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Nom du blog :
peru06
Description du blog :
Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2007
Dernière mise à jour :
23.08.2007
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26 juillet, bus jusqu'à Puno

26 juillet, bus jusqu'à Puno

Posté le 28.06.2007 par peru06
7h du matin. Ca fait deux heures qu'on reste plantés dans un coin paumé, tout éteint. Je crois entendre qu'on est perdus, mais d'autres disent qu'il y a des travaux sur la route, ce qui semble plus plausible vu la file de camions et de bus sur la piste. En fait, c’est le chauffeur qui fait sa nuit. Les gens vont se laver les dents dans le ruisseau, on fait ses besoins sans aucune pudeur à côté du bus (y a pas beaucoup d’autre endroit à part le précipice et le mur de végétation impénétrable). On entend des molards de partout, des crachats, quelques pleurs d’enfants, des toux grasses… Bonjour à vous aussi !
Enfin, vers 7h20, on entend les premiers bruits de démarrage, comme un gros monstre qui se racle la gorge et s'ébroue après son réveil. Il crache, éructe, tousse, renifle… Il faut dire que ce chauffeur est vraiment chauffard. Avec ses grosses accélérations soudaines, on ne sait jamais si il va partir d'un coup alors que les passagers sont encore en train de se dépêcher de monter, comme un petit despote du camion martyrisé. Enfin, si ce n’était qu’à l’arrêt encore, mais c’est qu’il est dangereux ! Il accélère brusquement dans les virages serrés (près du précipice, donc) et en passant les cascades (ce qui nous fait rebondir tous les passagers ainsi que les déchets qui me retombent dessus, dans le paseo. Par contre, grande prudence, il ralentit exagérément dans les lignes droites sans danger… La psychologie des chauffeurs péruviens m’échappe.
À 9h, enfin, après 14h dans ce couloir de la mort (des nerfs), une place assise se libère. Mon voisin, Darwin, est gentil mais envahissant au sens propre (il prend la moitié de mon siège) comme au sens figuré (il parle tout le temps, plus que moi !). En même temps, au début, ça m'intéresse; il parle de toute la pâte de coca transformée à partir des champs de feuille dans les environs de Puerto Maldonado. Ce serait vraiment à portée de main. Il parle aussi des effets que cela a et du fait que Fujimori ait été le seul Président à vraiment s'attaquer à ce problème… OK d’accord c’est super, mais je veux dormiiiir… j’emploie une stratégie didactique ; je ferme les yeux, ne répond que par de vagues grognements, mais il continue à parler et poser des questions…
À un arrêt poussiéreux, on fait la queue pour payer 30 centimes un bout de PQ et rentrer dans les toilettes publiques dégueulasses. Une fois dehors, on s’arrache l’estomac en mangeant nos citrons et oranges de la jungle. Une femme, qui, comme les autres, nous avait observé, revient dans le bus à côté de son ami, puis se tourne vers nous et nous dit "Hola amigas, sirvese!" en nous offrant un petit pain ! Mon voisin m'offre ses oranges, le voisin d'Anna ses bananes. Je sais pas comment faut le prendre, on doit vraiment leur faire pitié, mais en tout cas c’était super gentil !
Un peu plus loin, on s’arrête encore et les flics demandent les passeports. Mon voisin, pris de peur, dit qu’il va à l’avant car il a le mal des transports (ça fait des heures qu’on roule sans problème) et il descend en oubliant ses affaires. Au bout d’un moment, le car repart… sans le voisin. Quand moi-même et quelques personnes crions qu’il y a encore quelqu’un dehors, un autre réplique que les flics s’en occupent… Bon, on va pas insister pour avoir un rôle dans un policier exotique !
À 16h, on arrive à Juliaca, bidonville en bordure de chemin de fer, peu sûr et jonché de multiples papiers crasseux. À l'inverse, le centre semble une petite bulle européenne avec ses pizzerias à l'italienne. Les vélo-taxis nous sautent dessus dès la sortie du bus ("c'est plus sûr, c'est plus sûr!»), et nous soutirent 4 soles pour deux minutes de pédalage! Anna insiste pour faire baisser le prix, mais le type est vraiment de mauvaise foi… Tant pis, il aura pas plus.
On prend un combi pour Puno, moins cher que le vélo-taxi pour trois fois plus de distance!
Une fois arrivés, on prend un taxi pour la maison de Wilber, d'Hospitalityclub. Il nous accueille en parka, en bonnet et écharpe ; à 4 000m d'altitude en hiver et sans chauffage, heureusement que j’avais prévu des affaires d’été ! Il y a aussi sa sœur architecte, très gentille, dont les mignonnes maquettes parsèment le salon, et nous offre de petits instruments sur broche (tambour, flûte de pan). Pour le dîner, on a un pain, une clémentine et une mazamorra morada (boisson chaude, sucrée et épaisse de maïs violet avec des fruits). J’ai faim, froid et j’adore ça ; je bois donc celle d'Anna en douce pour lui éviter de le jeter dans des fleurs qui n’existent pas. On discute, et comme ils ne comprennent pas qu'Anna ne parle pas espagnol, ils articulent lentement, font comme si elle était handicapée… Anna dit alors sur un ton agacé « no soy estupida ! ». la phrase va rester et provoque des éclats de rire. Mais bientôt, je suis plus rien et je rêve d’une couette chaude. Wilber parle beaucoup, trop pour moi ce soir.
J'envoie quand même mon premier mail à partir de la connexion de Wilber "chuis vivante et c super. G pa tro ltps, à+ ». Je me sens un peu coupable d’être aussi brève, surtout si je me mets à la place des parents. Mais je ne me l’explique pas vraiment, je m’étais déjà fait la réflexion. Pourtant je l’adore, ma famille, mais j’ai besoin de faire une pause affective. Anna envoie des photos de son appareil chargées sur l'ordinateur de Wilber, et je lui demande quand même de les envoyer aussi à mes parents. Avec Anna, on est à moitié hystériques car on s'est décidées pour suivre l'option à laquelle j'avais pensée; faire un tour par le Chili! Anna est folle de joie, on s’imagine ce qu’on va faire... Au bout, d'un moment, je suis vraiment trop crevée pour continuer à rester par politesse, et je vais me coucher sous la trentaine de couvertures avec tous mes vêtements possibles rajoutés et rentrés dans le pantalon, les chaussettes... Que j'ai froid! J’ai une infime idée de ce que peut vivre un gabonais en Antarctique !



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