C'est avec frayeur que j'ai appris la nouvelle de ce qu'il s'était passé mercredi soir.
Pisco, la charmante petite ville aux maisons colorées et aux gens si accueillants. Je ne parle pas des réserves à touristes, mais bien de la ville active, avec sa municipalidad bleue et blanche, son église jésuite jaune et belle, son autre église qui laisse les enterrements à sa porte, ses marchés si vivants.
Et puis ce guide qui m'a conseillé et m'accompagné pendant quasi une semaine. Ce gérant d'hôtel qui m'offrait le café et la chambre à moitié prix. Cet ambulante au coin de la rue. Cette vendeuse de chocolat qui m'en a offert après qu'on se soit vu tous les jours. Ce cireur de chaussures qui me parlait de son projet d'avenir.
C'est con, je ne connais tout ça que superficiellement, le temps d'une semaine de passage, et la détresse de l'évènement dépasse mes petits souvenirs de touriste nantie. Mais n'empêche, ça fait drôle de se dire qu'une grande partie de ce que j'ai vécu là-bas est mort ou détruit. Non, je n'exagère pas, d'après le maire de la ville Juan Mendoza;
«Nous avons des centaines de morts gisant dans les rues, des blessés dans les hôpitaux. C’est totalement indescriptible. La ville a été dévastée à 70 %. Nous n’avons pas d’eau, pas de communication, les maisons se sont effondrées, les églises sont détruites».
Et ceux qui croient en la punition divine, je les emmerde. Désolée pour la vulgarité, ça compense l'effroi.
Au fur et à mesure de cette nouvelle année, les projets pour Rennes que j'avais notés pendant mon voyage se sont réalisés; aller dans un bon club d'aïkido, m'engager dans plein d'assos dont le commerce équitable (avec l'asso Artisans du Monde), aller aux conférences, faire des photos et dessiner, regarder plus de films, … Plus profiter et se faire plaisir sans trop me creuser la tête sur celle que je voudrais être. Se détacher de ces modèles qui nous hantent, s'émerveiller de tout. Accepter et bouger, ce n'est pas incompatible. Mais se morfondre en réflexions sombres, là ça n'aide personne. Que de grands mots qui n'aident pas à grand chose...!
Je retrouve aussi une énergie toute enfantine que j'avais perdue avec l'adolescence et l'accident de mon frère. Des trucs cons comme faire l'imbécile en cours, ressentir pleinement des moments de bonheur, aimer des gens. Si fait que je me sens moins seule dans cet appart d'étudiant, déjà parce que j'y suis bien moins souvent! Et moins souvent seule!
J'ai envie de communication, de partage, de contacts. C'est surtout ça que ce voyage m'a appris.
Autre truc de changé; ils m'ont agrandi l'estomac! Ou je me permets plus de plaisirs, aussi! Je suis devenue bien ronde, plus qu'avant mon anorexie d'il y a quatre ans, même! Je voudrais perdre quand même un peu, mais quel bonheur d'avoir ce genre de souci et non l'inverse, je me sens comme les autres! Cela me fait penser aux cours d'économie, à savoir la différence entre inflation (courante, qui dénote un mieux-vivre mais peut conduire à des excès) et la déflation (plus rare mais bien plus grave et difficile à arrêter, dénotant la morosité et le pessimisme). Un peu de désinflation (et non déflation) ne peut faire de mal, OK, mais l'inflation c'est bon pour la croissance! (Ces satanées révisions de partiels me bouffent jusqu'à mes réflexions égocentrico- métaphysiques!).
D'ailleurs, un truc bête mais quand je suis déçue, je retiens cette citation d'un bouquin sur un petit peuple tibétain; "A quoi bon? A quoi bon être malheureux?" Je sais, ce genre de phrase donne l'impression d'une niaiserie hypocrite. Un faux-semblant, une "crème fouettée d'optimisme" comme cité dans un bouquin acheté aux puces! Mais on en a bseoin, pas vrai? Sinon ce serait fatiguant.
Anna, ma partenaire, a une période difficile post-Pérou, ne comprend plus ce monde de France et voudrait repartir. Même si elle dit en avoir gardé une grande communicabilité. Et puis, ça va mieux après. Mais malheureusement, notre contact se perd. On s'est revues une fois, j'ai insisté pour qu'on se voit encore mais ce fut sans réponse. Je ne comprends pas trop cette distance, on a partagé des trucs tellement forts et c'était tellement fusionnel... (non non je suis hétéro!). Enfin, "c'est la vie" comme disent les vieux et les faux sages.
Autre souvenir pas très cool; les péruviens amoureux transis! Il y en a un qui a arrêté de me saouler seulement après 8 mois de mails-romans, de poèmes sur le coup de foudre, de photos de fleurs et même de prêches catholiques!! Au secours!! Et quand je prends la peine de lui répondre que je n'ai plus 12 ans pour croire ses salades et qu'on n'a jamais fait que discuter politique pendant 10 minutes sur une place surpeuplée, il croit que je m'intéresse à lui!!
Celui de Lima aussi m'a écrit une déclaration enflammée, mais qui m'a fait plus d'effets; pour lui, je ressentais quelque chose. Mais pas assez pour payer 1 200 euros de billet d'avion et m'emprisonner à Lima le restant de mes vacances d'étudiante.
Enfin, faut être honnête sur son égoïsme et sa vanité; tout ça, même si c'est relou, ça flatte!
Autre truc post-pérou, j’ai du mal avec des documentaires « exotiques », pas que je conteste leur qualité, mais je veux voir ça moi-même, comme si voir leur version me rendait jalouse avant d'en être émerveillée! Alors résultat, grâce à l'année d'étude de sciences-po, je pars dans trois semaines… 8 mois en Inde et au moins deux mois en Afrique. Youhou!! Je mettrai le lien du blog sur l'Inde dès qu'il sera créé. Mais j'ai encore du boulot ici! Des croquis, encore des photos, remodifier des billets écrits en speed…
Je pars le 5 septembre (enfin, j'aurai internet de temps en temps après!), mais si vous avez des remarques, suggestions ou questions… allez-y maintenant!