De Dol de Bretagne a Cuzco passant par Lima et Ayacucho
Posté le 02.04.2007 par peru06
J'ai tout juste 19 ans, j'habite depuis ma naissance dans un petit bled en Bretagne, pas très loin de Saint Malo. Ce voyage est mon premier grand voyage, loin et sans la famille, "comme une grande". J'en rêve depuis tant de temps! Deux ans avant, je n'étais pas majeure, ce qui compliquait sérieusement les choses et me limitait à des horizons pas fondamentalement exotiques (l'Allemagne…). L'année d'avant, je faisais un tour de France avec mon père pour tenter les concours des 9 IEP de France (et oui! Erreur de jeunesse…). Et cette année, j'ai travaillé un mois à temps plein et je prépare ce voyage depuis au moins 6 mois!
En fait je prépare ce que j'ai en tête depuis déjà deux ans; un voyage au bout du monde en tant que volontaire dans une ONG, avec en plus un peu de temps pour visiter ce fameux pays exotique que je me représentais naïvement (enfin, pas jusqu'à m'imaginer la plage bordée de palmiers, faut pas pousser). Je me suis donc inscrite à un chantier de "Jeunesse et Reconstruction", un des sites que j'avais déjà sélectionné. Je ne sais pas trop pourquoi j'ai choisi le Pérou; plusieurs personnes qui y étaient parties m'en ont parlé, le thème du chantier me plaisait, et comme il rentrait dans le cadre de mes études à l'IEP, j'ai même pu le faire valider comme stage. J'admets, ça fait un peu actionnarial comme rentabilisation de l'espace-temps, mais c'était pas prévu à la base. Je voulais aller en Amérique du sud, dans les Andes, et on m'avait dit que le Chili était assez occidentalisé. En fait, je ne me suis pas trop posé de questions.
Une fois inscrite, j'ai attendu qu'une autre personne fasse de même (les adresses mail des participants d'un même projet sont interchangeables), pour lui proposer de visiter un peu le pays avant ou après. Anna m'a d'abord contacté. On était en plein dans la bataille contre le CPE, et elle s'est chargée d'exacerber mon militantisme, qui naissait avec les études à l'IEP. Enfin, pour le moment il était encore en couveuse. Je votais contre le blocage et allais à quelques manifs ou aux conférences sur le sujet… Mais je ne tenais pas les piquets de grève, je ne faisais pas toutes les manifs, et surtout, je ne saccageais pas les bureaux de l'UMP ni n'organisais de raids en cagoules contre les CRS! Comme Anna! Elle est bien plus radicale, et je cache un peu ma tiédeur derrière des phrases revendicatrices que tout le monde dit et qui n'engagent à rien. C'est pratique. Et puis, c'est commun. Sinon, elle a le même âge que moi, fait des études de sciences politiques à la fac et prépare le concours de l'IEP de Lyon!
On s'appelle, on s'envoie des mails longs comme des romans et on se découvre pas mal de points communs, même si je me sens un peu plus les pieds sur terre. J'ai l'impression qu'on se complètera; qu'elle me fera découvrir des choses que je n'aurais pas vues, et que je couvrirai des risques qu'elle n'aurait pas vus. Elle me fait adhérer à "hospitalityclub". Non non, ce n'est pas un club échangiste ou une secte, c'est juste une organisation sur internet qui permet de se loger et de manger gratos en contactant par avance les gens de l'endroit où on veut aller. Je m'inscris sans mettre que je peux loger quelqu'un, je ne me sens pas encore assez sûre de moi.
On s'est vues une fois à Paris pour faire ensemble notre vaccin contre la fièvre jaune (ces vaccins!! j'ai du mal me débrouiller, mais j'en ai eu pour cher en vaccins!). Mes grands-parents et même mes parents ne peuvent concevoir que je parte avec une fille que je ne connais que d'internet chez des logeurs pris sur internet et dans une ONG choisie sur internet avec un billet d'avion acheté sur internet! Je ne sais pas, ça ne m'inquiète pas. Je suis tellement pressée! On veut rester le plus longtemps qu'on puisse, de début juillet (juste après son déménagement et mes éventuels rattrapages) jusqu'à début septembre (une semaine avant la rentrée).
2-3 mois avant, j'ai quand même un coup de stress au moment de l'achat du billet; mon frérot de 24 ans est tombé dans le coma brutalement; il était censé mourir et puis bah non, "fuck les pronostics"; réveil long et difficile puis rétablissement étrange. Ces ennuis familiaux cumulés sans doute à un cap personnel à passer (d'adolescent post-pubère à adulte pré-mature) m'ont un peu (beaucoup) bouleversée, et je commençais à craindre que 2 mois d'instabilité affective (bah vui il me fallait ma moman et tout et tout) ne soient pas les bienvenus en cette période. Enfin. Je me suis remotivée à fond pour ne rien regretter plus tard, et puis certainement aussi par orgueil personnel (ego, quand tu nous tiens), d'autant plus que je m'étais engagée auprès d'Anna pour qu'on voyage ensemble.
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Posté le 02.04.2007 par peru06
J'ai déjà mon billet d'avion depuis quelques mois (Paris-Miami-Lima), et après un coup de fil d'Anna, je me rends compte deux jours avant le départ que mon passeport a été délivré 10 jours trop tard pour que je puisse faire escale à Miami sans visa! Je téléphone à la préfecture, qui me dit qu'il va falloir reporter mon voyage! Je contacte aussi sec l'ambassade des Etats-Unis (qui facture 14, 50 euros l'appel), qui me signale qu'il n'y a pas d'urgence donc qu'elle peut, dans sa gentillesse, m'accorder un entretien autour du… 20 juillet pour voir si ils peuvent me délivrer le visa quelques jours après! J'ai beau lui répéter que j'ai mon avion le 9 juillet, c'est à peine si elle me raccroche au nez.
C'est un bon coup de stress; je m'étais remotivée pour ces deux mois, et je ne peux lâcher Anna, on a prévu tout un programme…
Mes parents sont là, me suggèrent d'annuler ce billet (260 euros de frais) pour en acheter un qui ne passe pas par les Etats-Unis. Deux jours avant le départ, il faut chercher parmi tous les avions complets, sachant que la majorité de ceux restant passent par Miami, New-York ou Atlanta. C'est primaire, mais je répète "ce qu'ils sont cons ces américains!". Finalement, j'en trouve un qui passe par Amsterdam, 400 euros plus cher mais bon. Ca s'arrange. Seulement, comme un malheur n'arrive jamais seul, le virement ne marche pas. On essaye et réessaye, mais rien à faire, le paiement ne s'effectue pas. Il est 18h, et les ventes de place sont closes à 20h. On essaie alors, avec mon père, de faire le virement à partir de son compte bancaire. Mais il faut des justificatifs. C'est la course aux papiers d'identité, RIB, etc. On ne les trouve pas, on s'énerve, puis on les trouve et les faxe. Je rappelle (cette musique du répondeur de vivacances, quelle horreur!), et le type me dit que le fax est tout noir et qu'on ne voit rien! Aaaaargh! Il est plus de 19h!! Alors on prend le tout en photo, mon père les retravaille sur l'ordinateur et je trépigne, il les envoie, le mail ne part pas… (undelivered mail gnagnagna). Si y a vraiment un connard là-haut, il doit m'en vouloir. Je retéléphone, et cette attente interminable de la tonalité, alors que mes intestins jouent au trampoline sur mon estomac au même rythme que ces putains de secondes qui défilent… 19h52mn30s, 31s, 32… Finalement, on réussit à faxer un RIB lisible et le type au téléphone doit avoir pitié de moi, il accepte de se passer de la carte d'identité de mon père.
Je resterai traumatisée par les formalités de frontière pendant un petit moment! Jusqu'à Lima, je crois que je vais craindre tout ce qui peut se rapprocher à des papiers, un billet, un contrôle, …
Posté le 02.04.2007 par peru06
Je m'habille en "sac-poubelle" pour que, selon les termes de mon père, je sois "imbaisable" (c'est charmant). Même les jours d'avant, quand je mettais un petit haut sympathique avec col en V (pour une fois que je prenais plaisir à être féminine), j'ai vu mon père me dévisager d'une manière telle que trois éventualités s'offraient à moi; soit j'avais une mygale sur l'épaule, soit un bouton blanc énorme sur le torse, soit encore une tâche de purée sur mon pull neuf. Mais c'était un père, donc sa réaction inquiète fut "tu pars pas comme ça au Pérou, hein?".
Mon père et moi partons dans l'après-midi. Étonnamment, moi qui suis super émotive (des larmes pour une simple étreinte, ou une belle couleur tomate pour une prise de parole), je ne ressens aucune envie de pleurer avant de faire les adieux à ma mère et ma sœur. C'est comme ça, je m'y suis préparée.
On arrive à Roissy et, comme on n'a su la date qu'au dernier moment, on dort dans un hôtel trois étoiles (moins cher qu'un 2 étoiles si on paye sans pouvoir annuler); très jolis meubles circulaires, solides et modernes, espace, coffre-fort, frigo avec boissons, télé sur roulette… C'est la première fois de ma vie que j'ai tant de luxe, et c'est juste avant de passer deux mois dans un pays où ce sera la première fois que j'en aurai aussi peu.
Posté le 02.04.2007 par peru06
Départ le matin, je croise une amie étudiante à l'IEP; Émilie, qui fait son job d'été à Roissy. Cet aéroport est une ville, il est 6h du matin, et on se croise quand même!
À la file d'enregistrement et aussi au café, on me dit "S'il vous plaît monsieur-euh…". Bon, j'admets, vêtements larges et cheveux courts, ça aide pas. Si ça rassure pas mon père, ça… Même si bon, je dis que je m'en fous, mais ça me vexe un tout petit peu. Quand même. Un petit peu.
Dans le premier avion (Paris-Amsterdam), un conférencier (avec une correspondance en Norvège) discute de la vue magnifique, d'avion, sur ce partage des terres hollandaises, l'urbanisation… il compare la vue avec celle de son survol de la Sibérie, quand il dut aller au Japon. Même si son parfum est une horreur assez monumentale, il est marrant. Il me fait penser à un vieil ami d'enfance, Étienne. Enfin, désolée pour lui mais au terme d'une longue lutte contre la force d'inertie de mes paupières, je n'ai pas pu m'empêcher de m'endormir pendant qu'il me parlait. Il avait qu'à se taire, aussi. Quand on arrive à Amsterdam, on se fait quand même un signe d'au revoir.
L'aéroport et toutes ses structures de contrôle et de complication me font peur. Un gros policier m'appelle un moment pour une fouille, mais ces complications douanières ne sont en fait que pour les passagers vers New-York, qui attendent dans la même salle que nous. Je prends peur en voyant mes voisins, qui ont perdu leur passeport! Enfin une merde qui ne m'arrive pas. J'attends avec un nœud dans le ventre le prochain problème qui pourrait m'arriver avant le départ. Une fois dans le long courrier d'Amsterdam pour Lima, je me sens soulagée. Ca y est, je pense être vraiment partie cette fois!
La compagnie KLM est vraiment luxueuse. Je me sens déjà pouilleuse là-dedans. Enfin, je profite, je fais mes réserves de graisse!
Ma voisine se signe à chaque décollage, parle beaucoup et avec un accent difficile… Sa famille habite dans l'endroit où je vais faire mon stage. C'est pas que ce soit inintéressant mais elle ne comprend pas que je veux dormir! Je ferme les yeux, murmure de vagues grommellements en guise de réponse, mais non, elle continue. Bon bah hein, je m'endors et qu'elle continue à parler seule, ça doit pas lui changer beaucoup les choses.
Durant l'escale technique à Bonaire, une île néerlandaise à côté du Vénézuela, tout le monde se pose dans le petit aéroport perdu… afin de hurler devant la finale de la coupe du monde!! Les quelques boutiquiers sont excédés, les gens se soulèvent de leurs sièges à chaque action avec un souffle d'angoisse, serrant leurs petits poings, prêts à bondir dans tous les sens… ! Plus tard dans l'avion, c'est le drame. On nous annonce le score, puis le résultat de la partie… Le commandant est désolé pour les français à bord, qui ont perdu 1-0 contre l'Italie! Même les hôtesses nous proposent un verre pour nous consoler! Ma voisine espagnole profite de cette bonté pour rafler une deuxième bouteille de vin qu'elle met dans son sac.
Des films passent, mais je n'ai pas la tête à ça. Et puis, pour changer, je suis fatiguée. Ben oui, ça fait plus de 17h d'avion quand même.
Quand je me réveille, la lueur rouge du soleil couchant se projette sur les Andes. Je me crois dans un documentaire sur le début de la planète Terre. Puis on traverse un épais champ de nuages au-dessus de l'Atlantique, qui enferme Lima dans une nuit embrumée. Ca fait tout triste, moi qui rêvait de climat tropical.
Nouveau stress lors des papiers à remplir pour la douane. Pourvu qu'ils ne me renvoient pas en Europe! Pitié non!
À l'aéroport, alors que je me rends compte avec une mauvaise surprise que mon sac a été fouillé par les services de sécurité de Paris et d'Amsterdam (mais qu'est-ce qu'il a mon sac?), un garde arrive... Et merde, j'en ai marre des frontières et des flics et des papiers, il n'a pas l'air commode en plus. Avec son air d'emmerdeur officiel et tout-puissant, il me demande un papier pour le bagage et de quelle nationalité je suis. Je réponds, alors il me pointe du doigt et s'exclame; "Ah! Que pena! Quel dommage! Vous n'étiez pas loin! Mais qu'est-ce qu'il lui est arrivé à Zidane?". Et il m'explique avec emphase comment s'est déroulée la finale de la coupe du monde de football, le coup de tête de Zidane, la séance de pénalty…! Puis il me souhaite un bon séjour avec un clin d'œil de dragueur, en me tutoyant et en disant "Cia-ciao". Bienvenue en Amérique du Sud!
Je reste dans l'aéroport dont les alentours sont dangereux à cause des faux taxis qui kidnappent et dévalisent les gens. Alors qu'Oscar, mon logeur d'hospitalityclub, est en retard et que mon portable ne marche pas, un taxi sympa l'appelle pour moi avec son portable et me laisse. Quand il arrive, on va prendre un taxi plus loin (des gens nous accostent et nous collent aux basques pour qu'on monte dans leur voiture…). Une fois dedans (pas de ceinture, ressorts bruyants, banquette miteuse… !), c'est la jungle! Klaxons continuels et sans raison apparente, doublements sauvages, piétons de part et d'autre… Et au milieu de ça, je découvre avec émerveillement l'architecture différente, le dénuement, une ambiance magique et enfantine (sauf les grands immeubles et les banques!). Je ne cesse de répéter "es mi sueno desde tanto tiempo! Desde nina he sonado con eso!"
À la maison d'Oscar (qui me paye le taxi), il y a sa tante (en effet, il retrouve sa famille tous les dimanches, joue au foot avec ses oncles et cousins) et une de ses amies. La tante part, nous préparons avec soin et buvons un pisco sour (vin pisco avec des citrons pressés, de la glace pilée, de l'alcool de cannelle et des blancs d'œuf). On discute, j'essaie d'apprendre d'autres mots… Le contact est très agréable! Oscar me propose un riz au curry, mais après les 5 repas de l'avion, mon estomac n'est pas d'attaque. Je me contente de goûter une glace au lucum ma foi assez bonne.
Puis on se ballade dans les parcs avec Oscar, à travers les rondes des policiers qui tournent autour des banques. Par galanterie et sécurité, l'homme doit apparemment se mettre systématiquement à côté de la femme de façon à être exposé au reste du trottoir et à la route. Elle doit raser les murs et être protégée par l'homme d'un éventuel agresseur! Je sens une certaine ambiguïté… Mais je suis épuisée et ne donne pas suite. Je m'affale sur mon lit et m'endors malgré les bruits de voiture, le froid et la lumière des réverbères venant d'une fenêtre dont la vitre ne pouvait servir qu'à empêcher un oiseau de rentrer.
Posté le 02.04.2007 par peru06
Le décalage horaire ne se fait pas sentir. Oscar fait son footing d'une demi-heure, comme chaque matin à 5h! Puis il prend une douche froide, et un petit-déjeuner sur fond de musique "Merengue" (Eddie Herera), avec du pain, de l'avocat, un œuf frit, de la maca (fruit d'altitude) cuite avec du lait et de la "quinua" (céréale d'altitude); ce serait un concentré d'énergie pour toute la journée (notamment par rapport à ses collègues gras, fatigués et ne grignotant que des crackers). L'amie de la tante est très gentille, mais elle nous sert sans manger avec nous et m'engueule quand je veux l'aider.
Alors qu'Oscar est parti travailelr, je me ballade seule dans Lima; un homme crie de manière lancinante "Botellas"! pour les récupérer et les recycler. Les "ambulantes" errent dans toutes les rues, vendant tous chocolats, fruits et "galletas" au bord des routes.
Tout est délabré, parsemé de détritus et de restes de tags. Beaucoup de bâtiments sont abandonnés ou en construction, de grands murs se dressent lourdement dans les rues, comme des murs d'incompréhension, de honte…
Les klaxons et les sirènes étourdissent l'atmosphère grise. C'est une jungle routière! Je me suis fait renverser sur le trottoir sur lequel est montée brusquement une carcasse de voiture qui sortait d'un "parking" (aire terreuse dissimulée par quelques planches). Le chauffeur sort immédiatement sa tête de la fenêtre pour me regarder et s'exclame: "non mais ça va pas? Qu'est-ce que tu fais, tu vois pas que j'étais entrain de monter?!"Il me paraissait aussi inutile que ridicule d'évoquer la priorité aux piétons…
Le centre étant loin et les musées fermés, je me ballade dans les quartiers, sans objectif précis. Des clochards s'installent dans les parcs sales. Ma tête d'européenne me fait vite repérer; "Taxi! Taxi!" me crient les chauffeurs qui m'aperçoivent.
J'arrive bientôt dans un marché où je suis carrément l'intruse! Tous sont particulièrement typés, aucun "blanc" dans les environs… C'est l'ambiance de quartier HLM, avec les parents, la musique, les enfants qui jouent, leurs produits quotidiens qui se vendent. Et moi, je fais tâche! Ils fixent leurs yeux sur moi, je ne peux même pas faire semblant de sortir mon appareil photo. Que c'est frustrant! J'ai envie de photographier, mais ce serait comme les prendre pour des animaux… Je suis alors à contre-cœur le conseil du guide Lonely Planet; demander pour prendre une photo. Le mari veut bien et paraît même agréablement surpris, mais alors que sa femme cache son visage et ses enfants, leur voisine les apostrophe "Alors, tu te laisses prendre en photo, toi maintenant?". Je ressens encore plus l'impression que c'est vraiment leur manquer de respect, mépriser leur environnement. Comme s'il n'étaient pas réels et juste bons à encadrer. Je dévalorise leur univers en me l'appropriant pauvrement.
Je rentre vers 16h et Oscar m'explique la carte du Pérou, le sentiment anti-chilien…
Le soir on va chercher Anna à l'aéroport. On attend Anna avec inquiétude, on ne la voit pas arriver. Une heure après, elle n'est toujours pas là et les passagers de son avion sortent au compte-goutte. Oscar et moi guettons dans la foule, essayant de se faufiler parmi tous les gens amassés près banderoles laissant un couloir aux passagers. Certains agitent des panneaux avec des noms. ,Finalement, Anna arrive enfin, épuisée. Tout le bazar est du aux bagages qui étaient en retard (certains ne sont même pas arrivés!) et celui d'Anna était dans les derniers.
On rentre, Anna n'est pas aussi émerveillée que moi dans le taxi (elle semble naze!), puis on discute sur le pas de porte d'Oscar; pour lui, fumer une roulée est forcément un pétard!
Il nous parle alors de ses expériences chamaniques. Une réelle initiation, avec quelqu'un qui contrôle, te guide dans ce monde… C'est fascinant! Ca donne envie de faire la même chose. Il a vécu dans la jungle avec sa moto.
On va ensuite se coucher, et je me rends compte que, même si ça jette une sorte de "froid" entre moi et Oscar, c'est rassurant d'être avec quelqu'un de semblable. Je l'avoue, même si ça ne va pas avec mon idéal intellectuel de découverte de l'altérité;
Posté le 02.04.2007 par peru06
On fait une ballade à Lima avec Anna; Martha s'est vexée qu'on ne reste pas déjeuner. On a l'impression de se lancer à l'aventure en prenant un "microbus"; c'est une petite camionnette brinquebalante dont la destination est inscrite sur un bout de carton accroché au pare-brise. L'opération s'annonce donc difficile;
-Il faut repérer le micro allant dans la bonne direction (ce qui suppose qu'on connaisse les quartiers de Lima, lesquels sont sur quelles routes…!)
-Dès que le micro ralentit, un type ouvre la portière et hurle la liste tous les quartiers par lesquels le micro passe. Il faut l'écouter pour savoir si ils passent par notre quartier, ou lui demander entre deux klaxons si ils vont bien là où on veut aller. On n'est pas sûr qu'ils entendent, mais de toute façon ils nous disent "montez, montez!".
-Ensuite il faut donc quasiment sauter en marche pendant que la jungle routière s'agite.
-Puis il faut se faufiler entre les gens parqués comme des sardines, réussir à se coincer entre deux sièges et des genoux qui dépassent des espaces trop petits.
-Ensuite, réussir à compter ses petites pièces pour les passer au "hurleur" qui récupère la monnaie (pas forcément en échange d'un ticket d'ailleurs).
-Enfin, repérer là où on va devoir sauter après s'être démené pour se frayer un passage jusqu'à la portière… Et enfin, de l'air et une satisfaction après cette aventure! D'ailleurs, c'est bizarre, on ne voit aucun touriste!
On est donc au quartier de Miraflores, bien riche; tout le centre est sous surveillance policière. On va ensuite "toucher la mer",, l'océan pacifique, où les surfeurs s'entraînent. On marche et s'assoit sur les plages de galets, on parle de l'inquiétude de nos pères.
On mange un bon repas à 12 soles, ce qui nous paraît peu cher, et on va dans le marché que j'ai vu hier. Les regards sont toujours aussi curieux à mon égard, d'après Anna, qui est moins observée du fait qu'elle soit métisse.
On rentre chez Oscar, on passe du temps au téléphone pour trouver un bus à destination d'Ayacucho, et il nous conseille la compagnie la plus chère (Ormeno). C'est le début, on ne connaît ni les risques ni les ordres de valeur… On prend.
Le bus est pourtant bien inconfortable, mais les paysages sont sublimes et surprenants. La pleine lune éclaire vaguement la route étroite et sinueuse. On ne peut qu'admirer (et craindre en même temps) le conducteur! On rebondit constamment sur le siège, et on ne voit pas le bord de la route par la fenêtre; seulement le précipice! Il fait très froid (on ne sait plus comment se réchauffer; pantalon dans les chaussettes, pull dans le pantalon, foulard enveloppé autour du visage pour garder la chaleur de son souffle…). C'est sûrement à cause de l'altitude (presque 5 000 mètres!) qui fait d'ailleurs qu'Anna manque d'oxygène.
Posté le 06.04.2007 par peru06
Du bus, on commence à croiser des bouts de vie, des petites scènes… À 4h, je regarde comme un mirage deux femmes à chapeaux assises au bord de la route. Plus tard, au milieu de nulle part, une fillette sort d'une cabane surmontée d'une amulette protectrice et d'un filet de fumée. Les chiens et les vaches errent, les personnes commencent à labourer, mettre le maïs à sécher, faire sécher le linge…
On arrive à Ayacucho à 5h du matin… Le froid est saisissant, mais comme récompense, on peut cueillir le pâle lever de soleil sur les Andes…
Enfin bon, un lever de soleil, ça nourrit quand même pas son homme quand il fait froid comme ça! On attaque donc les choses sérieuses en cherchant un petit-déjeuner, et à cette occasion on (je) découvre un jus de papaye épais vraiment très très mauvais (je ne peux finir!), et Anna déchante devant un jus de café noirâtre qu'il faut verser dans une tasse d'eau chaude pour obtenir une lavasse assez immonde. Je complète le tout en goûtant cette petite sauce tomate aux oignons qui n'est en fait que du piment… et Dante se refait une scène avec plein d'effets spéciaux dans ma bouche!
Fortes de nos découvertes, nous allons nous balader pour découvrir une ville sans touristes, juste peuplée d'écoliers en uniforme. On observe la vie se dérouler, les troupes de chiens se battre et les plus faibles se faire monter dessus. Un mendiant vient nous voir, et quand je le prends en photo il en oublie de me demander de l'argent; ça a l'air de le flatter qu'on veuille le prendre! Je lui passe quand même 2 soles, ça doit faire une petite somme pour lui, vus ses yeux. Ca paraît un peu dégueulasse de se donner bonne conscience par ce genre d'acte, qui tout compte fait ne satisfait pas plus. C'est pas ça qui va l'aider. Enfin, on continue notre chemin en longeant une église d'où émanent des chants de femmes… On a beau ne pas croire, c'est joli quand même.
On prend deux friands; un sucré avec une pâte marron dont je ne reconnais pas le goût, et un à un fromage inconnu, épicé, savoureux, gracieusement offert par le jeune garçon qui nous servait.
On va les manger sur une place en ruines, avec des blocs de pierre éparpillés sur l'herbe jaunie. Anna ne se sent pas très bien et ne peut plus beaucoup bouger; la visite des ruines semble compromise, et je ronge mon frein. Un type m'aborde alors ("Benito") et me parle de religion, de sa conviction divine. En tant que "soldado de dios", il ne boit pas et ne fume pas. Il n'a pas d'argent mais se dit heureux. En effet, heureux soient les illuminés! (tant qu'ils y croient encore, ce qui n'est pas toujours gagné). Étonnamment, même si il reste ancré sur ses positions et moi sur les miennes, on arrive à parler et s'écouter un tant soit peu. Ce n'est que peu à peu que je lui dis que je suis athée, qu'au fur et à mesure de la discussion. C'est rigolo, car le sujet m'intéresse tellement que tout semble venir naturellement en espagnol! Mais deux gamins sur les marches un peu plus haut nous sifflent sans arrêt et agacent profondément Anna, et puis peu à peu, le soldado de dios commence à être lassant. On finit par réussir à s'éloigner en prétextant une visite de musée.
Dans l'ensemble, le contact avec les autres personnes est très agréable; un habitant nous demande d'où on vient, ce qu'on veut faire. Une femme à côté vient alors écouter. Le type nous invite carrément dans son magasin pour montrer le chemin du musée. Ce sont des petits riens, mais par rapport à ce dont j'ai l'habitude en France, ça surprend tellement!
On va se poser sur un banc de la plaza de armas, où un couple nous observe attentivement. En fait, ils finissent par oser venir et nous demander de nous prendre en photo avec leur petite fille, "Malila". La mère est chaleureuse mais ne parle que très peu espagnol. Le père le parle mieux mais avec un accent difficile à comprendre. On en prend plusieurs, la mère dit à sa fille de venir faire une photo avec les "gringas"… Sur le coup (et après coup) je me demande si à ce moment c'est un terme méprisant ou neutre. Bah, le contact est agréable sur le moment.
On reste encore sur la plaza, à attendre quelque chose qui ne vient pas, à savourer. Un enfant à chapeau s'obstine à marcher à quatre pattes jusqu'à la route, d'où une fillette à peine plus grande le porte péniblement jusqu'au banc de départ. Il fait plusieurs aller-retours comme ça, trottant devant notre banc, puis repassant devant hissé par une gamine à peine plus grande que lui!
Au bout d'un moment, la fillette doit en avoir marre et le gamin s'avance effectivement sur la route, alors que passent des voitures. Lorsque je le ramène, la mère le reprend, réprimande la gamine et s'exclame en remerciements. Il y a comme un attroupement qui se forme autour de nous, comme si je venais de lui sauver la vie alors que je n'ai fait que répéter ce que la gamine faisait depuis tout à l'heure. Ils sont tout sourire, adorables, c'est comme si ils avaient pris un prétexte pour venir nous observer de plus près, nous demander d'où on vient, ce qu'on fait… Serions-nous si inhabituelles? C'est vrai qu'on a vu strictement aucun touriste et qu'on est en juillet.
On se repose encore sur un autre banc de la plaza, imperturbables. Il y a une manifestation de chômeurs et de femmes avec des casques d'ouvriers pour plus de travail. Cette revendication moderne se fait sur fond d'arcades tranquilles, reflet de paix et de tradition villageoise… marrant.
Un garçon d'Ica nous vend des chocolats au bon goût étrange pour "sauver la vie d'enfants pauvres"! Je suis sûre qu'avec un deuxième chocolat on sauvait la planète du sida! Une vendeuse de yaourts passe et repasse devant les gens de la place, nous regardant tout particulièrement. Enfin, elle cède à son envie et vient se pencher sur nos dessins et en fait des compliments.
Peu après, un jeune étudiant en art nous accoste, Andrès. On discute des ruines, des études chères, du sentier lumineux né ici et qui serait encore actif (ça pourrait ressembler à du blablatage émotionnel pour touristes), il nous laisse son adresse e-mail (encore une!).
Les motos sans casque abondent. Un homme nous aborde encore, et les gens s'approchent.
Puis on quitte la place et on attend l'ouverture du musée d'art populaire dans un café où je mange un gâteau fade accompagné d'une boisson bizarre. Un client, homme d'affaire, nous y donne sa carte de visite, sans plus nous préciser pourquoi (ou sinon, on n'y a rien compris!).
Sur la route, des ados prennent des proportions avec un balai pour faire des dessins, à l'aide de pigments entassés dans des boîtes. Ils seraient destinés à une procession religieuse.
En attendant le bus, le conducteur (petit, costaud, barbu) nous aborde, dit à Anna qu'elle ressemble à son ex, ce qu'Anna n'apprécie pas! En plus, il est assez désagréable, j'ai l'impression tenace (dans la mesure où mon espagnol le permet) qu'il nous prend vraiment pour des cruches. Il parle aux autres comme à des chiens (et encore, les chiens, ils les épargne en ne leur parlant pas).
Une fois dans le bus, on se fait ballotter pendant deux heures sur des caillasses étroites. Le conducteur coupe le moteur dans les descentes vertigineuses, serre les virages au maximum. On ne voit que le précipice par la fenêtre, sauf que cette fois on fait plus de rebonds! On nous avait averti que la partie Ayacucho-Cusco en bus était sportive!
Un type allongé dans le couloir essaye de toucher Anna pendant la nuit, si bien qu'elle se rapproche plus du siège fenêtre et on se retrouve collées l'une à l'autre; tant mieux, ça me fait du bien; il fait si froid!
Posté le 28.05.2007 par peru06
On fait étape à Andahuaylas à 5h, village qui nous semble assez miséreux. On change de bus et une femme essaie de prendre pourtant réservé sur le billet d'Anna. Nos protestations ne semblent pas avoir beaucoup d'effet, mais l'intervention de mon voisin, qui lui dit qu'on était là avant, la fait renoncer.
Ce voisin s'appelle (ou du moins se surnomme) Pepe, et on se met à discuter, d'où on vient, ce qu'on fait, etc. Il me parle du sentier lumineux, d'un coup d'État qui serait prévu car l'élection de Garcia aurait été truquée. Après avoir regardé mon carnet et mes croquis, il me fait un petit dessin.
À midi, on sort du bus pour manger; j'ai nos restes de pain acheté la veille, et Anna revient avec des bananes que son voisin lui a offertes. Ce sont de petites bananes oranges super bonnes qui remplissent les papilles, rien à voir avec les bouts de plastique importés en Europe! Mon voisin s'attable avec nous, et on partage ce qu'on a. Mais à notre surprise, ça lui sert juste d'apéritif car ensuite il commande et nous offre du pain, du café, et un plat de poisson frit avec du riz et des frites pour nous deux! Trop sympa!
De retour dans le bus, on saute dans tous les sens, mais les paysages sont sublimes et immenses.
Quelques cabanes perdues sont éparpillées, entourées de quelques vaches et surmontées d'une croix. Le blé sèche, des silhouettes miséreuses regardent passer le bus comme un intrus, les femmes ramassent les céréales, et les cochons vont et viennent.
On arrive à Cusco le soir, où les hôtels les moins chers sont tous pris (on reprend le taxi deux fois). La mamie tenant l'hôtel où on trouve une place est agaçante à force d'être obsédée par la sécurité, mais ses garçons-à-tout-faire sont plutôt mignons! Pendant qu'Anna veut se laver, je parle avec une jeune mère, Ana, et sa mignonne (bien que crasseuse) fille d'un an et demi. Nous sommes assises sur les marches dans la rue et nous parlons de tout et de rien. Les vendeuses ambulantes d'à côté, qui cousent et vendent gants et écharpes, me sourient et me reconnaissent par la suite. C'est si agréable, on a l'impression de se démarquer un peu, de partager quelque chose de différent!
On ressort le soir et on rencontre le canadien Sandy, gentil et pataud, avec qui on va boire un mate de coca dans un boui-boui dégueulasse à l'écart de la plaza. On y débat de l'Amérique, de la République, du voile… En fait, je débats surtout avec Anna! On est en désaccord et c'est drôlement intéressant.
Quand on sort, on remarque que l'aspect touristique se poursuit même de nuit; on nous propose nombre de boîtes de nuit pour touristes, des restos, des cigarettes du "Che"!
On n'avait pas prévu l'altitude non plus; j'ai super froid et on manque d'oxygène dans les montées.
Posté le 28.05.2007 par peru06
Après une douche froide et un petit-dèj avec vue sur les toits de Cusco, on descend par les ruelles incas en passant par l'école et ses portes colorées.
On commence par la cathédrale espagnole, d'une religiosité sanguinolente et dorée à la fois. Quelques jésus sont noirs, mais tous sans exception sont couverts de sang et de blessures aux genoux, à la figure… Les costumes et statues regorgent de dorures et d'ornements scintillants (que j'exècre, mais c'est sans doute parce qu'on attribue à la religion ce dont on rêve; ici c'est la richesse, nous c'est la sobriété). Aucune photo n'est autorisée, je fais semblant de ne pas comprendre et manque de me faire confisquer mon appareil par un vigile!
Afin de s'assurer qu'on est bien au Pérou et non en Espagne, on quitte le centre-ville pour les bâtiments de couleur, les ruelles aux murs incas, où un petit garçon attire Anna pour la guider et lui montrer l'image d'un puma assemblée par les pierres du mur… On voit aussi la fameuse pierre à 32 angles. Mais il lui demande 50 soles à la fin pour la visite et pour lui acheter en plus ses aquarelles! Anna est émue par le fait qu'il veuille s'en sortir. Mais bon, c'est quand même trop de l'attrape-couillons pour moi!
Mais autrement, c'est vrai qu'il y a beaucoup de peintures de ce genre, qui sont ma fois assez jolies.
Nous allons manger dans un resto à touristes à la déco suggestive (nus rigolos) mais avec une belle vue sur la place principale.
On rejoint à pied la cathédrale de Qorikancha, construite sur d'anciennes ruines incas. C'est paisible, tranquille, solide. Ca respire une spiritualité moins débordante qu'à la cathédrale.
Des indiens déguisés dansent, puis nous abordent et nous demandent de les prendre en photo pour les leur envoyer. Nous sommes surprises, car ils font payer les autres touristes pour ce genre de photo, et ne leur adressent souvent pas la parole autrement! Ils viennent de Puno pour faire des fêtes traditionnelles de ce genre. On discute à l'étage, où il y a une exposition d'art contemporain, que j'aime beaucoup (contrairement à Anna, qui préfère la peinture classique sur les arcades, que je ne supporte guère!).
À la sortie, des enfants en costumes portant des agneaux décorés viennent réclamer un pourboire pour qu'on les prenne en photo.
On prend un bus le soir pour Ollantaytambo, où il y a quelques beaux visages durs, et des français d'apparence débrouillarde, (mais que d'apparence, vu ce qu'ils considéraient comme "bon marché"). Une fillette est fascinée par la française qui arrange ses dreds. Pourtant, elles n'échangent pas un regard, pas un sourire.
Un petit gamin adorable de neuf ans (physiquement six, mais intellectuellement douze!) est là, debout, seul. Anna me propose de lui donner de notre pain, mais j'ai peur qu'il nous en redemande, de ne pas contrôler. Et puis, il est tellement mignon. Je lui demande ce qu'il mange (de la canne) et lui offre un morceau. Il nous renseigne sur le train, sur lui; il habite à Aguas Calientes et va tous les vendredis à Cusco pour étudier avec ses amis. Sinon, il prend le train seul (dix fois moins cher pour les locaux) pour rentrer, d'où il monte au Macchu Picchu en vingt minutes (on comprendra pourquoi plus tard). Il nous accompagne à la gare pour qu'on prenne nos billets. On lui offre un coca, du pain, et il a un sourire si beau et sincère… Ca ne doit pas lui être habituel d'avoir des cadeaux. Il parle un peu quechua et nous apprend quelques mots qu'on ne retient pas, mais qu'on est si contentes d'échanger avec lui. Finalement, le train est complet ce soir, on laisse l'enfant et on rejoint un hôtel sympa d'Ollantaytambo, avec un patio charmant. On marche paisiblement sous une nuit tant étoilée et si douce… On a même envie de dormir à la belle étoile, à côté du torrent dont le chuchotis et le reflet blanc nous enchantent.
Posté le 28.05.2007 par peru06
Je fais des rêves étranges d'un Pérou où tout est très cher et d'une France où je suis continuellement agacée. Cette situation d'énervement en France se répète souvent pendant la nuit.
Anna se moque de ma grande habilité des mains… Dans le genre deux mains gauches, c'est peut-être l'excitation qui aggrave mon adresse naturelle, mais c'est vrai que c'est pire que d'habitude!
Anna étant fatiguée, je me lève plus tôt pour aller prendre en avance les billets de train de ce soir… Qui en fait part à neuf heures du matin! Je reviens en courant, apercevant par ailleurs les ruines du chemin. Je me promets d'y retourner!
On prend le train à touristes, une belle chinoise dort devant nous. Les paysages sont paisibles, on laboure à la charrue, et on arrose au tuyau.
Puis on arrive à Aguas Calientes, joli petit village mais affreusement touristique… dans sa rue principale. Dès qu'on s'en éloigne de quelques mètres, ce sont les immeubles non achevés en béton, ouverts, où pend le linge et d'où se dressent des tiges de métal. Des enfants jouent avec les chiens.
L'après-midi, on grimpe au Putucusi, en suivant d'abord le chemin de fer en rénovation.
Alors que le guide ne parlait pas de la difficulté, on découvre un chemin très escarpé et dangereux!! Une dizaine d'échelles glissantes d'une vingtaine de mètres sont à la verticale et sans aucune protection.
On escalade à quatre pattes, et quand les muscles tremblent au milieu de l'échelle, on se rend compte qu'on peut mourir en un instant d'inattention ou de faiblesse. C'est presque suicidaire! La forêt est glissante. Anna a peur et reste derrière. Un peu inconsciente et égoïste, je finis par ne plus trop attendre et grimper, grimper jusqu'à un chemin au-dessus de la forêt, dénivelé ardu de 200 mètres. En haut, sur un sommet escarpé orné du drapeau inca multicolore, des soixantenaires habitués m'offrent de l'eau, me disent bravo. La vue sur le Macchu Picchu est magnifique. Un Mexicain et sa famille sont là.
Quand je vois arriver le couple de français, je me rend compte que ce n'était pas Anna à qui je faisais des signes de loin! Je descends alors en courant pour la rejoindre. On arrive en haut, parle avec les Mexicains, puis on redescend. Malgré nos craintes, c'est en fait beaucoup plus ludique, facile et détendant de descendre ces échelles!
On revient épuisées, boueuses, en sueur mais heureuses. On s'énerve sur un serveur nous proposant un menu trop cher, et il nous indique aussitôt une gargote bon marché! Va-t-en comprendre la logique de la concurrence là-dedans!
Pendant qu'Anna est sur internet, un enfant joue, me demande ce que j'ai dans mon sac. Je lui donne le demi-snickers qu'Anna avait commencé au sommet du Putucusi. Au niveau du langage, les enfants sont plus faciles à comprendre que les adultes, d'ailleurs.
À l'hôtel, on fait notre lessive et notre couture (il y en a besoin!)