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Nom du blog :
peru06
Description du blog :
Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2007
Dernière mise à jour :
11.08.2008
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6 août, de Cotahuasi à Tomepampa

Posté le 08.07.2007 par peru06
Après une nuit sans rêve, je me réveille à 9h avec les coups de marteau dans la cour et la lumière du jour. Je me lave les mains… Le jus noir qui en découle est impressionnant!
On s'aperçoit que l'importante activité au Cotahuasi n'est pas la culture de l'"anis" (comme l'avait compris Anna) mais du "maïs" ! C'est un peu plus logique ! Et dire qu'on a tripé une nuit durant là-dessus!
On petit-déjeune avec du maïs blanc et du fromage, sans rien savoir de plus sur notre avenir dans les prochaines heures. Quand, enfin, notre responsable dont on n'a jamais vu que le nom sur un papier (Marcela) arrive enfin! Je me charge de présenter les représailles du groupe quant à l'organisation jusqu'ici, mais elle nous explique pourquoi elle ne pouvait pas être là à Arequipa, et nous rassure en nous donnant le programme; ça fait quelques responsabilités, et ça a l'air drôlement intéressant! (raviver l'identité culturelle locale par des concours de contes, rénover des panneaux touristiques, engager une réflexion entre l'homme et la nature, décrire la gastronomie locale, faire un compte-rendu du tout devant la municipalité…). Je suis avec les espagnols et Camille dans un village à 8h de cheval (youhou!), tandis qu'Anna est avec Rachaël, Katel et David, le français qui n'arrivera que le lendemain parce qu'il a un patron ou un portefeuille sur les talons!
Vers 11h, on attend le bus pour aller théoriquement aux eaux thermales. Le village est charmant, désert et typique. Ânes et enfants circulent, on admire les vieux et beaux visages, posés sur les bancs, les murs colorés semblent plein d'histoires, les montagnes sont somptueuses… Attendre ne m'est plus très important. On voit aussi passer un combi chargé jusque sur le toit! Finalement, on n'a pas le temps d'aller aux eaux thermales, et les filles montent dans un combi en direction de leur village. Se séparer d'avec Anna a presque été naturel, évident, car on commençait une autre histoire.
On attend à Cotahuasi, où je partage mon poulet-frites avec un petit chat tout mimi. Marcela a une moue de dégoût et m'avertit qu'il a sûrement des tiques. Bon, d'accord, ici on met son affectif de côté... Apprenant qu'on ne peut partir que le lendemain matin pour notre village (Charcana), on attend l'ouverture d'un hôtel dans la poussière pendant un bon bout de temps, allongés sur nos sacs et regardant nos bouteilles d'eau se vider. Puis, une fois les bagages posés, Camille et moi allons faire un tour dans la "ville" (c'est à dire le village le plus important du coin). En allant vers un petit point de vue à l'extérieur, on découvre les paysages somptueux creusés de vallées, auréolés du coucher de soleil, baignés du souffle du vent.... Ce petit village semble uniquement peuplé de chiens, d'enfants joueurs et d'adultes tranquillement assis. La poussière vole, la rumeur est assoupie. Une chose les préoccupe; ils parlent du match de foot entre villages, 1-0 actuellement (je ne sais pas pour qui!). On se promène plus loin, entre les carcasses d'un bus et le terrain de foot. Nous chantons Manu Chao en regardant la lune déjà visible en fin d'après-midi. Quand on arrive sur la place, on se fait siffler par un type complètement bourré qui finit par nous aborder; "disculpa mama, estoy borracho!". On se fait remarquer et siffler par d'autres, mais sans méchanceté. Faut dire qu'ici, les touristes semblent loin d'être habituels.
Alors que le froid tombe, je vais chercher un pull et on va boire un mate de coca, avec de vrais feuilles (qu'on fait sécher et garde précieusement). Puis on se rejoint avec les espagnols, et deux enfants nous montrent le chemin pour aller jusqu'à l'auberge. J'en prends une sur mes épaules; je ne sais pas trop pourquoi, mais ces gamins me fascinent et c'est plus facile de partager quelque chose avec eux en y allant direct (je vais pas prendre une big mama sur mes épaules!). On a un dîner encore bien gras et lourd, pendant lequel on est forcés d'admirer à la TV une sorte d'Alizée péruvienne de 15 ans qui ne sait que bouger du cul et chante faux (conseil; ne pas s'aventurer à écouter les paroles, c'est encore plus consternant). Les clients pleins de bière l'admirent car elle vient de Cotahuasi. OK, chacun ses poufs!
Quand on repart, la gamine que j'avais portée demande à Pedro de se baisser à son niveau, pour qu'elle lui susurre quelque chose à l'oreille. C'est trop mignon, on croirait une déclaration d'amour! En fait, le sens est tout autre et enlève de son charme; elle lui demandait comment on disait "papa" et "maman" en anglais. Quand on est touristes, on doit forcément être américains!
À l'hôtel, je prends ma première douche chaude depuis Aguas Calientes, c'est à dire il y a trois semaines! Shampooing, eau chaude et épilation… Le pire c'est que je n'en sentais (les autres sans doute que si!) le besoin, mais en tout cas ça fait quand même du bien!



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5 août, d'Arequipa à Cotahuasi

Posté le 08.07.2007 par peru06
On voudrait petit-déjeuner dans le coin, mais quand on descend, le propriétaire est à la fenêtre en train d'observer le vol en action du sac d'un touriste; il n'a pas besoin de beaucoup plus d'arguments pour nous convaincre d'aller manger ailleurs.
On va dans un café à touriste de la Plaza de Armas, avec ce qui semble être un vrai expresso, du muesli, du miel et des fruits pour ma part. Anna prend un petit-dèj américain (avec des œufs brouillés) puis une tarte aux pommes, ça fait du bien par où ça passe, tout ça. On se pose face à la cathédrale, et plusieurs locaux (flics, commerçants, chauffeurs de taxi) nous conseillent de ne rien laisser dans nos sacs et d'y faire très attention. Les portes des taxis sont sécurisées de l'intérieur, beaucoup de policiers patrouillent… Anna a en effet l'impression que les gens nous toisent, nous et nos sacs, pour voir ce qu'ils pourraient voler.
Une église jésuite est en train d'être lavée par une famille (de la grand-mère jusqu'au gamin de moins de 10 ans). Afin de moins s'épuiser sous cette chaleur, on se pose sur la belle place centrale, entourée d'arcades, pour admirer la grande cathédrale aux orgues les plus longues d'Amérique latine (mais qui ont sonné faux pendant des années après le transport de Belgique!). J'y entre, mais il y a une messe, et je me sens vite gênante avec mon gros sac. Cela dit, d'autres personnes s'y émerveillent avec force paroles futiles, brandissent leurs appareils photo et promènent leurs gros sacs bruyamment, limite si ils demandent pas au prêtre de les aider… pendant que des gens essaient de se recueillir. Le curé est en habit noir, sandales, cordon, barbe. L'image d'épinal du moine jésuite.

Puis on prend un taxi pour le bureau d'AEDES (l'ONG qu'on doit rejoindre pour travailler pendant un mois), bâtiment introuvable, paumé dans un labyrinthe de quartiers riches et surprotégés. L'adresse semble fausse, on vadrouille dans cette verrue barbelée (des gardes ne vont-ils pas nous tomber dessus?!). Et puis on voit le numéro semblant correspondre, une jardinière nous dit d'entrer par le garage qui abrite un 4x4 (est-ce un repaire de trafiquants??)
Mais non, c'est bien le lieu du rendez-vous. Il y a déjà Rachaël, volontaire dans le même projet, la seule à être arrivée à l'heure. Deux volontaires espagnols sont aussi là, Mary et Pedro (ils me font penser au couple de la "selva"). Arrivent bientôt deux autres volontaires françaises, Camille et Katel. Cette dernière a mangé dans un petit resto chinois pour son premier jour au Pérou, et au moment de payer l'addition, surprise! Plus de sac! Donc plus d'argent, de passeport, son nouvel appareil photo numérique, ses papiers…! Au secours, ça n'arrive pas qu'aux autres! Enfin, on a peut-être pas la même compréhension de la notion "prudence", car quand je vois ses fringues, j'imagine la tête de mon père si il m'avait vue partir comme ça au Pérou! Ou plutôt non, vaut mieux pas l'imaginer!
On se raconte nos voyages, et il y a déjà une distance inconnue entre Anna et moi. Un hollandais, Martin, attend aussi, mais pour un projet de long terme. Il est beau gosse mais n'est pas causant. Et le seul moment où il parle de l'ONG (ses objectifs flous, ...), on aurait préféré qu'il se taise! On attend que d'autres arrivent, on attend. Pendant deux heures, on ne sait rien, on spécule sur ce qu'on pourrait être chargés de faire au vu de l'objectif hyper précis tel que "favoriser de manière écologique et éthique les infrastructures touristiques". On s'inquiète tout à coup quand on voit les herbiers et les petits pots de maïs différents! On va trier du maïs dans des bocaux pendant un mois, au secours!
Finalement, alors qu'on commence sérieusement à connaître par cœur tout ce qu'il peut y avoir d'écrit dans cette salle , un type d'AEDES, désagréable et qui louche (d'accord, ce n'est pas un critère, mais bon), prend nos noms et nous dit qu'on doit payer… et il repart, le con! Bon OK merci d'être passé, on se rappelle! Durant l'heure qui suit, on va plusieurs fois voir du personnel pour qu'on s'occupe de nous, mais les personnes présentes ne semblent même pas toutes connaître notre ONG. Mais où on est??
Puis on finit par nous dire d'aller déjeuner en attendant nos tickets de bus. D'accord pour se dégourdir les jambes, les 5 françaises que nous sommes mangeons au resto chinois, où nous surveillons nos sacs jusqu'à loucher dessus. Je finis les plats par réflexe, en pensant que c'est ça d'avance sur un prochain repas sauté.
Puis on repasse prendre nos affaires pour aller au terminal. Quand on marche ensemble dans la rue, ça fait l'affiche d'Armageddon en un peu déjanté; troupeau de pétasses avec couleurs pétantes et sacs mal accrochés!
Dans le bus, je suis assise à côté de Rachaël. On regarde rêveusement par la fenêtre, et elle dit;
-Quand est-ce qu'on rattrape le soleil?
-On y est presque!
Rachaël est en 3° année de philo, elle est sympa et intéressante, on discute pas mal de tout et de rien. Surtout de "rien", d'ailleurs, à savoir du ridicule film "La chute du faucon noir". Boum-boum pan-pan, gentils contre méchants. Vive l'Amérique!
On dort un peu, et on arrive à 3h30 à Cotahuasi. Nous débarquons sur la place principale, avec nos gros sacs, les uns et les autres s'en vont… mais personne à l'horizon pour nous, alors que nos billets s'arrêtent ici! Après un quart d'heure d'attente, on commence à avoir froid. Par "chance", une boutique comprenant un téléphone public est ouverte. Nous y composons donc les numéros de téléphone d'urgence… qui ne marchent pas. Cool! Même si nos billets ne sont pas censés nous mener jusqu'à Tomepampa (la ville suivante dont on a vu le nom sur les papiers de l'ONG), on remonte quand même dans le bus. On attend, une fois de plus, dans une atmosphère irréelle; à 4h du matin dans un village paumé, devant des clips de discothèque nullissimes, en faisant des blagues sur la culture de l'anis au Cotahuasi (il faut dire qu'Anna a discuté avec son voisin qui lui a dit que la région était spécialisée dans la culture de l'anis!). On se dit que les herbiers cacheraient un trafic de drogue, vue la richesse de l'ONG et vu le fait que plusieurs de nos interlocuteurs la connaissent…! On rigole bien, parce qu'après tout, on est tous dans la même galère. Mais bon, quand la mère d'Anna lui a dit au téléphone que maintenant qu'elle était dans l'ONG, il n'y avait plus de risques… C'était peut-être un peu prématuré!
Finalement, le chauffeur, sachant pourquoi on vient, nous laisse aller jusqu'à Tomepampa, où on est accueillis à 5h par une femme qui nous conduit à son auberge. On promet qu'on gueulera avant de payer pour avoir des explications… et de tuer le coq de l'auberge! Pedro dort seul, moi avec Mary et Rachaël, Anna avec Katel et Camille.

4 août, de Tacna à Arequipa

Posté le 08.07.2007 par peru06
Je me réveille tôt à cause de la lumière du jour, des bruits de douche et de molards… Pour le petit déjeuner, on a un "api" (boisson chaude, épaisse et sucrée de maïs rouge), un œuf frit et du pain. Sur la table, il y a aussi de l'alcool de cacao à 25°C mais j’ose espérer que ce ne soit pas un équivalent du nesquik! La mère est gentille, mais semble absente, un peu naïve elle aussi. Elle nous fait de grands adieux déchirants, c’est sympa madame mais on se connaît depuis un quart d’heure où on a dit des banalités…!
On sort de Tacna, assez riche (auparavant chilien), où tout le monde nous "bloque" comme dit Anna (traduction ; ils nous observent avec intensité). C'est la première fois qu'on se sent plus pauvres que nos voisins en ce pays!
On visite les banques à nouveau. La banque, c’est le petit rituel poétique où toutes sortes de pensées pacifiques vous semblent soudain d’une absurdité incomparable… Un vigile moustachu nous surveille longuement, j’ai même l’impression qu’il va nous demander quelque chose quand on nous envoie dans une autre pièce. Dès qu’on veut sortir de cette dernière, le moustachu nous attend. Ok, calme, on attend. On attend devant un guichet sans employé (c'est le seul), alors que d’autres guichets attendent des clients. Non, il faut respecter le petit écran qui a dit « ticket n°618 appelé au guichet n°31 ». L’autre cruche qui doit nous servir arrive avec encore ses clés de voiture ou je ne sais quoi, son sac à main très kitch, elle enlève en riant son châle et son manteau, discute avec les autres… Penser au bruit de chaque goutte dans une vague… Elle passe deux coups de fil pour raconter sa life en même temps que de se racler les ongles avec un stylo, et puis, enfin, elle se rend compte qu’on est quand même là et qu’une queue s’est formée derrière nous. Une dame passe même avant nous ! Non, ce n’est pas un ring de boxe,on se calme, d’ailleurs tout le monde trouve ça normal. Ca dure longtemps en plus, elles ont l’air de papoter. Pitié mon dieu, si tu existes, pourquoi nous fais-tu ça ? Et c’est notre tour. Elle nous fait signe qu’on approche, remet son écharpe et son brushing en place, puis prend en compte notre requête. « Vous êtes française, ah bon ? Vous connaissez Zidane alors ? Ah je suis fan mais vraiment ! Si vous le croisez, dites-lui qu'il a une fan à Tacna…! » Elle nous aura au moins fait rire sur la fin, cette conne.
Une fois munies de sous pour partir, on marche jusqu'au terminal terrestre pour trouver un bus à midi à moins de 20 soles jusqu'à Arequipa. On n’a pas trop de mal à trouver et on a même l’embarras du choix ! Dans le terminal résonnent les appels des rabatteurs cherchant à occuper les places vides avant le départ imminent; "ArequipArequipArequiiiiiiipaaaa!" On se prend un empanada poulet-jambon-fromage, regardant rêveusement les bus partant pour l'intérieur du Chili, l'Argentine, le Venezuela, la Colombie… On a une telle impression de liberté! Allez, on se casse à Caracas… Mais on a fait des choix. D’ailleurs, Anna fait un peu la gueule depuis hier, et l'approche du stage doit y être pour quelque chose. Pourtant, moi j'ai quand même envie de voir ce que donne ce stage, de me poser pour approfondir, tenter un autre type de voyage…
Puis on démarre. On traverse des déserts parsemés de cimetières paumés, en plein milieu du sable et des cailloux sur le bord de la route. Il y a des sortes de champs délimités par des rangées de cailloux peints (en blanc, rouge, rose, bleu), et où sont dispersés des monticules de pierres parfois surmontés d'un arbuste. Étrange scène, comme une propriété absurde dans un royaume étrange!
Il n'y a aucun touriste dans le bus. Beaucoup de femmes voyagent seules avec leur ballot. On croise les habituels ambulantes et "speakers-vendeurs" dans le bus, que ce soit de pauvres bougres vendant quelques bonbons, ou des publicitaires voulant vendre et promouvoir un produit industriel (comme le "moni", herbe miraculeuse qui soigne du furoncle jusqu’au sida en passant par l’infarctus et les panaris!).
On est stressées par de fréquents contrôles de police, où ils ramassent tous les passeports et fouillent les bagages avec une délicatesse douteuse. Ils semblent chercher quelqu'un. Et c’est marrant, alors qu’Anna et moi sommes mal à l’aise et les voyons comme des ennemis, le contact entre locaux et policiers, depuis le début, semble être compréhensif et amical.
On arrive à Moquega vers 16h. Des ambulantes nous assaillent dès la sortie du bus avec leur pains, choclos con queso (maïs bouilli encore dans sa feuille avec du fromage), gaseosas (boissons fraîches), lomo saltado (carrément un plat de bœuf sauté), agua… On voit aussi beaucoup de panneaux de prévention routière ("tu familia te espera" pour la ceinture (objet qu'il n'y a pas dans les taxis à l'arrière, cela dit!), pour la vitesse, les dépassements sur les chemins sinueux des montagnes…) et un panneau encore plus insolite, d'un tout autre type de prévention; « interdit d'uriner sous peine d'arrestation »!!
On reprend la route, alors que la brume se pose sur le désert toujours plus plat. Sa terre prend une teinte rouge, d'où se dressent les fantômes de pierre comme des âmes oubliées qui reviennent à notre souvenir. C'est comme le train d'Arica à Tacna, on a l'impression d'entrer dans un autre monde. Les étranges sables gris dans le paysage marbré de blanc font croire à une vallée lunaire. On aperçoit de loin la silhouette spectrale d'un cheval noir. Peu à peu, la brume et la nuit donnent l'illusion qu'on roule sur un champ de nuages, et la poussière blanche ressort au clair de lune.

Une fois que la nuit est noire, l'attente s'allonge interminablement. On s'accroche, ankylosées, aux pancartes répétitives et aux faux espoirs des camions qui passent, des petits villages après les méandres de la route. Pourtant, au bout d'un moment, on aperçoit de loin Arequipa, fleuve d'étoiles oranges scintillant sur cette mer noire, comme les reflets d'un soleil en éclipse. Mais même cette vue s'éternise. On la voit, ça disparaît entre deux montagnes, et elle reparaît toujours aussi lointaine.
À 20h enfin, on arrive. On se fait avoir par un taxi qui nous demande deux soles pour 3mn de voiture, jusqu'à l'hôtel "el indio dormido" (où les touristes semblent aussi "dormidos" parce qu'on ne voit presque personne!). On va manger un quart de poulet-frites dans un resto bondé, puis dans une petite boutique à côté de l'hôtel, on déniche deux parts de gâteau entre les clous et les sacs de jute (un au chocolat, et un croissant au "dulce de leche"). On va les manger sur la terrasse de l'hôtel, dans un hamac, tranquillou, même si la femme de ménage nous surveille de manière très discrète (on a failli lui rentrer dedans en ouvrant la porte)!
Puis on va se coucher pour notre dernière nuit dans la même chambre. Anna éteint la lumière. On éclate de rire, car la lumière du couloir nous éclaire en fait plus que celle de notre chambre! On s'installe, j'enlève mes fringues avec bonheur; pour une fois qu'il fait chaud, je peux dormir sans rien, et ça fait du bien! Je préfère ne pas m'interroger sur la propreté des draps, en attendant, je savoure leur contact sur la peau…
On se souhaite bonne nuit. Silence. Soudain, Anna se dresse sur son lit en s'exclamant "La poubelle des chiottes est encore dans mon ancien appart"! On éclate de rire à n'en plus pouvoir, ça restera dans les mémoires!

3 août, d'Arica à Tacna

Posté le 08.07.2007 par peru06
J’ai maudit toute la nuit les voisins insomniaques et bruyants qui faisaient la fiesta toutes lumières allumées devant la fenêtre. Seulement, je me suis aperçue le lendemain matin que la fenêtre donnait sur la rue à un étage plus bas, et que mes voisins n’étaient autres qu’un lampadaire mal situé et des passants agités !
On se lave les mains aux lingettes… Et la couche de crasse qui en ressort est impressionnante! Anna a de plus un ascendant grenouille, puisque toute la teinture verte de son pull artisanal (acheté en même temps que moi à La Paz) colle à sa peau et ses fringues! Pour un peu, elle sauterait en coassant…
La couche de crasse est aussi tenace dans le ciel imperturbablement grisâtre, sans un seul trou virant au bleu ciel. "Éternel printemps" comme disait le tenant de l'hôtel, mon cul oui! C'est un temps à musée surtout!
Enfin, ces proprios sont gentils. Quand on veut partir avec nos sacs alors en ayant dépassé (sans le savoir) l’heure limite pour débarrasser les chambres, l’employée nous retient pour qu’on paye une amende (alors qu’on a plus beaucoup de liquide). Elle va voir le mari proprio, chilien, qui sort de sa sieste pour gronder que si c’était comme ça, il viendrait punir Anna jusqu’à Lyon (il y a vécu) ! Vu comment ils font attention à la présentation, ce doit aussi être un nouvel hôtel pour lequel ils ont du trimer. La femme est tirée à quatre épingles, sert un petit-dèj chic avec des petits gâteaux fins, elle veut des réservations de chambre… Mais ils ont aussi raconté leurs quelques galères, et aussi comment ils ont dépanné de pauvres bougres dévalisés dans un faux combi! Tout ce qu'on avait dit au Pérou sur les dangers de la Bolivie est réitéré entre au Chili sur le Pérou. Mais c'est vrai que les péruviens, avec la masse de touristes occidentaux et la pauvreté qu'ils subissent (Il manque l'un ou l'autre pour la Bolivie ou le Chili), ont développé un certain sens de la roublardise! Et on a entendu cette réputation par de multiples interlocuteurs ; Artisans du monde, un homme d’affaires qui nous a abordé, des chauffeurs de taxi bavards, d'autres latino-américains…!
Comme d’habitude, on ne manque pas notre visite-phare d’une grande ; un petit tour personnalisé de toutes les banques du coin pour retirer de l'argent! Sur le chemin, on constate combien les chiliens ont le sang chaud; les mecs nous sifflent et nous prennent en photo, les filles sont en minijupe à la Britney, talons hauts, débardeurs débordants…! Ca change des jupes en « rideaux » surmontées d’un gilet de laine sale et du chapeau rond qu’on a souvent vu jusqu’ici !
Puis on fait un détour par des chantiers de vieux fantômes de bateaux à réparer… On essaie d’abord de s’y faufiler discrètement, mais un gardien nous arrête ; ce n’est pas un chantier autorisé, c’est dangereux, il faut un casque... On tente de lui faire les yeux doux, faire style niais qu’on ne comprend pas tout, qu’on voudrait faire des photos (ce qui est vrai). Il nous sourit, il hésite… mais non, le règlement c’est le règlement. On contourne alors en suivant un vieux chemin de fer abandonné débouchant sur un terrain vague, d’où on peut voir, dépassant des murs usés et tagués, les silhouettes fatiguées des bateaux se dressant lourdement. C'est sublime, ces spectres étranges sur fond de brume et de vieux rails. Rouillés, et suintants, parsemés de petits hommes colorés qui s'y agitent comme des mouches stressées sur un pachyderme tranquille…
On cherche à atteindre le musée à 17 km de la ville, mais le taxi est trop cher et Anna n’est pas super motivée. On repart donc vers notre petit port tranquille, dont l’ambiance nous a tant plu (enfin, pas pour l’odeur !).
Pour faire la ballade en bateau autour du port, il faut cependant être cinq. On attend, c’est pas grave, on dessine et on écrit. Et puis au bout d’un moment, ras le bol des crayons et de l’ambiance bucolique, on voudrait bien y aller ; on propose donc à trois types de nous accompagner. On va regretter amèrement cette décision ! Deux d’entre eux sont défoncés à la bière et au shit (le mélange n'est pas fameux apparemment!), et l’autre discute avec Anna. Les deux chieurs me touchent les mains, les cheveux, gueulent (il paraît qu'ils chantent) et veulent faire des photos (que je fais semblant de prendre pour qu'ils me foutent la paix). Je suis partagée entre l'envie de les foutre à la baille, et d'essayer de rigoler après tout, parce qu’ils n’ont pas l’air de saisir une quelconque demi-mesure. Je me rapproche donc de la conductrice pour lui poser des questions sur ce qu’on croise ; les vieux bateaux couverts de guano et d'oiseaux noirs et lugubres, dont l'un est vieux de 60 ans et est devenu "el hostal cinco plumas"! Les otaries se prélassent sur les épaves où elles s’empilent, les unes sur les autres, sans craindre les gens alentour. Un bateau militaire du Vénézuela fait des exercices avec un autre vaisseau du Chili. Je questionne alors la conductrice sur les relations entre chiliens et autres nations, et elle déplore les tensions avec la Bolivie et le Pérou, perpétuées selon elle par l'école péruvienne alors que le plus grand nombre de touristes qu’elle accueille à son bord sont péruviens !
Une fois revenus à terre, le plus bourré des trois types (celui qui m’a le plus collée, évidemment) essaie de me léchouiller la gueule, je le repousse (un peu) brusquement, et on se barre en étant obligées de sortir le premier bobard venu pour ne pas qu'ils nous collent aux baskets (même vis à vis du type pas bourré). Relou les mecs !
On se ballade dans le petit marché sur les allées piétonnes où on essaie un "pépino", fruit jaune pâle au vague goût de melon faisandé. Puis on se pose à un petit café où on prend le journal "Le Mercurio" et un Kola réal (ou Inca Kola) (qu'est-ce que c'est dégueulasse! Boisson typique du Pérou, à savoir un suc jaune et bulleux au goût de bubble gum pétillant… ).
Alors que sur le coup on profite de tout ce qu'on voit, c'est avec du recul que je me rends compte à quel point la Bolivie m'a marquée. C'est tellement plus spirituel et proche de la vie (pauvreté, nourriture, ambulantes…) alors qu'ici c'est plus superficiel.
Pendant qu'Anna va à la gare, je vais acheter quelques pains avec ce qu'il me reste comme pesos. La boulangère m'en offre gentiment un peu plus. Sur le chemin, mon super sac traditionnel-artisanal-solide-vaut-pas-moins-de-20-pesos, casse. Je dois alors faire un nœud tant bien que mal avec la bandoulière car mon unique aiguille s’est tordue…
Alors qu'on mange nos pains devant le train, une femme sort de son taxi, et vient vers moi, très décidée. Je ne sais pas si c’est vraiment moi qu’elle vise, donc je fais style-j’ai-rien-vu, mais elle m'interpelle en disant « vous, là ! mademoiselle ! » et en tendant son poing vers moi. Gulps ! Je m’approche, prête à déployer des talents de diplomate, mais en fait elle me tend des aiguilles et plusieurs fils !! Je lui fais pitié avec mon sac bricolé, mais c’est trop gentil! Après une sortie du territoire chilien beaucoup plus sommaire qu'à l'entrée (qu’on refile nos microbes aux péruviens est moins important), on pénètre dans le vieux train miteux de 20 places, moyen le plus lent et le moins cher de passer du Chili au Pérou (légalement du moins). Il avance très lentement en tremblant, toussotant des klaxons et sifflements divers qui rythment les conversations assourdies. Les pâles lumières faiblissent et clignotent dans la carcasse verdâtre… Je me crois encore dans un dessin animé fantastique où un véhicule bizarre semble nous plonger et nous emmener vers un autre monde. C'est tout simplement magique! Tellement plus de charme que les bus, là on est ballottées et on s'étend de tout notre long dans notre carré de fauteuils déchirés… Alors que les rumeurs ronronnent et qu'Anna s'endort dans la pénombre tremblotante, il me vient une pensée qui ne m'était pas venue depuis longtemps, me semble-t-il, inspirée de Baloo dans le livre de la jungle, alors qu’il se glisse contre un arbre après une bonne aventure en soufflant…
"Que c'est bon de vivre!" J'ai l'impression d'avoir atteint un certain équilibre que je cherchais à travers ce voyage, et dont je me suis approchée pas à pas. Peut-être que je crie victoire un peu vite, mais en attendant, ça fait tellement de bien d'en être consciente ne serait-ce qu’un instant!
On arrive à Tacna vers 20h On étale nos pièces dans nos mains crasseuses pour se payer quelques gâteaux, en attendant sur la Plaza de Armas que le type d'Hospitalityclub sorte de l'Université d'ici une heure et demi. On va finalement attendre devant un mate de coca à l'intérieur d’une gargotte un peu glauque.
Cristian, notre logeur, arrive avec un ami, Cesar, avec qui ils préparaient un congrès pour le lendemain. Ils ont 21 ans et étudient l'ingénierie informatique. Ils font très… bons élèves dont papa et manman sont fiers (surtout notre hôte); sourire en banane (fluor“ devrait l’embaucher), costard ajusté, binocles rondes à la Agnan, la petite raie sur le côté avec du gel, polis comme des pinguins au resto… Cela dit, ils sont gentils. Le père, policier un peu plus naturel, s'intéresse un peu à nous. On prend un mate de coca avec du pain tartiné de "dulce de leche", caramel de lait sous forme de pâte délicieuse. Anna est crevée et ne préfère pas ressortir (on l'est à tour de rôle!).
On parle de tout et de rien, de nos expériences et de nos études. La sœur, Daissy, dit qu'elle fait de la danse, sourit tout le temps et nous pose des questions… niaises, c'est le mot. Elle fait des compliments sur tout (sur mon pantalon (troué de partout), mon ventre (qui a pourtant du gagner des formes ce soir là), mon pull…). Et elle voudrait qu'Anna lui donne ses boucles d'oreilles fabriquées à la Paz, comme ça, sans lui avoir dit d’autre mot que « hola » ! Elle doit être un peu handicapée… Ou alors je suis vraiment méchante !

2 août, port d'Arica

Posté le 07.07.2007 par peru06
C'est tout mignon, une petite anse avec autant de bateaux que d'otaries et de pélicans, le tout formant un curieux bricolage coloré et rapiécé. Les vieux pêchous traînent leurs sacs de toile avec du matériel de pêche, de réparation ou de leur prise. L'odeur de friture et de poisson pourri, les rires gras et les conversations bourrues forment une ambiance particulière, vraiment marrante. La campagne à la mer!

2 août, ville d'Arica

Posté le 07.07.2007 par peru06
Tout de suite, c'est sûr que ça fait plus classe que La Paz... Petite station balnéaire bordée de palmiers et de centres d'activités sportives... Enfin, c'est un vernis un peu plus tenace que d'habitude, mais il ne faut pas marcher bien loin pour qu'il s'écaille! Graffitis, déchets et marchés crasseux dans des hangars délabrés rappellent vite où l'on est, sans vouloir faire de caricatures.

2 août, par la vitre du bus...

Posté le 07.07.2007 par peru06
Ce qui est génial avec ces bus, c'est qu'on a l'impression d'être dans Alice au pays des merveilles; on change d'univers en peu de temps, découvrant une autre végétation, un autre paysage... Là, c'était une sorte de planète volcanique où cratères et canyons semblaient tout aussi bien correspondre à un cosmonaute qu'à Lucky Luke!

2 août, de la Paz à Arica

Posté le 07.07.2007 par peru06
Je rêve que je discute avec mon frère (Guillaume) dans une forêt avec des punks… (Anna m'a raconté que ses parents étaient punks après en avoir vu un à Copacabana). Mélange détonant !
On se lève à 4h45 et nous n'osons pas réveiller Freddy; Anna lui laisse un message sous la porte. On sort donc dans le froid nocturne, saisies par le vent soufflant dans la rue désespérément déserte… alors que Freddy nous a dit que La Paz avant 6h, c'est très dangereux. On voit d’ailleurs arriver la silhouette d’un groupe de jeunes à casquettes, et on fait signe de la main au premier véhicule s’apparentant à un taxi sans discuter. Une fois dans ce dernier, on s’aperçoit que c’est un taxi non officiel, alors que depuis notre arrivée on nous répète de faire attention aux kidnappings et rackets des faux transports publics… J'ai une montée d'adrénaline quand la voiture s'embarque dans une ruelle que je ne connais pas, je commence à me faire des films…
Mais non, on rejoint l’avenue principale pour arriver au terminal terrestre où on cherche notre numéro parmi tous les hangars qui se succèdent jusqu’à trouver notre bus. Ca fait drôle, il est confortable! Mais il faut avouer que c'est agréable. On nous y sert une tranche de pain de mie avec un quart de millimètre carré de confiture plus un thé en guise de petit-déjeuner. Il grésille une musique incroyablement niaise, un mélange de vieux tubes repris en espagnol sur un ton pseudo-romantique sur fond de clips à mourir de rire (ou d'agacement, au choix).
Sur la route, malgré le mal au ventre, on arrive à savourer la vue de ces bouts d'Andes et de sierra, pâlement éclairés par les réverbères oranges. Ca me fait penser à des vestiges archéologiques, de Rome ou d'ailleurs. Puis on ne distingue que les montagnes noyées dans la brume, et des cactus peints aux couleurs de la Bolivie le long d'une base militaire.
C'est hallucinant, après deux heures de route, on change totalement de paysage; c'est devenu rouge et volcanique, comme une route en plein far-west. Pour un peu, on verrait des cow-boys. Cela ressemble aussi à une lune rouge, fissurée de cratères et crevasses, bombée et auréolée de sel. Salut Armstrong ! On voit des bouts de lacs gelés, des restes de maisons de terre, quelques monolithes dressés, des passages d'alpacas et de vaches.
Mais même au milieu de ce désert, il y a des messages politiques du MAS (parti d'Evo Morales) inscrits sur les pierres! Anna se repose sur mes genoux, je pose un bras sur son dos et l'autre sur le rebord de la fenêtre pour regarder au-dehors… j'aime vraiment ce moment, il devrait rester figé.
Vers 10h, on arrive à la frontière chilienne, qu'on pourrait presque comparer avec une frontière américaine. De gros gardes d'apparence européenne et antipathiques fouillent tout, interrogent les gens longtemps et dans une salle fermée, tout particulièrement les boliviens. Ce sont un peu leurs musulmans, chacun son bouc émissaire. Il y a des panneaux de lutte anti-drogue, et on repère une salle qui doit servir à des fouilles musclées. Ils prennent un temps fou pour fouiller nos bagages, cherchant particulièrement des fruits qui porteraient une maladie spéciale… Tout d’un coup, je repense aux oranges de la jungle qui me restent, mais c’est trop tard pour les enlever. J’hésite à aller leur dire directement, mais vue l’amende qu’on risque, autant se taire et attendre. Ils nous redonnent nos passeports au compte-goutte et finissent par nous laisser repartir sans trop d’accroc.
On descend à Arica vers 13h40. Il y fait chaud et sec, on est crevées. Ca parait bien plus riche et européen au vu des boutiques (centres d'activités sportives, photos, designers, moins de commerce vital…), mais l'ambiance reste latino-américaine (messages anars tagués sur les murs, couleurs, architecture…). Il faut se réhabituer à la monnaie locale ; un euro fait 600 pesos (soit environ 4 soles et 8 bolivianos). On va boire quelque chose pour se rafraîchir et tenter de se réveiller. Mais c’est raté !
On trouve un hôtel franco-chilien complet qui nous prend en pitié quand on leur demande si ce n'est pas trop dangereux de dormir sur la plage. Ils nous logent dans un grenier sans télé ni chiottes ni isolation, mais on a des lits et le petit-dèj pour moins de la moitié du prix normal ! Bonne affaire, faut dire qu’ils sont sympas et doivent repenser à leurs jeunes années en nous voyant… Et ça doit faire un bail !
Anna a la turista (sans doute à cause du changement de température). On se promène, les gens nous disent "Hola" tout le temps. L'un et son copain demandent une photo; je m'approche pour qu'ils me passent leur appareil afin de les prendre, mais le copain veut prendre une photo de moi et de l'autre! Bizarre, on préfère s’en aller vite fait. On s’approche de la plage par les trottoirs peints de figurines jaunes, et on entend de gros pélicans frappent l'eau de leurs ailes. Quand on entre dans le petit port, on est saisies par l'odeur de poisson pourri, l'ambiance de zoo à ciel ouvert avec tous ces pélicans et otaries au bord des pierres qui se battent les détritus, le fond de musique que percent les éclats de rires et les blagues des vieux pêchous avec leurs sacs de toile. Nos regards se portent un bon moment sur l'antre du port, empli de vieilles coques colorées surmontées de drapeaux noirs et déchirés. Tout cela semble un jouet un peu abîmé, une miniature rouillée… avec tellement de charme! C’est une ambiance spéciale qu’on peut ressentir dans un studio de cinéma, cette sensation de voir un peu de l’homme dans ces artifices artisanaux qu’il se bricole.
On dîne à l'allemande à 17h30 tellement on a faim; Anna prend des spaghettis et moi une "cazuela", une soupe avec un vague bout (de gras) de viande, une carotte, une pomme de terre, un tronc de maïs (sans beaucoup de maïs dessus), un peu de quinua et du basilic. Ils nous filent même un peu de pain en plus pendant qu'on regarde les infos sur CNN et que nos voisins enchaînent les digestifs! On voudrait les accompagner, mais quand on répond au serveur qu'on a 19 ans, il se rétracte à nous en proposer ! Eh oh, on est majeureuuuuuuhh !
À la sortie, on s'achète une galette sablée super bonne comme dessert. Puis on rencontre un argentin avec son sac à dos qui, apparemment, avait déjà croisé le regard d'Anna. Elle ose beaucoup plus regarder les gens. Moi, je n'ose pas tant je sens de yeux posés sur moi et ma peau blanche; je crains un peu les malentendus ou ma maladresse.
Le type en question nous parle de ses vagabondages, montre ses photos (alors qu’en soit sa life moi j’en ai rien à foutre). Il fait aussi 36 000 détours pour acheter des bières en cannette dans un supermarché et les boire dehors, en se cachant car c'est interdit de boire sur la voie publique. Super l’aventure. En plus, des policiers en moto vadrouillent, on doit faire attention, on peut jamais se poser. On discute un peu du Che, de son utilisation commerciale même si c'est un symbole fort ici, mais au fur et à mesure qu'il drague Anna, je me sens de plus en plus une verrue dans cette conversation et dans ce lieu. Quand je parle il s'en fout et me coupe la parole pour que je prenne une photo d'eux deux. J'ai froid, je suis fatiguée, j'ai encore faim, et j'avoue qu'il me saoûle (peut-être parce que je suis une égoïste qui voudrait un peu plus d’attention, qui sait peut-être par jalousie. Ou parce qu’il est con !).
À chaque fois que je porte un jugement sur quelqu'un et que je vois qu'Anna n'a pas le même, je me dis merde, j'ai encore les préjugés de mon milieu social, il faut que je m'en détache… Mais bon. C'est sans doute un peu plus compliqué que ça, et là, je veux juste me coucher ! C’est à regret qu’Anna finit par me suivre. Ouf !

1 août, musée d'instruments

Posté le 07.07.2007 par peru06
Entre autres violons collés l'un à l'autre, guitare sur carapace de tatoo et sifflets en formes sexuées, voilà la fameuse guitare à 5 branches d'un inventeur fou, instrument qu'a testé un musicien (il y a une photo de la démonstration). Ce musée d'inventions artistiques plus que musicales est une sorte d'enchantement burlesque, on se sent propulsé au-delà des réalités! Très rigolo, à faire...

1 août, quotidien

Posté le 07.07.2007 par peru06
Drôle de capitale. Pas très loin du centre, un quotidien qu'on ne voit pas en taxi ou en car... On se fait vite dévisager. Ca ne fait plus partie de la visite touristique.
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