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peru06
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Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
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01.04.2007
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8 août, descente dans la vallée du vin de Chusakay

8 août, descente dans la vallée du vin de Chusakay

Posté le 02.08.2007 par peru06
Je fais des rêves bizarres d'une France désagréable, de mon frère Édouard se disputant avec la mère (pas très aimée) d'une de ses amies d'enfances, que j'étrangle pour le défendre! Oulah! Camille, elle, rêve aussi de démêlés pas très diplomatiques avec sa meilleure amie.
Quand on sort, on voit sous les toits de chaume un enfant jouer de la flûte pendant que les fumées montent des marmites. La lueur rouge se lève des montagnes. Après un mate de coca et quelques biscuits salés, on fait de nouveau une heure de bus. On s'arrête au bas des ruines des "têtes coupés", Umaccacha, qu'on ne visitera que plus tard. Puis on descend avec Edisson, qui était là hier soir en tant que le fils du guide et de Luz, et on chemine vers la vallée de CHUSAKAY. Il nous guide à travers la montagne ensoleillée, avec vue sur le canyon gigantesque.

Il nous indique des fleurs "Tuna" sur les cactus dont les épines sont venimeuses (d'où l'extrémité jaune de la pointe noire), mais dont les fruits qui ont un liquide au goût de pomme, dont la matière, une fois sèche, sert à fabriquer les portes, tout comme le huarango. Ce dernier est habité de petits animaux (les "cochinillas"), qui une fois adultes sont des boulettes blanches pas plus grosses qu'un grain de maïs produisant une teinture mauve quand on les perce. Il y a la pierre "hieso" que l'on cuit pour en faire de la peinture, il y a ces boules d'épines auxquelles il faut faire attention, car une peau morte de l'épine reste dans la blessure qui peut alors s'infecter. Il y a aussi les "cactus mous", qu'on dit être destinés aux femmes seules! Sympa!!
De sa fronde, Edisson lance adroitement une pierre pour nous montrer les trous dans le roc servant de refuges aux couleuvres. Il faut attraper ces dernières avec prudence (car même si elles ne sont pas venimeuses, elles vous enserrent les membres) et les tuer en 5mn en les enfermant dans une bouteille d'alcool. Après macération, ce serait un bon remède à mettre dans les bandages contre les douleurs, les fractures. On se croirait dans les bronzés font du ski!
Il y a des plantes servant de combustible, de nourriture pour animaux ou pour faire de la corde. En effet, en bas, tout est construit par les paysans et leurs enfants avec les moyens du bord. C'est encore plus isolé que le village en lui-même, faut le faire!
Notre guide, Fortunato, nous rattrape et cherche à rabaisser son fils, qui n'a que 14 ans mais constitue déjà un bon guide (il aime l'histoire). Il le contredit et moque son maniement de la fronde (sur couleuvres et lézards), que je juge pourtant adroit! Pourtant, notre premier jugement se confirmera par la suite, à savoir qu'Edisson est vraiment touchant et adorable. Il connaît beaucoup de choses sur la nature, le travail, l'histoire…, il est débrouillard et curieux; on lui apprend quelques mots de français; "bonjour", "bonsoir", "comment tu t'appelles". Enfin, délaissant ses rivalités familiales et de testostérone, il nous dit que le paysage est triste et sec en ce moment. En mars et en avril, la saison des pluies ferait renaître les fleurs et la verdure. Il nous montre à son tour les plantes médicinales (qui constituent ainsi 80% des plantes péruviennes selon lui), à savoir le cactus de Soga servant à guérir les maux d'estomac, des reins, de fièvre. Le guanarpo serait étudié en pharmacie pour ses vertus contre l'arthrite, les maux de reins et l'impuissance (le guanarpo rouge serait plus fort que le blanc, mais un abus pourrait être dangereux). Il y a le "molle", plante aromatique aux douces senteurs servant un peu comme l'eucalyptus contre le froid, la toux et le mal de tête (il faut frotter la feuille sur l'endroit douloureux). La fougère, quant à elle, se met simplement sur les chapeaux en temps de fête. La "mouna", à l'odeur forte, sert aux mate et aux soupes contre le mal de ventre. On peut même en faire des caramels, mais je ne m'y risquerais pas!
Fortunato nous montre tout ça de ses mains fortes et trapues, grosses pattes surmontées d'épais doigts courts et tannés par l'effort. L'âne nous attend patiemment avec ses charges.

Lors d'une petite pause diététique frites et œuf, Fortunato nous explique qu'ils veulent un tourisme écologique et non d'aventure, comme les "mochileros" indépendants passant sans s'attarder qui finiraient par détruire l'authenticité du village en demandant des commerces qui ne profiteront qu'à quelques uns. Je n'insiste pas car c'est ce que j'ai fait pendant le mois précédent! J'argumente donc qu'il faudrait que le tourisme à Charcana soit indépendant d'AEDES, mais il manque des membres au comité et Fortunato estime qu'AEDES montre peu d'intérêt pour le village, qui est mal payé. Changeant du tout au tout, on parle aussi du foot et de ses matchs fréquents, des courses de chevaux.
Puis la marche reprend, un peu plus silencieuse car plus fatigante; le chemin se fait plus escarpé et sous un soleil plus lourd. Quand on se pose à côté d'une cascade à l'ombre, c'est… mmmmh, trop bon.
Enfin, nous arrivons sur une terre craquelée par la sécheresse qui constitue l'entrée au village de Chusakay. Ca semble être un village-fantôme, avec ses toits de chaume troués surmontant parfois des ruines de cases. Il faut dire que chaque famille se construit, dans la zone correspondant à son village (on ne mélange pas! Chaque village à ses plants de vigne!), sa case à la saison voulue (récolte des fruits en mars, de la vigne en avril). Et là, à part couper les fils reliant les vieux plants de vigne, il n'y a pas de quoi occuper un régiment! En plus, d'ici une semaine (le 15 août), il y a la fête de la virgen del asunta, qui demande des préparations au village.
Dans ce bout de décor poussiéreux, seuls une vieille femme et deux enfants sont là et discutent en qechua. Les odeurs de fumée se répandent lentement. Le mari de Luz, nous laisse dans la case de la senora Brigida. Les troncs qui soutiennent le toit sont joliment gravés par de s sillons des fourmis et des mythes. On dirait des sculptures minutieuses.
On déjeune vers 12h15 sur des bouts de bambou en guise de lit/siège et un rondin de bois en guise de table. On a du maïs, du fromage (fait à partir de leurs vaches), de la soupe avec un œuf. Puis, alors qu'on se prépare à digérer, on nous amène de la viande de mouton et des patates! On va devenir obèses, c'est pas possible! Par contre, on a soif, d'autant plus qu'il fait super chaud; on n'a que du mate à la pomme sucré qui ne fait qu'accroître le problème! On fait une sieste bien méritée pour digérer tout ça.

Vers 14h on entreprend notre descente vertigineuse (qui cause des ampoules aux pieds) vers le torrent (très profond au milieu). Comme c'est la saison sèche, il faut chercher les eaux naturellement chaudes sous le sable boueux et les pierres d'une couleur étrange à cause de l'oxydation de minéraux. On cherche, on cherche, et il n'y a pas de doutes quand on a trouvé; c'est brûlant, ça bout, même! Le contraste avec l'eau glacée qui nous fouette à cause du courant est saisissant, mais… que c'est bon!
Pendant que le Fortunato fait la sieste, on voit de petites pierres brillantes que Camille récupère et collectionne.
Puis on se met à la pêche en jetant un filet rond qui se ramasse sur lui-même grâce aux poids aux extrémités. Tous les gamins, à la nuit tombée, courent avec leurs filets pour surprendre les poissons dans l'eau sombre. C'est leur divertissement de la nuit, après avoir passé la journée à travailler. Ils se vantent de leur savoir-faire et de leur prise, mais nous ne récoltons que deux truites rosées et tâchées de jaune, pas tout à fait de la même taille/espèce. Il faut dire à notre décharge qu'en saison sèche, il y a peu d'eau qui reste donc claire, et les poissons ont le temps de fuir. On est nuls, mais quand même! On dépèce les poissons avec mon couteau. On remplit nos bouteilles avec l'eau du torrent avant de remonter. Sur le chemin, on croise de grosses fourmis avec le bout du corps jaune orangé. Il y a aussi des plantes qu'on appelle "queue de cheval" et qui soigne les reins une fois pris plusieurs fois par jour en infusion. Les espagnols sont crevés et me semblent bien peu sportifs!
Avec un petit garçon très joueur (on recommence les chatouilles), on a fait quelques leçons de français et de qechua; "comment tu t'appelles"="ima su tiki", "bon"="sumach", "gracias"="sulpe"(pas sûre).
La nuit tombe, les chiens hurlent. On mange à la lueur du feu dans la pièce principale ornée de chapeaux. On couvre le maïs à sécher. Le blé en qechua se dirait "triguche". Les fleurs roses de coton perdent leur couleur dans le soir qui se couche. Moins poétiquement, on dit stop après la soupe-repas par pitié pour nos estomacs et on se couche à 19h30.



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