Je rêve qu'Anna et moi n'avons plus d’argent, comme son pote de Londres, et qu'on est surveillées dans une espèce de maison close mais en tant que gamins devant vendre des babioles aux touristes (un peu comme dans « le temps des gitans »). Un autre enfant –péruvien- de la maison dit alors qu'Anna risque de casser la gueule aux touristes, ce qu’elle confirme! La "surveillante" me change de chambre avec mes bagages, on s'engueule… ! Anna, elle, rêve de poursuites et de concert. Ca s’accorde plus aux évènements ;
Une fête a commencé quand on s’endormait et a duré toute la nuit jusqu'à 6h du matin, Un mélange de musique pompier, de voix et de cris de gamins, de klaxons partout, de chèvres... Génial, on se sent très festif. Et ce coq mon dieu, ce coq… je rêve d'un coq au vin, d'un coq aux pâtes, d'un coq au cou tordu, d'un coq entre mes mains… !
On se lève, à moitié comateuses, pour aller déposer nos gros sacs dans une pièce sûre de l’hôtel et ne garder qu’un petit sac avec le minimum. On a faim, on est sales (moiteur, crème, peaux mortes, transpiration, poussière, ongles noirs, …); le patron nous zieute bizarrement (des clochardes occidentales, ça doit faire bizarre !) et donne un mauvais sentiment à Anna. Bah. De toute façon, on a pas le choix.
À 8h, Magali, sa fille et son neveu viennent nous chercher et nous emmènent jusqu'au fleuve marron, où des enfants se baignent. Notre petit bateau en bois bleu ciel, fait de planches branlantes, vogue sur l'eau boueuse, bordée de végétations rouges et jaunes. Les mottes de terre flottent comme les pustules d’un espèce de monstre endormi sous la surface... Peut-être du fait de notre faim et de la chaleur, la végétation me semble être, en une illusion d'optique, une gueule béante qui ondule et se meut comme une bête géante. Non non, je n’ai pas essayé la coca !! Mais je suis vraiment crevée !
On accoste et nous devons marcher dans la végétation chaude et ses ponts tremblants. Je suis un peu à l’avant avec le gamin, content de pouvoir accélérer un peu le pas. Je ne sais plus quelle force nous permet de tenir debout ; peut-être l’émerveillement ; on entend des criaillements, voit de gros lézards colorés, des insectes impressionnants (libellule noire et velue, grillons hyper sonores, mouche multicolore, gros papillons aux tons vifs…) Puis nous arrivons près d’un grand lac où on peut se croûter pendant une heure et demi en attendant le guide. Enfin ! Les enfants jouent dans la flotte boueuse et on fait la sieste sur une pirogue abandonnée avec le bruit du vent, des vagues et des feuilles…
Le garde de la jungle Léo vient nous voir, on discute, je le dessine. Puis nous remontons jusqu'aux cases en bois. Il n’y a ni toilettes (à part les buissons sans trop de bestioles) ni douche (sauf une source d’eau moins sale qui descend d’une montagne, pas très loin). À l’intérieur, le toit est fait de branches et les lits, faits de quelques planches et d’une couverture comme matelas, sont protégés de moustiquaires et éclairés d’une bougie tenant sur une vieille boîte de conserve. Décor monacal reposant face à la luxure extérieure ! Tout est parfait à un détail près… Il y a un coq à côté! Aaargh!
On a un déjeuner de malade, typiquement péruvien, avec riz, banane frite, viande, pomme de terre frite… Voilà de quoi requinquer un homme et faire mal à l’estomac! Ils sont tous très impressionnés qu'on soit venues en camion citerne, même les péruviens. Aqueuhè, c’est qu’on est des aventurières intrépides !!
Puis, pour digérer, on va se baigner en sous-vêtements dans l'eau terreuse du lac, qui nous salit plus qu’elle nous lave ! Anna ne se sent pas bien et discute de sa peur des bestioles avec le garde, très gentil et compréhensif. On voit la famille des loutres qui joue au loin, l'eau est douce et bonne. Une autre française, Maïté, est là et critique les touristes qui croient aux mygales et aux serpents dans la chambre.
Une fois séchés au soleil, on va cueillir d'étranges fruits rouges et juteux (les "mamae"), des oranges délicieuses, des citrons, de la coco, des fruits jaunes… si on a la diarrhée, on saura pourquoi, mais c'est vraiment rafraîchissant après un tel déjeuner! Et puis c’est aussi « beaucoup bon goût ». Les deux espagnols (la majorité des touristes dans la jungle seraient d'abord français, puis espagnols) n'arrivent qu'à 16h ; ils s'étaient trompés d'agence! De toute façon, la chaleur interdit toute expédition entre 12h et 15h. Pour Anna, c’est presque trop lent mais moi je m’habitue à ce rythme de lézard !
Ensemble, on part alors en canoë voir les singes. On les entend de l'autre côté de la berge, et on les imagine sauter dans les feuilles. Ils semblent nous suivre, on traque leurs ombres. Les écouter me suffit presque; on les sent sauvages, libres, jouant, vivant pas comme dans un zoo où on ne fait que les voir sans mobiliser d'autre sens.
Mais enfin, dans une trouée, on les aperçoit surexcités; ils se suivent, se croûtent dans les arbres, se disputent et semblent jouer à saute-mouton… trop mignons, de vrais gamins! Les plus grands sont les "capuccino".
Au retour, le soleil couchant et les poissons volants sur le lac donnent une impression magique. À part les grenouilles qui croassent vraiment fort, ça casse un peu!
On rentre aux baraques, sans eau ni électricité (les bougies artisanales qui balisent le chemin sont amusantes). Un habitant nous montre les constellations de l'hémisphère sud (scorpion, Cruz del Sur), et aussi sa "petite amie", … une mygale énorme!! Il en saisit une dans la main et nous hurlons tous, mais ce n’est qu’une peau de mue restée là, toute douce, tandis que les pattes paraissent ventousées. On se méfie maintenant des petites bêtes dans nos cheveux! Bouaaah !
Dans la série gentilles bébêtes, après le dîner, on va voir les caïmans sur le lac… Le guide plonge les bras dans l'eau pour nous passer ces bébés à grandes dents de quelques dizaines de centimètres au bord du lac. Les "enfants" font un mètre, et l'un d'eux a fait 25 points de suture à un jeune guide qui voulait faire le fier! Avec les lampe-torches, on voit comme dans un film d’horreur la multitude de paires d'yeux rouges restés près du bord. Et au milieu du lac, on frissonne en voyant briller les yeux de la mère… Qui fait 6 mètres de long!! C’est cool l’aventure, mais on rentre !
Un blog très sympa a lire et regarder ! Maintenant ze veux la suite du périple ;-)