L'aube se lève sur les silhouettes de palmiers et de grands arbres. De grands oiseaux planent et passent au-dessus de nous. Le fond sonore grouille de pépiements étranges et de croassements, jusqu'à ce que perce (de manière aussi poétique qu'une tondeuse à gazon ou un aspirateur) le "chant" strident de ces cons de coqs, qui hurlent dès 4h30. Effectivement, le volume sonore équivaut au volume de leur corps! Ils doivent faire un mètre de haut!
Une fois la route reprise, on croise des baraques sur pilotis, avec de vagues planches comme uniques cloisons. Parfois, il y a une pancarte "TELEFONO/RADIO" pour signaler l'exception du coin! La route est particulièrement mauvaise. On attend des heures devant un pont cassé que quelques ouvriers tentent de réparer sans empressement. La poussière est plus dense encore et nous étouffe.
Anna et moi avons toutes les deux la turista. Plutôt que le pain et l'éventuelle eau du robinet servie à Saccsayhuaman (le bouchon avait déjà été ouvert, donc…), je pense que c'est le changement de température qui nous a déréglé le système digestif (de –20 à 50°C!). On a mal à la tête, j'ai des coups de soleil sur le visage, on est fiévreuses et on craint le palu; dans le guide, il signale plusieurs maladies graves, à soigner dès les premiers symptômes qui sont ma foi originaux; diarrhée, fièvre… le genre de trucs hyper rares que personne n'a jamais en voyage, quoi! En tout cas, on se prend en photo et on rigolera après à voir nos têtes révulsées, entre douleur et épuisement.
En approchant des habitations, on aperçoit une multitude de vélos et de motos. Les amazoniens ont un type de visage plus bridé, plus rond avec des cheveux plus bruns. Nos voisins plaisantent, engagent la conversation, puis descendent un peu avant (non sans qu'on leur ai demandé combien ils payaient, pour ne pas se faire avoir). Arrivées à Puerto Maldonado vers 12h, le chauffeur nous dit encore de nous baisser à cause de la police. Sauf que cette fois-ci, il est stoppé au commissariat. Il éteint le moteur, entre dans le bâtiment. Des policiers s'approchent, posent une échelle sur le camion. On retient notre respiration, se voyant déjà dans une geôle amazonienne au fin fond du Pérou! On prépare notre numéro de touristes naïves ne parlant pas espagnol. Finalement, l'échelle est enlevée, on redémarre. Anna se relève un peu vite et croise le regard d'un policier… qui hoche la tête avec un sourire malicieux. Petite commission habituelle sans doute!
Enfin, on s'arrête devant l'entreprise dans laquelle travaille le chauffeur. Je saute du camion. Il me rassure quand à la police, et on paye le même prix que les autres. On arrive à peine à marcher, on doit prendre un taxi pour aller au centre. Anna attend, veut un hôtel de luxe. On se prend une glace délicieuse au Cupuozo, puis on regarde au cybercafé les résultats de l'IEP de Lyon… Anna n'est pas reçue. Elle téléphone pendant que je cherche des hôtels. On va dans un établissement familial (l'hostal dit "moderno"!) qu'Anna n'aime pas. On s'en fout, pas l'énergie de continuer. On s'affale pour dormir sur les lits… Comme des moucherons collés à de la sueur, la chaleur nous empêche de faire quoi que ce soit.
Le guide de l'hôtel nous fait pression et du charme pour nous faire payer son excursion dans la jungle. Moi, plus naïve, j'aurais accepté, car il est passé de 125 dollars à 75 pour trois jours. Mais Anna remarque que son livre d'or ne correspond pas à son nom, ni à ses activités… Il nous recontacte dans la journée, mais sans succès. Anna est inflexible. D'autres guides sont injoignables, pris par des agences de Cuzco. Beaucoup se connaissent; un guide qui passait par l'hôtel nous a conseillé de visiter le mirador dans la ville, nous explique les circuits dans la jungle. Il est très gentil, ne demande rien en retour. C'est ainsi qu'on opte pour le guide Hernan, dont l'épouse Magali nous propose au téléphone 3 jours d'excursion pour un peu moins de 100 dollars.
On est vraiment nazes et malades. On ne peut ingurgiter que du riz nature et du coca! On se sent faibles, parcourues de frissons et de douleurs musculaires, sur la peau.
À la fin de la journée, ça va un peu mieux, et on espère que la nuit nous fera passer cet état. On a déjà moins la diarrhée. On entend le bruit des grillons, des moustiques et des gens autour, car le cuarto est du même genre qu'Urcos.; seules quelques planches séparent les chambres, si fait qu'on attend jusqu'au moindre curement de nez du voisin…