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peru06
Description du blog :
Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2007
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9 août, forêt de cactus, vignes et patates

9 août, forêt de cactus, vignes et patates

Posté le 04.08.2007 par peru06
Je fais encore des rêves où je me crois vraiment en France… Je ne sais plus si j'ai rêvé de combats, mais en ce cas c'est la faute de Camille qui me donne des coups de coude! Faut dire qu'on est collées l'une à l'autre sur ces bouts de bambou, et un creux d'épaule serait plus confortable que ces pierres et extrémités de branches. Mais quand je me lève la nuit, je vois que deux types (que je prends pour Edisson et Fortunato) dorment devant notre porte, par terre. Je me sens mal car privilégiée! Enfin, j'oublie le privilège quand je cherche une ruine avec des murs pas trop éboulés pour dissimuler mon soulagement nocturne… Il faut dire que la pleine lune éclaire comme le jour, donc cuidado! Et bienvenida aux habitants de ces maisons-chiottes!
À 6h, plusieurs types parlent et rigolent devant notre cahute. À 6h15, tous sont partis au boulot. Tout à fait réveillée, je sors alors voir Chusakay qui se lève. De loin, on voit les rayons du soleil matinal sur les pierres rouges du canyon, les cactus dressés comme dans l'attente de cette lueur chaude, le murmure du torrent, là, en bas… Ca semble trop grand pour ces quelques ruines humaines. Et pourtant, ces travailleurs semblent se fondre dans ce tout. On voit au loin des traces de cascades, formées de grottes et de trous. Des fumées s'élèvent, les enfants sortent, les parents suivent. Un chien me chique le mollet pendant que je traverse le village, et aussitôt un enfant lui lance une pierre en criant. Alors que je me pose devant le lever de soleil sur les cactus, un gamin au loin me crie; "Hola gringa! Como te llamas?" Je réponds à la petite silhouette au loin et lui retourne la question. Joaquim et son frère, qui mènent l'âne, me saluent donc de loin et me demandent si on va se voir à Charcana, et, satisfaits de ma réponse positive, me disent "Ciao". Je me régale de cette rencontre simple, si agréable. Mais alors vient une autre surprise. Un garçon et sa petite sœur font une approche timide du bout de ruine où je me trouve. Ils s'arrêtent à quelques mètres, et me parlent de derrière le mur, comme si il ne fallait pas nous voir. Le frère est le seul à ouvrir la bouche; il s'appelle Joan et me raconte, à ma demande, son conte préféré que lui raconte sa grand-mère, avec une sorcière et ses 4 enfants, le condor et le loup. Il reste ici avec sa famille jusqu'à octobre pour couper les cordes qui attachent les vignes mortes et en replanter. Il adore pêcher la nuit dans le torrent, et m'explique son truc; coincer les poissons dans des petits trous d'eau qui se trouvent près du bord. S'inquiétant de son retard, sa mère vient, mais elle ne parle que qechua. La sœur aussi rapplique et s'intéresse, essaie de parler espagnol, puis ils repartent au boulot. Chacun de nous est aussi surpris que content de cette rencontre! Qu'il est bon de se lever tôt parfois! Je remarque que la plupart des gamins ne sont jamais sortis de Charcana que pour travailler dans leurs champs ou à Chusakay; ils ne connaissent pas le Macchu Picchu. Mais ils disent tous aimer l'école et rêvent de partir à Cotahuasi une fois ados. Enfants, ils ne semblent avoir aucune notion du temps.
Je retourne dans la chambre, où il y a de vieux couteaux, des os et de grandes barres à mine super lourdes qu'ils utilisent 9h durant sous le soleil pour labourer le champ de patates.
Une fois tout le monde réveillés, on va éplucher haricots et patates près du petit feu de Brigida autour de laquelle les pierres sont noircies. Pour le petit déj, on a œuf, maïs, fromage, mate et vin chaud!
Devant la baraque, un ado craintif travaille pour notre logeuse, Brigida. Il fait des cordes en tressant des herbes sèches (ces "queus de cheval") qu'il coupe à la machette. Mais bientôt, il rejoint les autres peones qui refusent de travailler car ils ont déjà eu leur paye.

Avec Mary, on parle religion au soleil en attendant de faire quelque chose. Je me dis que la prochaine fois, je veux vraiment travailler, et pas me culpabiliser à me tourner les pouces au milieu de gens qui bossent pour survivre. Derrière le lavoir en pierre et sans eau, deux gamines que je dessine jouent à imiter les adultes en ville, et j'entends des bribes de leur jeu; "senorita", "escuela", "ropita"... ça me fait rire. Et dire qu'on a aussi été comme ça il n'y a pas si longtemps!
Christo, un garçon, vient voir ce que je dessine, on discute. Brigida regarde aussi mes dessins, et je suis contente car c'est la première fois que je la vois rire! Je vais chercher de l'eau avec elle au torrent, elle remplit son bidon à essence de 10 litres ainsi qu'un grand seau. Quand je lui propose de l'aider en ramenant le bidon, elle me dit que je n'en serais pas capable et c'est tout juste si ce petit bout de bonne femme m'autorise à l'aider à lui mettre le bidon sur le dos! Je n'insiste pas…

Après avoir travaillé dans les vignes avec son fils, Fortunato nous mène sur le chemin du "bosque de cactus", ou"pampa blanca", où on a le malheur de goûter la baie du molle, aussi douce et onctueuse qu'un grain de poivre!
Les cactus, une fois morts, servent de bois dur pour faire les portes et ainsi isoler les maisons de la chaleur et du froid selon la saison. On récupère des graines de cactus, menacés d'ailleurs de ne pouvoir se développer (comme nombre d'autres plantes) du fait du manque de pluie depuis 3 ans. Ils n'ont qu'à venir en Bretagne!
Le torrent, en bas, me fait envie! C'est frustrant, c'est là que je préfère me baigner. Il sert au rafting musclé, mais 6 touristes allemands y ont disparu l'année dernière; Fortunato avait été chargé de les retrouver pour 1500 dollars de récompense… en vain. Avec tout ça, on se dit qu'il faudrait faire un compte-rendu touristique du site et de son chemin d'accès, les plantes, les excursions, le style de vie.

Le rythme de vie est en effet spécialement tranquille. La pause s'étend tout un après-midi, quand bien-même on n'a pas fait grand-chose le matin. On fait connaissance avec Ronald, 10 ans, adorable et joueur. Au début il nous tourne autour, puis il ose nous parler. En allant chercher de l'eau pour la faire bouillir et la boire, on fait une bataille dans le canal d'irrigation que les uns creusent en faisant une déviation de branches et de pierres. Mais peu à peu, le soleil se cache et laisse place à un vent froid. On n'a plus aucune envie de se baigner! On rapporte l'eau et nous essayons la chicha locale tellement on a soif; la morada est bonne, mais pas la blanca!!
Puis on va voir comment se passe le travail dans les champs, et on finit par sympathiser et aider Candeleria, son mari et un ami pour délier et replanter les vignes. Ils rigolent tout le temps, mais me mettent mal à l'aise quand, lorsque nous proposons de les aider, ils rient "nous on fait ça pour vivre, eux c'est leurs vacances!"; c'est vrai, mais on se sent d'autant plus comme des rebuts inutiles, des enfants gâtés ne sachant pas profiter de leur bonheur.
Après, avec Camille et Pedro, on fait une ballade le long du torrent qui abreuve le village. Après s'être aventurés dans les broussailles et s'être plantés plein d'épines de cactus, je cherche à remonter pieds nus dans l'eau… Marcher sur les pierres inégales dans cette eau gelée me provoque bientôt trop de douleurs, et je rejoins les autres. Je perds mon stylo-feutre dans l'affaire.

À notre retour, les travailleurs sont complètement pleins, bourrés par l'objet de leur travail; le pinard. L'un, qui demandait à Mary si elle habitait à Paris, me demande alors de rapporter une bouteille de vin de Chusakay à sa sœur. Il m'en promet alors une gratuite, mais omet de me préciser l'adresse! Je lui dis oui oui en essayant de me débiner à la première occasion.
Avec Ronald, on joue à "cuchi cuchi", aux chatouilles quoi. On fait de réelles acrobaties sur les branches en chahutant avec lui! Mais je ne sais pas ce qu'a flairé le chien en moi, mais le même qui m'avait mordu le matin vient me chiquer plus profondément la cuisse. Lorsqu'il revient, toujours par derrière, je n'ai presque pas le temps d'esquiver et il mord au même endroit. Aouch, ça fait mal! De colère, je balance une pierre bien fort dans la nuit, à l'aveugle… PEUH! Un gros bruit sourd résonne juste avant ses gémissements aigus! Il aura des raisons de me haïr, mais moi je suis vengée!
On va prendre un dîner toujours plus consistant, arrivant tout de même à s'arrêter à la soupe; on a mal au bide!



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