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peru06
Description du blog :
Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2007
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2 août, de la Paz à Arica

2 août, de la Paz à Arica

Posté le 07.07.2007 par peru06
Je rêve que je discute avec mon frère (Guillaume) dans une forêt avec des punks… (Anna m'a raconté que ses parents étaient punks après en avoir vu un à Copacabana). Mélange détonant !
On se lève à 4h45 et nous n'osons pas réveiller Freddy; Anna lui laisse un message sous la porte. On sort donc dans le froid nocturne, saisies par le vent soufflant dans la rue désespérément déserte… alors que Freddy nous a dit que La Paz avant 6h, c'est très dangereux. On voit d’ailleurs arriver la silhouette d’un groupe de jeunes à casquettes, et on fait signe de la main au premier véhicule s’apparentant à un taxi sans discuter. Une fois dans ce dernier, on s’aperçoit que c’est un taxi non officiel, alors que depuis notre arrivée on nous répète de faire attention aux kidnappings et rackets des faux transports publics… J'ai une montée d'adrénaline quand la voiture s'embarque dans une ruelle que je ne connais pas, je commence à me faire des films…
Mais non, on rejoint l’avenue principale pour arriver au terminal terrestre où on cherche notre numéro parmi tous les hangars qui se succèdent jusqu’à trouver notre bus. Ca fait drôle, il est confortable! Mais il faut avouer que c'est agréable. On nous y sert une tranche de pain de mie avec un quart de millimètre carré de confiture plus un thé en guise de petit-déjeuner. Il grésille une musique incroyablement niaise, un mélange de vieux tubes repris en espagnol sur un ton pseudo-romantique sur fond de clips à mourir de rire (ou d'agacement, au choix).
Sur la route, malgré le mal au ventre, on arrive à savourer la vue de ces bouts d'Andes et de sierra, pâlement éclairés par les réverbères oranges. Ca me fait penser à des vestiges archéologiques, de Rome ou d'ailleurs. Puis on ne distingue que les montagnes noyées dans la brume, et des cactus peints aux couleurs de la Bolivie le long d'une base militaire.
C'est hallucinant, après deux heures de route, on change totalement de paysage; c'est devenu rouge et volcanique, comme une route en plein far-west. Pour un peu, on verrait des cow-boys. Cela ressemble aussi à une lune rouge, fissurée de cratères et crevasses, bombée et auréolée de sel. Salut Armstrong ! On voit des bouts de lacs gelés, des restes de maisons de terre, quelques monolithes dressés, des passages d'alpacas et de vaches.
Mais même au milieu de ce désert, il y a des messages politiques du MAS (parti d'Evo Morales) inscrits sur les pierres! Anna se repose sur mes genoux, je pose un bras sur son dos et l'autre sur le rebord de la fenêtre pour regarder au-dehors… j'aime vraiment ce moment, il devrait rester figé.
Vers 10h, on arrive à la frontière chilienne, qu'on pourrait presque comparer avec une frontière américaine. De gros gardes d'apparence européenne et antipathiques fouillent tout, interrogent les gens longtemps et dans une salle fermée, tout particulièrement les boliviens. Ce sont un peu leurs musulmans, chacun son bouc émissaire. Il y a des panneaux de lutte anti-drogue, et on repère une salle qui doit servir à des fouilles musclées. Ils prennent un temps fou pour fouiller nos bagages, cherchant particulièrement des fruits qui porteraient une maladie spéciale… Tout d’un coup, je repense aux oranges de la jungle qui me restent, mais c’est trop tard pour les enlever. J’hésite à aller leur dire directement, mais vue l’amende qu’on risque, autant se taire et attendre. Ils nous redonnent nos passeports au compte-goutte et finissent par nous laisser repartir sans trop d’accroc.
On descend à Arica vers 13h40. Il y fait chaud et sec, on est crevées. Ca parait bien plus riche et européen au vu des boutiques (centres d'activités sportives, photos, designers, moins de commerce vital…), mais l'ambiance reste latino-américaine (messages anars tagués sur les murs, couleurs, architecture…). Il faut se réhabituer à la monnaie locale ; un euro fait 600 pesos (soit environ 4 soles et 8 bolivianos). On va boire quelque chose pour se rafraîchir et tenter de se réveiller. Mais c’est raté !
On trouve un hôtel franco-chilien complet qui nous prend en pitié quand on leur demande si ce n'est pas trop dangereux de dormir sur la plage. Ils nous logent dans un grenier sans télé ni chiottes ni isolation, mais on a des lits et le petit-dèj pour moins de la moitié du prix normal ! Bonne affaire, faut dire qu’ils sont sympas et doivent repenser à leurs jeunes années en nous voyant… Et ça doit faire un bail !
Anna a la turista (sans doute à cause du changement de température). On se promène, les gens nous disent "Hola" tout le temps. L'un et son copain demandent une photo; je m'approche pour qu'ils me passent leur appareil afin de les prendre, mais le copain veut prendre une photo de moi et de l'autre! Bizarre, on préfère s’en aller vite fait. On s’approche de la plage par les trottoirs peints de figurines jaunes, et on entend de gros pélicans frappent l'eau de leurs ailes. Quand on entre dans le petit port, on est saisies par l'odeur de poisson pourri, l'ambiance de zoo à ciel ouvert avec tous ces pélicans et otaries au bord des pierres qui se battent les détritus, le fond de musique que percent les éclats de rires et les blagues des vieux pêchous avec leurs sacs de toile. Nos regards se portent un bon moment sur l'antre du port, empli de vieilles coques colorées surmontées de drapeaux noirs et déchirés. Tout cela semble un jouet un peu abîmé, une miniature rouillée… avec tellement de charme! C’est une ambiance spéciale qu’on peut ressentir dans un studio de cinéma, cette sensation de voir un peu de l’homme dans ces artifices artisanaux qu’il se bricole.
On dîne à l'allemande à 17h30 tellement on a faim; Anna prend des spaghettis et moi une "cazuela", une soupe avec un vague bout (de gras) de viande, une carotte, une pomme de terre, un tronc de maïs (sans beaucoup de maïs dessus), un peu de quinua et du basilic. Ils nous filent même un peu de pain en plus pendant qu'on regarde les infos sur CNN et que nos voisins enchaînent les digestifs! On voudrait les accompagner, mais quand on répond au serveur qu'on a 19 ans, il se rétracte à nous en proposer ! Eh oh, on est majeureuuuuuuhh !
À la sortie, on s'achète une galette sablée super bonne comme dessert. Puis on rencontre un argentin avec son sac à dos qui, apparemment, avait déjà croisé le regard d'Anna. Elle ose beaucoup plus regarder les gens. Moi, je n'ose pas tant je sens de yeux posés sur moi et ma peau blanche; je crains un peu les malentendus ou ma maladresse.
Le type en question nous parle de ses vagabondages, montre ses photos (alors qu’en soit sa life moi j’en ai rien à foutre). Il fait aussi 36 000 détours pour acheter des bières en cannette dans un supermarché et les boire dehors, en se cachant car c'est interdit de boire sur la voie publique. Super l’aventure. En plus, des policiers en moto vadrouillent, on doit faire attention, on peut jamais se poser. On discute un peu du Che, de son utilisation commerciale même si c'est un symbole fort ici, mais au fur et à mesure qu'il drague Anna, je me sens de plus en plus une verrue dans cette conversation et dans ce lieu. Quand je parle il s'en fout et me coupe la parole pour que je prenne une photo d'eux deux. J'ai froid, je suis fatiguée, j'ai encore faim, et j'avoue qu'il me saoûle (peut-être parce que je suis une égoïste qui voudrait un peu plus d’attention, qui sait peut-être par jalousie. Ou parce qu’il est con !).
À chaque fois que je porte un jugement sur quelqu'un et que je vois qu'Anna n'a pas le même, je me dis merde, j'ai encore les préjugés de mon milieu social, il faut que je m'en détache… Mais bon. C'est sans doute un peu plus compliqué que ça, et là, je veux juste me coucher ! C’est à regret qu’Anna finit par me suivre. Ouf !



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