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Nom du blog :
peru06
Description du blog :
Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2007
Dernière mise à jour :
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3 août, d'Arica à Tacna

3 août, d'Arica à Tacna

Posté le 08.07.2007 par peru06
J’ai maudit toute la nuit les voisins insomniaques et bruyants qui faisaient la fiesta toutes lumières allumées devant la fenêtre. Seulement, je me suis aperçue le lendemain matin que la fenêtre donnait sur la rue à un étage plus bas, et que mes voisins n’étaient autres qu’un lampadaire mal situé et des passants agités !
On se lave les mains aux lingettes… Et la couche de crasse qui en ressort est impressionnante! Anna a de plus un ascendant grenouille, puisque toute la teinture verte de son pull artisanal (acheté en même temps que moi à La Paz) colle à sa peau et ses fringues! Pour un peu, elle sauterait en coassant…
La couche de crasse est aussi tenace dans le ciel imperturbablement grisâtre, sans un seul trou virant au bleu ciel. "Éternel printemps" comme disait le tenant de l'hôtel, mon cul oui! C'est un temps à musée surtout!
Enfin, ces proprios sont gentils. Quand on veut partir avec nos sacs alors en ayant dépassé (sans le savoir) l’heure limite pour débarrasser les chambres, l’employée nous retient pour qu’on paye une amende (alors qu’on a plus beaucoup de liquide). Elle va voir le mari proprio, chilien, qui sort de sa sieste pour gronder que si c’était comme ça, il viendrait punir Anna jusqu’à Lyon (il y a vécu) ! Vu comment ils font attention à la présentation, ce doit aussi être un nouvel hôtel pour lequel ils ont du trimer. La femme est tirée à quatre épingles, sert un petit-dèj chic avec des petits gâteaux fins, elle veut des réservations de chambre… Mais ils ont aussi raconté leurs quelques galères, et aussi comment ils ont dépanné de pauvres bougres dévalisés dans un faux combi! Tout ce qu'on avait dit au Pérou sur les dangers de la Bolivie est réitéré entre au Chili sur le Pérou. Mais c'est vrai que les péruviens, avec la masse de touristes occidentaux et la pauvreté qu'ils subissent (Il manque l'un ou l'autre pour la Bolivie ou le Chili), ont développé un certain sens de la roublardise! Et on a entendu cette réputation par de multiples interlocuteurs ; Artisans du monde, un homme d’affaires qui nous a abordé, des chauffeurs de taxi bavards, d'autres latino-américains…!
Comme d’habitude, on ne manque pas notre visite-phare d’une grande ; un petit tour personnalisé de toutes les banques du coin pour retirer de l'argent! Sur le chemin, on constate combien les chiliens ont le sang chaud; les mecs nous sifflent et nous prennent en photo, les filles sont en minijupe à la Britney, talons hauts, débardeurs débordants…! Ca change des jupes en « rideaux » surmontées d’un gilet de laine sale et du chapeau rond qu’on a souvent vu jusqu’ici !
Puis on fait un détour par des chantiers de vieux fantômes de bateaux à réparer… On essaie d’abord de s’y faufiler discrètement, mais un gardien nous arrête ; ce n’est pas un chantier autorisé, c’est dangereux, il faut un casque... On tente de lui faire les yeux doux, faire style niais qu’on ne comprend pas tout, qu’on voudrait faire des photos (ce qui est vrai). Il nous sourit, il hésite… mais non, le règlement c’est le règlement. On contourne alors en suivant un vieux chemin de fer abandonné débouchant sur un terrain vague, d’où on peut voir, dépassant des murs usés et tagués, les silhouettes fatiguées des bateaux se dressant lourdement. C'est sublime, ces spectres étranges sur fond de brume et de vieux rails. Rouillés, et suintants, parsemés de petits hommes colorés qui s'y agitent comme des mouches stressées sur un pachyderme tranquille…
On cherche à atteindre le musée à 17 km de la ville, mais le taxi est trop cher et Anna n’est pas super motivée. On repart donc vers notre petit port tranquille, dont l’ambiance nous a tant plu (enfin, pas pour l’odeur !).
Pour faire la ballade en bateau autour du port, il faut cependant être cinq. On attend, c’est pas grave, on dessine et on écrit. Et puis au bout d’un moment, ras le bol des crayons et de l’ambiance bucolique, on voudrait bien y aller ; on propose donc à trois types de nous accompagner. On va regretter amèrement cette décision ! Deux d’entre eux sont défoncés à la bière et au shit (le mélange n'est pas fameux apparemment!), et l’autre discute avec Anna. Les deux chieurs me touchent les mains, les cheveux, gueulent (il paraît qu'ils chantent) et veulent faire des photos (que je fais semblant de prendre pour qu'ils me foutent la paix). Je suis partagée entre l'envie de les foutre à la baille, et d'essayer de rigoler après tout, parce qu’ils n’ont pas l’air de saisir une quelconque demi-mesure. Je me rapproche donc de la conductrice pour lui poser des questions sur ce qu’on croise ; les vieux bateaux couverts de guano et d'oiseaux noirs et lugubres, dont l'un est vieux de 60 ans et est devenu "el hostal cinco plumas"! Les otaries se prélassent sur les épaves où elles s’empilent, les unes sur les autres, sans craindre les gens alentour. Un bateau militaire du Vénézuela fait des exercices avec un autre vaisseau du Chili. Je questionne alors la conductrice sur les relations entre chiliens et autres nations, et elle déplore les tensions avec la Bolivie et le Pérou, perpétuées selon elle par l'école péruvienne alors que le plus grand nombre de touristes qu’elle accueille à son bord sont péruviens !
Une fois revenus à terre, le plus bourré des trois types (celui qui m’a le plus collée, évidemment) essaie de me léchouiller la gueule, je le repousse (un peu) brusquement, et on se barre en étant obligées de sortir le premier bobard venu pour ne pas qu'ils nous collent aux baskets (même vis à vis du type pas bourré). Relou les mecs !
On se ballade dans le petit marché sur les allées piétonnes où on essaie un "pépino", fruit jaune pâle au vague goût de melon faisandé. Puis on se pose à un petit café où on prend le journal "Le Mercurio" et un Kola réal (ou Inca Kola) (qu'est-ce que c'est dégueulasse! Boisson typique du Pérou, à savoir un suc jaune et bulleux au goût de bubble gum pétillant… ).
Alors que sur le coup on profite de tout ce qu'on voit, c'est avec du recul que je me rends compte à quel point la Bolivie m'a marquée. C'est tellement plus spirituel et proche de la vie (pauvreté, nourriture, ambulantes…) alors qu'ici c'est plus superficiel.
Pendant qu'Anna va à la gare, je vais acheter quelques pains avec ce qu'il me reste comme pesos. La boulangère m'en offre gentiment un peu plus. Sur le chemin, mon super sac traditionnel-artisanal-solide-vaut-pas-moins-de-20-pesos, casse. Je dois alors faire un nœud tant bien que mal avec la bandoulière car mon unique aiguille s’est tordue…
Alors qu'on mange nos pains devant le train, une femme sort de son taxi, et vient vers moi, très décidée. Je ne sais pas si c’est vraiment moi qu’elle vise, donc je fais style-j’ai-rien-vu, mais elle m'interpelle en disant « vous, là ! mademoiselle ! » et en tendant son poing vers moi. Gulps ! Je m’approche, prête à déployer des talents de diplomate, mais en fait elle me tend des aiguilles et plusieurs fils !! Je lui fais pitié avec mon sac bricolé, mais c’est trop gentil! Après une sortie du territoire chilien beaucoup plus sommaire qu'à l'entrée (qu’on refile nos microbes aux péruviens est moins important), on pénètre dans le vieux train miteux de 20 places, moyen le plus lent et le moins cher de passer du Chili au Pérou (légalement du moins). Il avance très lentement en tremblant, toussotant des klaxons et sifflements divers qui rythment les conversations assourdies. Les pâles lumières faiblissent et clignotent dans la carcasse verdâtre… Je me crois encore dans un dessin animé fantastique où un véhicule bizarre semble nous plonger et nous emmener vers un autre monde. C'est tout simplement magique! Tellement plus de charme que les bus, là on est ballottées et on s'étend de tout notre long dans notre carré de fauteuils déchirés… Alors que les rumeurs ronronnent et qu'Anna s'endort dans la pénombre tremblotante, il me vient une pensée qui ne m'était pas venue depuis longtemps, me semble-t-il, inspirée de Baloo dans le livre de la jungle, alors qu’il se glisse contre un arbre après une bonne aventure en soufflant…
"Que c'est bon de vivre!" J'ai l'impression d'avoir atteint un certain équilibre que je cherchais à travers ce voyage, et dont je me suis approchée pas à pas. Peut-être que je crie victoire un peu vite, mais en attendant, ça fait tellement de bien d'en être consciente ne serait-ce qu’un instant!
On arrive à Tacna vers 20h On étale nos pièces dans nos mains crasseuses pour se payer quelques gâteaux, en attendant sur la Plaza de Armas que le type d'Hospitalityclub sorte de l'Université d'ici une heure et demi. On va finalement attendre devant un mate de coca à l'intérieur d’une gargotte un peu glauque.
Cristian, notre logeur, arrive avec un ami, Cesar, avec qui ils préparaient un congrès pour le lendemain. Ils ont 21 ans et étudient l'ingénierie informatique. Ils font très… bons élèves dont papa et manman sont fiers (surtout notre hôte); sourire en banane (fluor“ devrait l’embaucher), costard ajusté, binocles rondes à la Agnan, la petite raie sur le côté avec du gel, polis comme des pinguins au resto… Cela dit, ils sont gentils. Le père, policier un peu plus naturel, s'intéresse un peu à nous. On prend un mate de coca avec du pain tartiné de "dulce de leche", caramel de lait sous forme de pâte délicieuse. Anna est crevée et ne préfère pas ressortir (on l'est à tour de rôle!).
On parle de tout et de rien, de nos expériences et de nos études. La sœur, Daissy, dit qu'elle fait de la danse, sourit tout le temps et nous pose des questions… niaises, c'est le mot. Elle fait des compliments sur tout (sur mon pantalon (troué de partout), mon ventre (qui a pourtant du gagner des formes ce soir là), mon pull…). Et elle voudrait qu'Anna lui donne ses boucles d'oreilles fabriquées à la Paz, comme ça, sans lui avoir dit d’autre mot que « hola » ! Elle doit être un peu handicapée… Ou alors je suis vraiment méchante !



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