Je n'arrive pas à dormir pendant la nuit, si fait que je m'abaisse à regarder la Momie faute de mieux vers 4h du matin, … et c'est vraiment trop trop nul! Je pensais pas à ce point!
Je petit-déjeune de pain et de caramels cherchés au bout de la rue, et je discute avec cet ambulante de chaque matin ainsi que son client, un autre prof d'histoire, noir, qui connaît le 1° m'ayant adressé la parole l'avant-veille. Celui de ce matin travaille à la Municipalidad, mais à 40 ans il n'est jamais sorti à plus d'une demi-heure d'ici!
Puis je vais sur internet et ouf! KLM a répondu, mon retour est confirmé! Il faudrait que je puisse avertir Anna pour qu'elle le fasse aussi, je l'imagine bien coincée à l'aéroport tiens… En attendant Ludwig, je me balade un peu dans les rues aux maisons colorées, et je fais une petite rencontre sympathique; un cadavre, immobile, raide et jaunâtre. Il a la main encore crispée en l'air et la tête sur le trottoir, les yeux grands ouverts. Oups, pardon monsieur, je passe à côté !
Puis Ludwig arrive et on va voir le guide qui m'avait conseillée cette laguna de Moron. Il nous emmène dare-dare sur le marché, et en passant entre les cadavres de poulets et les sacs de graine, on arrive jusqu'à une rue pleine de plumes et fruits pourris où attendent tous les transports des locaux venant vendre leurs denrées; divers combis et colectivos, taxis pour plusieurs. On monte donc à 12 adultes dans une voiture où 5 personnes seraient serrées. On brinquebale comme ça jusqu'à un village reculé plein de chèvres. Tous descendent. On reste comme des cons, et ça doit se voir; le chauffard (euh, feur, chauffeur), nous propose de nous avancer dans le désert pour le double du prix de la course. On ne sait pas si c'est loin et sous ce soleil brûlant, on ne voudrait pas fondre avant d'atteindre l'oasis. On fait baisser le prix avant et on accepte. Encore une manière de se faire avoir! Après 5 mn de route sur une piste droite et tracée, il s'arrête. On se dit, il a envie de pisser ou un truc. Non. Non seulement il ne s'excuse pas de s'arrêter, mais il nous réclame ses sous! On gueule, lui reproche qu'il a caché que c'était si court, que c'est ridicule… Il répond, tout penaud, que c'est du sable par terre donc que c'est pas bon pour la voiture… Du sable! On aura tout entendu! Je refuse de payer, mais Ludwig veut donner la moitié de ce que ce con demande. Je partagerai donc avec lui plus tard, ça se fait pas. Surtout qu'en soit, c'est sur le principe de se faire avoir qu'on se fâche, car ce ne sont que 8 soles. À deux, ça fait 1 euro chacun!
Ensuite, on s'enfonce dans des marais à découverts, étant obligés de faire des détours, de sauter par-dessus des flaques voire d'y plonger les pieds (malgré toutes les bébêtes qui doivent croupir là-dedans, mais on est bien obligés!).
Puis on s'enfonce dans le désert, infini et brûlant. Quand on croise des ossements perdus dans le sable et qu'on grimpe une dune, assommé par la chaleur, espérant voir quelque ondée d'eau fraîche dans l'air qui tremble, … on se croirait dans Blueberry! Ou un sergia Leone!
Enfin, c'est en s'avançant plus dans ces éternelles buttes de sable qu'on finit par atteindre un long lac vierge bordé de palmiers et de roseaux… Cet oasis insolite est aussi tranquille qu'impressionnant, même si Ludwig le trouve un peu ringard face à celui de Huacachina. Plantés dans le sable, des casiers de pêcheurs reliés par des haillons formant une corde. De loin, on voit un gamin à cheval qui fuit du lac sur l'autre rive, tel un fantôme. On s'arrête à l'ombre d'un arbre, mais on se pose sur une fourmilière! Dans les branches volètent de petits oiseaux rouge pétants, ou d'autres blancs et noirs, plus gracieux, qui pépient.
Puis on revient par l'autre rive, se rafraîchissant dans le ruisseau qui découle de l'oasis.
On marche le long de la piste qu'avait prise le taxi, c'est à dire une allée transformée en déchetterie parsemée de restes d'un cadavre de chien à demi-brûlé et décomposé. Très sympathique.
Dans le village, on attend le départ du combi (c'est dans une demi-heure toutes les demi-heures, idée très péruvienne). On va s'acheter plusieurs bouteilles de coca dans une petite boutique où on nous regarde comme des extra-terrestres. On a l'impression que c'est la première fois qu'ils voient des touristes seuls ici! Enfin j'espère, parce que si c'est parce que j'ai de la salade sur les dents… Enfin peut-être pas, car des types me sifflent puis se cachent, à plusieurs reprises. Des gamins saoûlants, quoi, comme partout.
De retour à Pisco, je reprends mes affaires (et la femme de l'hôtel me prend un supplément pour avoir laissé mes bagages dans la chambre… grrr! Pas bien, comme adieu!). Et quand j'achète mon billet, la vendeuse de chocolats typiques qui rôde sur la place tout le temps me dit "Sinorita, vous allez partir et ça fait 3 jours que je vous propose des chocolats! Au moins pour le souvenir, achetez-m'en un, je vous offre l'autre!". J'obtempère, de bonne guerre. En plus, c'est bon!
Puis on prend le bus de 17h30 pour Lima. Finalement Ludwig vient avec moi; c'est trop juste en temps pour revoir un ami et il n'a plus de sous pour loger à l'hôtel alors que j'ai un contact d'hospitalityclub.
Dans le bus, il y a un film catastrophe américain sur des industries pharmaceutiques manipulant des islamistes pour répandre un virus mortel dont eux seuls auraient l'antidote. Mouais.
On téléphone à Percy et Emiko d'Hospitality une fois arrivés au terminal de Lima. Ils sont très surpris, mais ils viennent nous chercher en voiture pendant qu'on regarde des clips devant une pâtisserie.
Ils nous croient plus vieux, à notre âge ça flatte encore!
Ils nous font goûter un citron sucré spécial de Lima dans leur petite cuisine, nous assurent que la femme de ménage, qui est très "mama", prendra soin de nous demain quand tout le monde travaillera. La mère, prof, et la sœur sont sympas. Leur nom et leur peau sont dues au grand-père japonais, une sorte de dieu qui a pourtant laissé tomber tout le monde apparemment...
Le petit roquet de chien aux yeux globuleux mange crues des grenades, pêches et clémentines!
Je dors dans le lit, Ludwig insiste pour se contenter du sac de couchage sur le parquet. On va pas insister!