On voudrait petit-déjeuner dans le coin, mais quand on descend, le propriétaire est à la fenêtre en train d'observer le vol en action du sac d'un touriste; il n'a pas besoin de beaucoup plus d'arguments pour nous convaincre d'aller manger ailleurs.
On va dans un café à touriste de la Plaza de Armas, avec ce qui semble être un vrai expresso, du muesli, du miel et des fruits pour ma part. Anna prend un petit-dèj américain (avec des œufs brouillés) puis une tarte aux pommes, ça fait du bien par où ça passe, tout ça. On se pose face à la cathédrale, et plusieurs locaux (flics, commerçants, chauffeurs de taxi) nous conseillent de ne rien laisser dans nos sacs et d'y faire très attention. Les portes des taxis sont sécurisées de l'intérieur, beaucoup de policiers patrouillent… Anna a en effet l'impression que les gens nous toisent, nous et nos sacs, pour voir ce qu'ils pourraient voler.
Une église jésuite est en train d'être lavée par une famille (de la grand-mère jusqu'au gamin de moins de 10 ans). Afin de moins s'épuiser sous cette chaleur, on se pose sur la belle place centrale, entourée d'arcades, pour admirer la grande cathédrale aux orgues les plus longues d'Amérique latine (mais qui ont sonné faux pendant des années après le transport de Belgique!). J'y entre, mais il y a une messe, et je me sens vite gênante avec mon gros sac. Cela dit, d'autres personnes s'y émerveillent avec force paroles futiles, brandissent leurs appareils photo et promènent leurs gros sacs bruyamment, limite si ils demandent pas au prêtre de les aider… pendant que des gens essaient de se recueillir. Le curé est en habit noir, sandales, cordon, barbe. L'image d'épinal du moine jésuite.
Puis on prend un taxi pour le bureau d'AEDES (l'ONG qu'on doit rejoindre pour travailler pendant un mois), bâtiment introuvable, paumé dans un labyrinthe de quartiers riches et surprotégés. L'adresse semble fausse, on vadrouille dans cette verrue barbelée (des gardes ne vont-ils pas nous tomber dessus?!). Et puis on voit le numéro semblant correspondre, une jardinière nous dit d'entrer par le garage qui abrite un 4x4 (est-ce un repaire de trafiquants??)
Mais non, c'est bien le lieu du rendez-vous. Il y a déjà Rachaël, volontaire dans le même projet, la seule à être arrivée à l'heure. Deux volontaires espagnols sont aussi là, Mary et Pedro (ils me font penser au couple de la "selva"). Arrivent bientôt deux autres volontaires françaises, Camille et Katel. Cette dernière a mangé dans un petit resto chinois pour son premier jour au Pérou, et au moment de payer l'addition, surprise! Plus de sac! Donc plus d'argent, de passeport, son nouvel appareil photo numérique, ses papiers…! Au secours, ça n'arrive pas qu'aux autres! Enfin, on a peut-être pas la même compréhension de la notion "prudence", car quand je vois ses fringues, j'imagine la tête de mon père si il m'avait vue partir comme ça au Pérou! Ou plutôt non, vaut mieux pas l'imaginer!
On se raconte nos voyages, et il y a déjà une distance inconnue entre Anna et moi. Un hollandais, Martin, attend aussi, mais pour un projet de long terme. Il est beau gosse mais n'est pas causant. Et le seul moment où il parle de l'ONG (ses objectifs flous, ...), on aurait préféré qu'il se taise! On attend que d'autres arrivent, on attend. Pendant deux heures, on ne sait rien, on spécule sur ce qu'on pourrait être chargés de faire au vu de l'objectif hyper précis tel que "favoriser de manière écologique et éthique les infrastructures touristiques". On s'inquiète tout à coup quand on voit les herbiers et les petits pots de maïs différents! On va trier du maïs dans des bocaux pendant un mois, au secours!
Finalement, alors qu'on commence sérieusement à connaître par cœur tout ce qu'il peut y avoir d'écrit dans cette salle , un type d'AEDES, désagréable et qui louche (d'accord, ce n'est pas un critère, mais bon), prend nos noms et nous dit qu'on doit payer… et il repart, le con! Bon OK merci d'être passé, on se rappelle! Durant l'heure qui suit, on va plusieurs fois voir du personnel pour qu'on s'occupe de nous, mais les personnes présentes ne semblent même pas toutes connaître notre ONG. Mais où on est??
Puis on finit par nous dire d'aller déjeuner en attendant nos tickets de bus. D'accord pour se dégourdir les jambes, les 5 françaises que nous sommes mangeons au resto chinois, où nous surveillons nos sacs jusqu'à loucher dessus. Je finis les plats par réflexe, en pensant que c'est ça d'avance sur un prochain repas sauté.
Puis on repasse prendre nos affaires pour aller au terminal. Quand on marche ensemble dans la rue, ça fait l'affiche d'Armageddon en un peu déjanté; troupeau de pétasses avec couleurs pétantes et sacs mal accrochés!
Dans le bus, je suis assise à côté de Rachaël. On regarde rêveusement par la fenêtre, et elle dit;
-Quand est-ce qu'on rattrape le soleil?
-On y est presque!
Rachaël est en 3° année de philo, elle est sympa et intéressante, on discute pas mal de tout et de rien. Surtout de "rien", d'ailleurs, à savoir du ridicule film "La chute du faucon noir". Boum-boum pan-pan, gentils contre méchants. Vive l'Amérique!
On dort un peu, et on arrive à 3h30 à Cotahuasi. Nous débarquons sur la place principale, avec nos gros sacs, les uns et les autres s'en vont… mais personne à l'horizon pour nous, alors que nos billets s'arrêtent ici! Après un quart d'heure d'attente, on commence à avoir froid. Par "chance", une boutique comprenant un téléphone public est ouverte. Nous y composons donc les numéros de téléphone d'urgence… qui ne marchent pas. Cool! Même si nos billets ne sont pas censés nous mener jusqu'à Tomepampa (la ville suivante dont on a vu le nom sur les papiers de l'ONG), on remonte quand même dans le bus. On attend, une fois de plus, dans une atmosphère irréelle; à 4h du matin dans un village paumé, devant des clips de discothèque nullissimes, en faisant des blagues sur la culture de l'anis au Cotahuasi (il faut dire qu'Anna a discuté avec son voisin qui lui a dit que la région était spécialisée dans la culture de l'anis!). On se dit que les herbiers cacheraient un trafic de drogue, vue la richesse de l'ONG et vu le fait que plusieurs de nos interlocuteurs la connaissent…! On rigole bien, parce qu'après tout, on est tous dans la même galère. Mais bon, quand la mère d'Anna lui a dit au téléphone que maintenant qu'elle était dans l'ONG, il n'y avait plus de risques… C'était peut-être un peu prématuré!
Finalement, le chauffeur, sachant pourquoi on vient, nous laisse aller jusqu'à Tomepampa, où on est accueillis à 5h par une femme qui nous conduit à son auberge. On promet qu'on gueulera avant de payer pour avoir des explications… et de tuer le coq de l'auberge! Pedro dort seul, moi avec Mary et Rachaël, Anna avec Katel et Camille.
Je ne sais pas qui est l'auteur de ce récit mais il m'a interpellé. En effet, je part pour 3 mois dans les mêmes régions que toi avec la même association locale AEDES. Je suis passé par jeunesse et reconstruction (association sur Paris) pour l'organisation. Cette association travaille avec AEDES au Pérou. Au vue de l'organisation de terrain j'avouerais que je me questionne?!!! tu parles de faire une lettre de "dénociation". L'as- tu faite? As-tu eu une réponse? Sinon ça a l'air d'être une sacrée expérience. Bonne continuation. A bientôt peut être!!!!