Je pars à 7h de chez Valeria, et je me perds dans les lumières douces de l'aube qui baignent la vieille ville d'Arequipa, en fait tellement plus authentique que le centre touristique et occidental. Le long des rives du fleuve, mon regard glisse le long des murs et des ponts en arcades, des pavés et des maisons en pierres anciennes. C'est trop beau, je ne soupçonnais même pas ça! Le guide disait qu'en dehors du centre, c'était trop dangereux. Les flics qui vadrouillent me disent bonjour. Je prends mon petit déjeuner dans un petit resto où je plains tous ces pauvres gus en costume traditionnel pour attirer les touristes. Au moins ils ont un joli cadre de travail!
Le rendez-vous pour le rafting est à 8h. Vue la ponctualité péruvienne, je vais en avoir pour un bout de temps. Mais la douce lumière baignant la cathédrale m'aide largement à attendre. Une fois seule (sans les filles ni Valeria), j'ai plus envie d'écrire. Maintenant ce sont moins des notes qu'un journal. Mais cette note bucolique n'est que le chant du cygne car, pour mon plus grand malheur, un flic super relou vient me coller. Quand je lui pose des question sur son boulot pour lui montrer que sa personnalité je m'en fous, il répond que le majeur problème, ce ne sont pas les délinquants ou les voleurs mais les travailleurs qui demandent plus de salaire! Il est vraiment trop con. Il veut absolument un numéro pour m'inviter à danser alors que je déteste les boîtes et il est moche, niais, idiot, branleur… Et le pire, c'est que je dis non trop gentiment parce qu'il reste à mes côtés tout le temps! Même quand je m'éloigne de la place, il surgit de n'importe quel coin pour me demander si le groupe de rafting n'est toujours pas arrivé, et alors il veut m'inviter à boire un verre... Au secours! Je ne peux que dessiner pour essayer de le faire taire, et encore!
J'attends depuis 3h à me faire chier seule ou avec l'autre con pour que la responsable du rafting arrive (le groupe devait partir à 8h, elle devait arriver à 9h; il est 10h30 et elle compte partir déjeuner vers 11h30… Aaargh!) Elle me dit tout en mâchant son chewing-gum que le groupe est parti dès 8h, et elle continue à mentir en me disant qu'il est passé par là, alors que le tenant de la boutique à souvenir qui héberge son agence de merde lui confirme que je suis là depuis 7h30, il était là pour nettoyer et ouvrir le magasin! Mais elle fait semblant de ne rien admettre et dit qu'elle n'a pas l'argent pour me rembourser. De plus, il n'y a pas de groupe cet aprèm ni demain.
C'est quand même 25 dollars et même par principe, je veux récupérer tout ça avant de me barrer! C'est pourtant pas ma nature que d'utiliser la violence autrement que pour plaisanter. Enfin, je ne lui casse quand même pas la gueule (même si l'envie ne m'en manque pas), mais je joue l'intimidation. Posant mes deux mains sur la table d'un coup, j'approche la tête et la regarde dans les yeux pour qu'elle arrête de faire semblant de s'occuper d'autres papiers. Je dis que j'ai besoin d'être remboursée tout de suite car je pars dans pas longtemps. Alors elle grommelle, fouille dans sa caisse et en tire un billet, dans sa poche et elle sort des pièces. Elle demande à une vendeuse de la boutique ce qui lui manque, et elle me flanque le tout dans la main. Et elle a le culot de me dire au revoir! Je ne réponds rien et pars rageusement.
J'essaie une autre agence pour voir si il y a quelque chose cet aprèm. J'attends encore une heure, pour changer, mais il y a trop peu de touristes.
J'achète de la bouffe et vais prendre des papiers à la fac de droit pour Anna. Puis je me ballade dans des quartiers très jolis, typiques, où on ne me regarde pas comme une touriste. Une commerçante à qui j'achète de l'eau et des sucreries me demande même où je suis étudiante! Que agradable, même si je sais très bien que j'ai pas une tête de péruvienne!
Puis je vais voir les Églises de la Merced, de la Compania, et une expo a la casa municipal (il y a une peinture de Roca, celui dont on avait visité l'atelier à Arequipa!).
Puis je vais au musée santuario andinos consacré à Juanita, enfant des glaces sacrifiée car elle était belle, grande et saine. Elle a marché avec ses sacrificateurs pendant deux jours en altitude, nourrie de coca, de maïs et de chicha. Puis elle a été enveloppée dans une illia, on lui a appliqué un gros coup mortel sur le crâne et elle a été enterrée avec ses sandales et des céramiques, en position de fœtus pour sa naissance dans un autre monde. Ca peut servir.
Mais ces visites me conduisent dangereusement vers la place centrale… et inévitablement, le cauchemar réapparaît; le flic relou, au secours!
Je prends donc le taxi (sympa) pour aller attendre Valeria près de chez elle, mais elle n'est pas là. Ca ne me dérange pas, j'ai un peu envie d'être seule, de ne pas avoir à faire d'efforts. Il y a des parcs sympas et je m'y ballade comme à Paris, au milieu des écoliers qui vadrouillent avec une glace. J'achète un empanada écoeurant, et pour compenser je prends un kiwifresh, nectar de kiwicha aussi frais que délicieux et nutritif.
Puis Valeria arrive, je reprends mes affaires et lui dit au revoir avant de reprendre un taxi pour le terminal terrestre. Y a sûrement d'autres trucs à faire, mais j'ai envie de voir autre chose. Même si c'est superficiel, autant varier.
Au Terminal résonnent des molards sonores et des hurlements pour vendre du pain et des billets. J ne vois aucun touriste, c'est bizarre. Puis je prends un bus à 19h pour Nazca, les 35 soles du billet comprenant les10h de route et un dîner (tfaçon j'ai tellement mal au bide que je suis incapable de bouffer), alors qu'à côté c'est deux fois plus cher! Et puis l'épisode du flic collant se répète sous d'autres formes; je crois que je dois m'y faire, étant seule, nombre de mecs vont me faire chier! Celui à qui je paye mon billet n'arrête pas, à chaque fois qu'il me voit, de dire "que linda! Que linda, esta aqui!". En même temps, ça me permet de négocier une ristourne…! Même le vigile me drague, putain. Ca doit les exciter quand c'est seul et vulnérable.
Le prix se justifie par l'état des sièges et leur emplacement, puisqu'on cherche à sculpter mon dos sur le mode Pompéi à force de coups de genoux et de pieds dans le dos.
Je dors un peu puis il y a un vieux film rigolo des années 60 sur les profs qui veulent tellement éduquer les élèves qu'ils les tuent!
Et puis la surprise, c'est qu'on arrive une heure plus tôt que prévu. Je comptais sur l'inverse mais ça m'arrange pas. On me réveille énergiquement puis me jette presque littéralement du bus à 4h du matin, seule avec mon gros sac à 4h du matin dans une rue pas très bien famée. Gloups! Un bourré ou drogué s'écarte de son groupe de potes peu fréquentables, il veut m'accompagner 100 mètres pour un dollar. Un autre s'approche et veut m'emmener dans sa voiture rouge et miteuse, qui ne semble pourtant pas être un taxi, conduite par un gros moustachu douteux. Brr! Je dois répéter mon refus pour qu'ils éloignent leurs mains et je remonte l'avenue dare-dare. Le pire, c'est que ce trottoir est étroit et bordé par les stands couverts du marché. J'ai une frousse terrible que de des mains me chopent par derrière les bâches ou les branches!
Finalement, j'arrive devant un petit hôtel, devant lequel chante un groupe d'allumés. Ca va, ils n'ont pas l'air méchants. Ils m'ont même conseillé la sonnette une fois que je me suis usé les poings à tambouriner la porte! Le tenant de l'établissement, encore dans le pâté, me donne une petite chambre juste pour moi, ça fait du bien.
Attention toute péruvienne; il y a une lampe mais pas de prise électrique!