Posté le 04.08.2007 par peru06
Voilà Brigida dans son antre enfumée, entourée de fromages et de viandes qui pendouillent parmi les mouches, piétinant les marmites en tout genre jonchant la poussière... Voilà pourquoi aujourd'hui, je me foue éperdument de me laver les mains avant d'éplucher des légumes!
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Posté le 04.08.2007 par peru06
La forêt de cactus un peu dépeuplée par le manque de pluie ces dernières années... Si fait que ces boules de pics meurent et servent de portes, sans que les petites graines noires contenues dans certains de leurs fruits ne puissent tomber et prolonger la descendance...
Posté le 04.08.2007 par peru06
Je fais encore des rêves où je me crois vraiment en France… Je ne sais plus si j'ai rêvé de combats, mais en ce cas c'est la faute de Camille qui me donne des coups de coude! Faut dire qu'on est collées l'une à l'autre sur ces bouts de bambou, et un creux d'épaule serait plus confortable que ces pierres et extrémités de branches. Mais quand je me lève la nuit, je vois que deux types (que je prends pour Edisson et Fortunato) dorment devant notre porte, par terre. Je me sens mal car privilégiée! Enfin, j'oublie le privilège quand je cherche une ruine avec des murs pas trop éboulés pour dissimuler mon soulagement nocturne… Il faut dire que la pleine lune éclaire comme le jour, donc cuidado! Et bienvenida aux habitants de ces maisons-chiottes!
À 6h, plusieurs types parlent et rigolent devant notre cahute. À 6h15, tous sont partis au boulot. Tout à fait réveillée, je sors alors voir Chusakay qui se lève. De loin, on voit les rayons du soleil matinal sur les pierres rouges du canyon, les cactus dressés comme dans l'attente de cette lueur chaude, le murmure du torrent, là, en bas… Ca semble trop grand pour ces quelques ruines humaines. Et pourtant, ces travailleurs semblent se fondre dans ce tout. On voit au loin des traces de cascades, formées de grottes et de trous. Des fumées s'élèvent, les enfants sortent, les parents suivent. Un chien me chique le mollet pendant que je traverse le village, et aussitôt un enfant lui lance une pierre en criant. Alors que je me pose devant le lever de soleil sur les cactus, un gamin au loin me crie; "Hola gringa! Como te llamas?" Je réponds à la petite silhouette au loin et lui retourne la question. Joaquim et son frère, qui mènent l'âne, me saluent donc de loin et me demandent si on va se voir à Charcana, et, satisfaits de ma réponse positive, me disent "Ciao". Je me régale de cette rencontre simple, si agréable. Mais alors vient une autre surprise. Un garçon et sa petite sœur font une approche timide du bout de ruine où je me trouve. Ils s'arrêtent à quelques mètres, et me parlent de derrière le mur, comme si il ne fallait pas nous voir. Le frère est le seul à ouvrir la bouche; il s'appelle Joan et me raconte, à ma demande, son conte préféré que lui raconte sa grand-mère, avec une sorcière et ses 4 enfants, le condor et le loup. Il reste ici avec sa famille jusqu'à octobre pour couper les cordes qui attachent les vignes mortes et en replanter. Il adore pêcher la nuit dans le torrent, et m'explique son truc; coincer les poissons dans des petits trous d'eau qui se trouvent près du bord. S'inquiétant de son retard, sa mère vient, mais elle ne parle que qechua. La sœur aussi rapplique et s'intéresse, essaie de parler espagnol, puis ils repartent au boulot. Chacun de nous est aussi surpris que content de cette rencontre! Qu'il est bon de se lever tôt parfois! Je remarque que la plupart des gamins ne sont jamais sortis de Charcana que pour travailler dans leurs champs ou à Chusakay; ils ne connaissent pas le Macchu Picchu. Mais ils disent tous aimer l'école et rêvent de partir à Cotahuasi une fois ados. Enfants, ils ne semblent avoir aucune notion du temps.
Je retourne dans la chambre, où il y a de vieux couteaux, des os et de grandes barres à mine super lourdes qu'ils utilisent 9h durant sous le soleil pour labourer le champ de patates.
Une fois tout le monde réveillés, on va éplucher haricots et patates près du petit feu de Brigida autour de laquelle les pierres sont noircies. Pour le petit déj, on a œuf, maïs, fromage, mate et vin chaud!
Devant la baraque, un ado craintif travaille pour notre logeuse, Brigida. Il fait des cordes en tressant des herbes sèches (ces "queus de cheval") qu'il coupe à la machette. Mais bientôt, il rejoint les autres peones qui refusent de travailler car ils ont déjà eu leur paye.
Avec Mary, on parle religion au soleil en attendant de faire quelque chose. Je me dis que la prochaine fois, je veux vraiment travailler, et pas me culpabiliser à me tourner les pouces au milieu de gens qui bossent pour survivre. Derrière le lavoir en pierre et sans eau, deux gamines que je dessine jouent à imiter les adultes en ville, et j'entends des bribes de leur jeu; "senorita", "escuela", "ropita"... ça me fait rire. Et dire qu'on a aussi été comme ça il n'y a pas si longtemps!
Christo, un garçon, vient voir ce que je dessine, on discute. Brigida regarde aussi mes dessins, et je suis contente car c'est la première fois que je la vois rire! Je vais chercher de l'eau avec elle au torrent, elle remplit son bidon à essence de 10 litres ainsi qu'un grand seau. Quand je lui propose de l'aider en ramenant le bidon, elle me dit que je n'en serais pas capable et c'est tout juste si ce petit bout de bonne femme m'autorise à l'aider à lui mettre le bidon sur le dos! Je n'insiste pas…
Après avoir travaillé dans les vignes avec son fils, Fortunato nous mène sur le chemin du "bosque de cactus", ou"pampa blanca", où on a le malheur de goûter la baie du molle, aussi douce et onctueuse qu'un grain de poivre!
Les cactus, une fois morts, servent de bois dur pour faire les portes et ainsi isoler les maisons de la chaleur et du froid selon la saison. On récupère des graines de cactus, menacés d'ailleurs de ne pouvoir se développer (comme nombre d'autres plantes) du fait du manque de pluie depuis 3 ans. Ils n'ont qu'à venir en Bretagne!
Le torrent, en bas, me fait envie! C'est frustrant, c'est là que je préfère me baigner. Il sert au rafting musclé, mais 6 touristes allemands y ont disparu l'année dernière; Fortunato avait été chargé de les retrouver pour 1500 dollars de récompense… en vain. Avec tout ça, on se dit qu'il faudrait faire un compte-rendu touristique du site et de son chemin d'accès, les plantes, les excursions, le style de vie.
Le rythme de vie est en effet spécialement tranquille. La pause s'étend tout un après-midi, quand bien-même on n'a pas fait grand-chose le matin. On fait connaissance avec Ronald, 10 ans, adorable et joueur. Au début il nous tourne autour, puis il ose nous parler. En allant chercher de l'eau pour la faire bouillir et la boire, on fait une bataille dans le canal d'irrigation que les uns creusent en faisant une déviation de branches et de pierres. Mais peu à peu, le soleil se cache et laisse place à un vent froid. On n'a plus aucune envie de se baigner! On rapporte l'eau et nous essayons la chicha locale tellement on a soif; la morada est bonne, mais pas la blanca!!
Puis on va voir comment se passe le travail dans les champs, et on finit par sympathiser et aider Candeleria, son mari et un ami pour délier et replanter les vignes. Ils rigolent tout le temps, mais me mettent mal à l'aise quand, lorsque nous proposons de les aider, ils rient "nous on fait ça pour vivre, eux c'est leurs vacances!"; c'est vrai, mais on se sent d'autant plus comme des rebuts inutiles, des enfants gâtés ne sachant pas profiter de leur bonheur.
Après, avec Camille et Pedro, on fait une ballade le long du torrent qui abreuve le village. Après s'être aventurés dans les broussailles et s'être plantés plein d'épines de cactus, je cherche à remonter pieds nus dans l'eau… Marcher sur les pierres inégales dans cette eau gelée me provoque bientôt trop de douleurs, et je rejoins les autres. Je perds mon stylo-feutre dans l'affaire.
À notre retour, les travailleurs sont complètement pleins, bourrés par l'objet de leur travail; le pinard. L'un, qui demandait à Mary si elle habitait à Paris, me demande alors de rapporter une bouteille de vin de Chusakay à sa sœur. Il m'en promet alors une gratuite, mais omet de me préciser l'adresse! Je lui dis oui oui en essayant de me débiner à la première occasion.
Avec Ronald, on joue à "cuchi cuchi", aux chatouilles quoi. On fait de réelles acrobaties sur les branches en chahutant avec lui! Mais je ne sais pas ce qu'a flairé le chien en moi, mais le même qui m'avait mordu le matin vient me chiquer plus profondément la cuisse. Lorsqu'il revient, toujours par derrière, je n'ai presque pas le temps d'esquiver et il mord au même endroit. Aouch, ça fait mal! De colère, je balance une pierre bien fort dans la nuit, à l'aveugle… PEUH! Un gros bruit sourd résonne juste avant ses gémissements aigus! Il aura des raisons de me haïr, mais moi je suis vengée!
On va prendre un dîner toujours plus consistant, arrivant tout de même à s'arrêter à la soupe; on a mal au bide!
Posté le 03.08.2007 par peru06
Le fameux passe-temps des travailleurs, adultes et surtout enfants, à la nuit tombée. En effet, là, l'eau est trop claire et lumineuse; les poissons voient de loin le filet qu'on leur jette, et lorsque les poids aux extrémités du filet se resserrent, on a en tout et pour tout pêché deux truites. On se console en glissant les pieds dans les eaux thermales, zones d'eau naturellement brûlante et même bouillante situées sous quelques rochers multicolorés par l'oxydation.
Posté le 03.08.2007 par peru06
Le fameux rio Cotahuasi, plein de colère et de beauté. On l'entend gronder du haut du canyon, et, pour une bretonne de naissance comme moi, la vue de l'eau me fait du bien. Ca donne envie d'y plonger, à la seule remarque que c'est un peu haut; la descente est particulièrement vertigineuse et casse-gueule. De plus, même une fois dedans, c'est dangereux; 6 allemands amateurs avancés de rafting se sont perdus corps et biens l'année d'avant dans ce rio séducteur...
Posté le 03.08.2007 par peru06
À chaque village de ces montagnes correspond un endroit de la vallée où les familles peuvent construire leur maison pour travailler à la saison des fruits (mars-avril). Pour tout établissement public il y a un système d'irrigation des vignes qui sert aussi à faire des provisions d'eau ménagère, le lavoir de pierre (sans eau) et les maisons abandonnées comme toilettes improvisées. C'est rustique et sale, fait avec les moyens du bord (toits avec des fagots, portes avec des cactus morts), desséché et fantômatique en cette saison; il n'y a pas de pluie et la seule activité est la poda, c'est à dire couper les ficelles (avec un bout de boîte de conserve) reliant les vignes aux tuteurs, et semer de nouveaux plants.
Posté le 02.08.2007 par peru06
Je fais des rêves bizarres d'une France désagréable, de mon frère Édouard se disputant avec la mère (pas très aimée) d'une de ses amies d'enfances, que j'étrangle pour le défendre! Oulah! Camille, elle, rêve aussi de démêlés pas très diplomatiques avec sa meilleure amie.
Quand on sort, on voit sous les toits de chaume un enfant jouer de la flûte pendant que les fumées montent des marmites. La lueur rouge se lève des montagnes. Après un mate de coca et quelques biscuits salés, on fait de nouveau une heure de bus. On s'arrête au bas des ruines des "têtes coupés", Umaccacha, qu'on ne visitera que plus tard. Puis on descend avec Edisson, qui était là hier soir en tant que le fils du guide et de Luz, et on chemine vers la vallée de CHUSAKAY. Il nous guide à travers la montagne ensoleillée, avec vue sur le canyon gigantesque.
Il nous indique des fleurs "Tuna" sur les cactus dont les épines sont venimeuses (d'où l'extrémité jaune de la pointe noire), mais dont les fruits qui ont un liquide au goût de pomme, dont la matière, une fois sèche, sert à fabriquer les portes, tout comme le huarango. Ce dernier est habité de petits animaux (les "cochinillas"), qui une fois adultes sont des boulettes blanches pas plus grosses qu'un grain de maïs produisant une teinture mauve quand on les perce. Il y a la pierre "hieso" que l'on cuit pour en faire de la peinture, il y a ces boules d'épines auxquelles il faut faire attention, car une peau morte de l'épine reste dans la blessure qui peut alors s'infecter. Il y a aussi les "cactus mous", qu'on dit être destinés aux femmes seules! Sympa!!
De sa fronde, Edisson lance adroitement une pierre pour nous montrer les trous dans le roc servant de refuges aux couleuvres. Il faut attraper ces dernières avec prudence (car même si elles ne sont pas venimeuses, elles vous enserrent les membres) et les tuer en 5mn en les enfermant dans une bouteille d'alcool. Après macération, ce serait un bon remède à mettre dans les bandages contre les douleurs, les fractures. On se croirait dans les bronzés font du ski!
Il y a des plantes servant de combustible, de nourriture pour animaux ou pour faire de la corde. En effet, en bas, tout est construit par les paysans et leurs enfants avec les moyens du bord. C'est encore plus isolé que le village en lui-même, faut le faire!
Notre guide, Fortunato, nous rattrape et cherche à rabaisser son fils, qui n'a que 14 ans mais constitue déjà un bon guide (il aime l'histoire). Il le contredit et moque son maniement de la fronde (sur couleuvres et lézards), que je juge pourtant adroit! Pourtant, notre premier jugement se confirmera par la suite, à savoir qu'Edisson est vraiment touchant et adorable. Il connaît beaucoup de choses sur la nature, le travail, l'histoire…, il est débrouillard et curieux; on lui apprend quelques mots de français; "bonjour", "bonsoir", "comment tu t'appelles". Enfin, délaissant ses rivalités familiales et de testostérone, il nous dit que le paysage est triste et sec en ce moment. En mars et en avril, la saison des pluies ferait renaître les fleurs et la verdure. Il nous montre à son tour les plantes médicinales (qui constituent ainsi 80% des plantes péruviennes selon lui), à savoir le cactus de Soga servant à guérir les maux d'estomac, des reins, de fièvre. Le guanarpo serait étudié en pharmacie pour ses vertus contre l'arthrite, les maux de reins et l'impuissance (le guanarpo rouge serait plus fort que le blanc, mais un abus pourrait être dangereux). Il y a le "molle", plante aromatique aux douces senteurs servant un peu comme l'eucalyptus contre le froid, la toux et le mal de tête (il faut frotter la feuille sur l'endroit douloureux). La fougère, quant à elle, se met simplement sur les chapeaux en temps de fête. La "mouna", à l'odeur forte, sert aux mate et aux soupes contre le mal de ventre. On peut même en faire des caramels, mais je ne m'y risquerais pas!
Fortunato nous montre tout ça de ses mains fortes et trapues, grosses pattes surmontées d'épais doigts courts et tannés par l'effort. L'âne nous attend patiemment avec ses charges.
Lors d'une petite pause diététique frites et œuf, Fortunato nous explique qu'ils veulent un tourisme écologique et non d'aventure, comme les "mochileros" indépendants passant sans s'attarder qui finiraient par détruire l'authenticité du village en demandant des commerces qui ne profiteront qu'à quelques uns. Je n'insiste pas car c'est ce que j'ai fait pendant le mois précédent! J'argumente donc qu'il faudrait que le tourisme à Charcana soit indépendant d'AEDES, mais il manque des membres au comité et Fortunato estime qu'AEDES montre peu d'intérêt pour le village, qui est mal payé. Changeant du tout au tout, on parle aussi du foot et de ses matchs fréquents, des courses de chevaux.
Puis la marche reprend, un peu plus silencieuse car plus fatigante; le chemin se fait plus escarpé et sous un soleil plus lourd. Quand on se pose à côté d'une cascade à l'ombre, c'est… mmmmh, trop bon.
Enfin, nous arrivons sur une terre craquelée par la sécheresse qui constitue l'entrée au village de Chusakay. Ca semble être un village-fantôme, avec ses toits de chaume troués surmontant parfois des ruines de cases. Il faut dire que chaque famille se construit, dans la zone correspondant à son village (on ne mélange pas! Chaque village à ses plants de vigne!), sa case à la saison voulue (récolte des fruits en mars, de la vigne en avril). Et là, à part couper les fils reliant les vieux plants de vigne, il n'y a pas de quoi occuper un régiment! En plus, d'ici une semaine (le 15 août), il y a la fête de la virgen del asunta, qui demande des préparations au village.
Dans ce bout de décor poussiéreux, seuls une vieille femme et deux enfants sont là et discutent en qechua. Les odeurs de fumée se répandent lentement. Le mari de Luz, nous laisse dans la case de la senora Brigida. Les troncs qui soutiennent le toit sont joliment gravés par de s sillons des fourmis et des mythes. On dirait des sculptures minutieuses.
On déjeune vers 12h15 sur des bouts de bambou en guise de lit/siège et un rondin de bois en guise de table. On a du maïs, du fromage (fait à partir de leurs vaches), de la soupe avec un œuf. Puis, alors qu'on se prépare à digérer, on nous amène de la viande de mouton et des patates! On va devenir obèses, c'est pas possible! Par contre, on a soif, d'autant plus qu'il fait super chaud; on n'a que du mate à la pomme sucré qui ne fait qu'accroître le problème! On fait une sieste bien méritée pour digérer tout ça.
Vers 14h on entreprend notre descente vertigineuse (qui cause des ampoules aux pieds) vers le torrent (très profond au milieu). Comme c'est la saison sèche, il faut chercher les eaux naturellement chaudes sous le sable boueux et les pierres d'une couleur étrange à cause de l'oxydation de minéraux. On cherche, on cherche, et il n'y a pas de doutes quand on a trouvé; c'est brûlant, ça bout, même! Le contraste avec l'eau glacée qui nous fouette à cause du courant est saisissant, mais… que c'est bon!
Pendant que le Fortunato fait la sieste, on voit de petites pierres brillantes que Camille récupère et collectionne.
Puis on se met à la pêche en jetant un filet rond qui se ramasse sur lui-même grâce aux poids aux extrémités. Tous les gamins, à la nuit tombée, courent avec leurs filets pour surprendre les poissons dans l'eau sombre. C'est leur divertissement de la nuit, après avoir passé la journée à travailler. Ils se vantent de leur savoir-faire et de leur prise, mais nous ne récoltons que deux truites rosées et tâchées de jaune, pas tout à fait de la même taille/espèce. Il faut dire à notre décharge qu'en saison sèche, il y a peu d'eau qui reste donc claire, et les poissons ont le temps de fuir. On est nuls, mais quand même! On dépèce les poissons avec mon couteau. On remplit nos bouteilles avec l'eau du torrent avant de remonter. Sur le chemin, on croise de grosses fourmis avec le bout du corps jaune orangé. Il y a aussi des plantes qu'on appelle "queue de cheval" et qui soigne les reins une fois pris plusieurs fois par jour en infusion. Les espagnols sont crevés et me semblent bien peu sportifs!
Avec un petit garçon très joueur (on recommence les chatouilles), on a fait quelques leçons de français et de qechua; "comment tu t'appelles"="ima su tiki", "bon"="sumach", "gracias"="sulpe"(pas sûre).
La nuit tombe, les chiens hurlent. On mange à la lueur du feu dans la pièce principale ornée de chapeaux. On couvre le maïs à sécher. Le blé en qechua se dirait "triguche". Les fleurs roses de coton perdent leur couleur dans le soir qui se couche. Moins poétiquement, on dit stop après la soupe-repas par pitié pour nos estomacs et on se couche à 19h30.
Posté le 02.08.2007 par peru06
Après s'être alcoolisé aux champs, on fait connaissance avec les enfants, eux-même revenus du travail agricole. Débuts timides, proposition de jouer au volley. Peu de questions en somme, mais des jeux de ballon et des sourires, beaucoups de chatouilles et de courses poursuite. Ca fait du bien, beaucoup de bien.
Edisson, avec la casquette, m'a dit ce soir là "mais... mais tu es en train de jouer??". Je lui ai répondu dans un grand moment philo que tous les adultes étaient des gamins attardés. Mais c'est vrai que c'est un garçon très mûr et débrouillard pour son âge.
Quant à Dani, le petit au chapeau, c'est avec discrétion qu'il deviendra, au fur et à mesure de notre séjour, l'un de nos meilleurs amis.
Ces deux petits bouts d'homme un peu crasseux nous ont observé, cotoyés et nous les avons drôlement aimés. Snif.
Posté le 02.08.2007 par peru06
Après une bonne marche sur une piste de montagne au soleil, on s'arrête sur ce bout de terrasse où une dizaine d'hommes labourent le champ sans machines ni bestioles. Ils sont par groupes de 5; 4 enfoncent dans la terre avec leurs barres à mine et le dernier soulève la motte de terre, au risque de se faire trouer les doigts. Quant à la vieille au premier plan, aussi importante que les autres, c'est la ravitailleuse; de son vieux bidon d'essence, elle verse de la chicha dans des gobelets de plastique noirci par la crasse. La chicha, c'est du maïs mâché, macéré en un alcool acide où il y a autant à boire qu'à manger. Autant vous dire que le meilleur moyen d'en finir, c'est d'arriver à ce qu'on vous regarde pas pour le verser doucement dans l'herbe tendre. Ou avaler sans respirer, à vous de voir, mais on risque de s'en voir reproposer. L'alcool de canne, bien que croupissant dans une vieille bouteille de soda jaunie, est quand même bien meilleur.
Posté le 02.08.2007 par peru06
Avez-vous déjà essayé de filer de la laine de lama? non? c'est vrai que c'est pas des plus ordinaires ni des plus faciles. Cette paysanne édentée et sans âge, ne bredouillant qu'un qechua par onomatopées, semble plus grâcieuse qu'une ballerine quand elle manie ses instruments. Comme par magie, elle transforme avec quelques gestes habiles une grosse boule de laine sale et cotonneuse en une ficelle élégante. Après lui avoir cassé trois fois son début de fil, on lui fout la paix et nous poursuivons la piste des champs...