne vaut mieux pas goûter sous peine de mauvaise surprise ; c’est en fait de l'huile qu'on fait bouillir pour ensuite en faire des cosmétiques !
Dans le genre utile, les arbres à piquants (pijuayo) servent aux indigènes à faire leurs arcs et la partie pénétrante des flèches à partir de ce bois très dur et flexible. La feuille de cana cana sert contre la fièvre, le sano sano contre le mal de reins. Une liane, une fois séchée, peut servir de pansement pour cicatriser une blessure (le guide, une fois blessé à la jambe, a été sauvé par ça). Les capilona, eux, servent aux tribus Amayacas pour se soigner des moustiques qui pondent des œufs sous la peau. On en extrait un jus jaune qu’il faut masser sur la tâche noire que forment les œufs multipliés, qui finissent par ressortir 8 mois après. Hernan nous montre la cicatrice impressionnante qui en reste sur le haut de son bras. Sympathique ! Le paico lui a servi d'antiseptique, et la yarraquina quina lui a servi contre la fièvre (origine de la quinine). Elle se coupe en morceaux noirs au goût très fort, servant particulièrement contre la très crainte malaria (issue des moustiques). Il y a ici peu de cas de Dengue (moustiques) mais plus à Iquitos (jungle du nord du Pérou), où il y a encore des morts et des campagnes de prévention. C’est bien la jungle, c’est complet ; y a les maladies et les remèdes !
Les nombreuses cigales font un bruit de klaxon, vive le murmure étouffé de la nature encore une fois ! On voit sur le sol de petites "cheminées" de terre cuite, qui continuent jusqu'à une vingtaine de centimètres sous le sol. Un œuf de cigale y est pondu, et le bébé brise le sommet de la cheminée pour sortir (de l’escalade à la naissance, non mais les barbares alors). Les araignées y déposent parfois leurs propres œufs, ça fait de la bouffe à domicile (les œufs de cigale).
Une énorme toile d'araignée barre d’ailleurs le chemin entier, avec une araignée à la forme étrange mais aux couleurs somptueuses en plein milieu. J’ai failli traverser comme ça et la ramasser au passage, ç’aurait été rigolo tiens ! On voit aussi des larves de papillons dans leurs compartiments collés aux arbres, des petites lianes pour tisser les sacs. De loin, on aperçoit même un anaconda !
Il y a aussi des fleurs d’un rouge sensuel, avec au milieu, quand on tire les pétales, une forme de bouche pulpeuse d’un jaune vif, d’où le nom de la fleur ; "lèvres de fiancée"! On voit aussi des feuilles poilues mais qui coupent ; étrange… un rasoir à poil ! Et naturel en plus !
D’après Hernan, les gardes forestiers qui viennent de Lima ne connaissent rien à la jungle. Pire ; ils en ont peur ! Lui y a vécu, comme nombre de jeunes y habitant voulant ainsi devenir guides.
On rentre déjeuner, et à la fin de la journée, Hernan exécute la promesse faite à Anna en apportant rien que pour nous de la coco fraîchement coupée à la machette! Cadeau légèrement empoisonné pour des occidentales telles que nous, puisque, en voulant détacher la chair de la coque, Anna se casse une dent et moi je me coupe avec mon couteau! Ah les douées ! Les coques une fois nettoyées (pas par nous, sinon il y aurait du sang dessus !) font des cendriers maison. On se "douche" à l'eau de source, mama mia que c'est bon…
Vers 15h on doit repartir pour la ville... A grand regret pour Anna, moi je m’habitue à vouloir rester à un endroit alors que le lendemain on découvre des trucs plus fascinants encore. Sur le chemin, on voit des oiseaux rouges, les "trépaneurs des arbres", qui viennent voler les œufs. Anna glisse tout le temps dans les sillons de boue que la pluie d'hier a formé. Au bout d’un moment ça rate pas, elle regarde un oiseau et plouf ! J’ai peut-être deux mains gauches avec des pouces, mais elle c’est idem pour les pieds. Arrivés sur la petite berge de sable ocre, on prend le canoë à moteur pour débarquer à l'île aux huit singes, qui seraient plus ou moins domestiqués. Hernan nous avoue qu’il n'aime pas ça (et moi non plus), mais ça fait partie du programme de l'agence. De toute façon, on ne les voit pas. On croit les entendre au loin, on crie "chiiiiiiiicooos!". C'est mieux comme ça. Sinon, on peut toujours voir des animaux au zoo, ça vaut pas la peine de faire autant de kilomètres ! Et puis les arbres sont beaux, les perles de pluie qui gouttent encore des larges feuilles donnent une ambiance de royaume déchu. Enfin, quand même, on se fait chier à les attendre, faut pas tout enjoliver non plus ! On retourne à la plage, dont la couleur ocre fait irréelle du fait de la lumière orageuse. Du bateau, on croise de petites tentes pour les ouvriers sur une autre rive. En attendant de retourner à je ne sais quel travail, ils se baignent et nous font signe. D'autres silhouettes de canoë sillonnent le Madre de Dios dans la lueur rouge du coucher de soleil. L’ombre de Puerto Maldonado apparaît, de ses silhouettes mêlées de bâtiments sinistres et de végétation folle. Les lueurs rougeoyantes et le bleu sale du bateau donnent un ensemble de couleurs chatoyantes, si banalement exotiques… Une carte postale de plus, mais c’est toujours agréable de les faire !
Une fois arrivés, Hernan nous paye le taxi jusqu'à l'hôtel où on reprend nos sacs… qui ne sont pas à la même place que là où on les avait laissés. Enfin, le but est de s’en aller. Comme on a pas la monnaie, Hernan nous fait un prix, et on le quitte un peu tristes. C’était un peu un papa !
On arrive à 19h au bus où on avait réservé nos places pour Juliaca. Seulement, on apprend avec joie et bonheur qu’il aurait fallu venir à 17h; nos places ont été vendues! On attend qu’on décide de notre sort, dépitées, en face du car en mangeant nos oranges de la jungle et quelques fruits secs achetés à côté. On ne veut pas partir de la juuunnngleeeeeeuuu ! Mais bon, le prix du séjour nous aide à ne pas rester (120 dollars les 3 jours). Puis on nous dit qu'on peut faire le voyage dans le "paseo", le couloir du bus. Bon, OK, on part alors. Une place se libère tôt pour Anna, et beaucoup de passagers la lui indiquent avec empressement ; les regards étaient déjà très curieux envers ces blanches qui voyageaient comme les misérables sans ticket ou les gamins!
Malgré cette bienveillance, je passe la nuit par terre, allongée dans le couloir avec d'autres jambes devant, derrière et sur les côtés, la poussière démangeant le bas du dos car elle rentre dans les vêtements, les odeurs de bouffe, de transpiration et de ces pieds qui viennent heurter mon visage, les gens qui me marchent dessus à chaque arrêt, les ordures qui traînent sous mon nez… C'est une bonne initiation au voyage! 16h comme ça, ça vous forge les nerfs !

25 juillet, départ sur le lac

Posté le 28.06.2007 par peru06
Toujours sur ce lac plat aux reflets clairs, on voyait pas mal de bébêtes; les loutres au loin, qui se battaient en famille; les tortues qui bronzent sur un tronc; des cormorans qui plongent; des hérons qui passent...

25 juillet, arbre type

Posté le 28.06.2007 par peru06
Ils sont tellement impressionants et fréquents à la fois, ces arbres immenses... Faudrait quand même qu'il pense à se démêler les cheveux, pasque la il a plus qu'à se faire des dreds!
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