Posté le 08.08.2007 par peru06
Petit terrain de sport sur fond de montagnes splendides, cette aire destinée au volley rassemble petits ou grands pour jouer et attire surtout tout le monde pour regarder du haut des balcons crasseux.
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Posté le 08.08.2007 par peru06
Comme dirait les grand-mères, "dans le temps les gamins s'amusaient avec un bout de bois pendant des heures...".
C'est pas tout à fait faux. ici, les jeux sont d'abord le volley, les billes, le foot et les chatouilles. Et puis il y a aussi jouer à la voiture (faire rouler une vieille roue sans pneu) depuis l'annonce de la construction de la route. Mais vue la circulation, ça ne remplace pas de jouer avec son véhicule le plus fidèle l'âne bâté portant les charges...
Posté le 08.08.2007 par peru06
Quand je sors de la chambre pour rejoindre ce qui sert de toilettes, de l'autre côté de la ruelle, j'entends un grondement menaçant. Je m'arrête, essaie de distinguer quelque chose dans le noir… en vain. Je refais un pas et j'entends de nouveau ce grondement sourd dans la nuit. Help! En fait c'est le chien qui garde la maison, et il n'est pas encore habitué à mon odeur! Pour éviter de perdre une jambe, je me soulage donc à même la rue en crispant les mains sur mon pantalon et je rentre vite fait! Enfin, je ne suis pas beaucoup mieux à l'intérieur; j'ai une méchante grippe qui meurtrit ma gorge au point de m'empêcher de me rendormir, et de toute façon Camille ronfle.
Une fois que le jour pointe sous la porte, je sors donc discrètement, mon carnet dans une main et les chaussures dans l'autre, pendant que les vaillants volontaires continuent de ronfler. Alors que j'enfile mes patogas sur les marches extérieures, je croise et salue Don Rufino. Puis je me mets en marche vers le chemin de pierre qui borde la montagne et va vers les champs. Face au lever de soleil sur les montagnes, je m'assois sur une pierre en écoutant les oiseaux, regardant les lamas et sentant les fleurs. Un tout petit chien se promène, une fillette le suit et le prend dans ses bras à la manière d'un bébé. Comme c'est bucolique, hein? Les travailleurs des vignes de Chusakay arrivent avec leurs ânes à l'autre bout du chemin et ils s'arrêtent au loin pour discuter mi en espagnol, mi en qechua. Ils sont pile bien placés pour que je saisisse cet instant en quelques coups de crayon sur mon carnet. L'un d'eux repart vers les champs et les deux autres s'approchent de moi. Une fois à ma hauteur, ils me demandant ce que je fais, et ils sont très amusés des croquis, les regardent plusieurs fois, s'esclaffent et me tapent dans le dos (je manque de m'évanouir sous le choc). Ca fait bizarre de toujours remontrer tout ce carnet à chaque fois; je me rends encore plus compte que je n'ai aucune notion du temps qui passe ou est passé, à quel point le rythme ici est différent de celui qu'on s'est imposé le premier mois, tout comme la vision du monde. Une fois qu'ils sont passés, je repars moi aussi vers le village voir si les marmottes sont levées.
Pour le petit-déjeuner, on a une spécialité, le "sarco"; du maïs et de la cebada moulus avec de la cannelle et du sucre qu'on cuit; ça fait une sorte de pain grumeleux et bien calant, surtout que ça vient après le riz/frites habituel!!
On va faire un tour à l'école pour savoir si on peut y donner un coup de main (en anglais, ce que les profs ne parlent pas, en géo, en histoire ou en dessin). Les élèves ont officiellement un uniforme mais que seuls les plus riches s'offrent. Et puis c'est pas pratique pour jouer au volley. Les murs sont ornés de peintures des drapeaux d'Amérique latine (Argentine, Venezuela, Colombie…) et de décorations de la fête nationale du 28 juillet (petites banderoles aux couleurs du Pérou).
On rencontre le directeur (Ulrish) qui se montre très officiel avec nous et Fortunato (alors qu'il parlait avec ce dernier juste avant, mais bon). Ca prend quelques secondes pour dire qu'il est sur le fait qu'on intervienne dans les classes, puis il nous parle des fêtes typiques; nettoyage des eaux les 2-3 février, festival de la Qiwicha autour du 20 août (avec tous ses produits dérivés à Cotahuasi), le concours de graines (en trouver le plus de variétés différentes), un concours d'expériences (comme faire d'une herbe curative une pommade)). Pendant qu'il nous raconte ça, je le dessine discrètement, les autres croyant que je prends des notes. Mais à la sortie, Fortunato me demande si le dessin est réussi! OK, il m'a à l'œil.
Alors que sonne la cloche en métal, suspendue à son arbre, la récréation se termine mais on nous apporte quand même un bon lait chaud, épais et sucré, dans une vieille tasse de plastique sale. Ca ressemble à l'api; et même si je suis la seule dans ce cas, je trouve ça super bon!
On croise le sonneur de cloches (le simplet du village apparemment) en allant attendre devant l'église notre correspondante de l'ONG, Marcela, pour déjeuner avec elle. Le contact est agréable, même si on se plaint que le matériel n'arrive toujours pas et qu'on soit trop considérés comme des touristes. Elle nous dit que les autres sont moins bien (ce qui est faux, on le saura après) car leur accueil aurait été plus froid (les enfants les moqueraient de loin, leur criant "gringos!" pui s'en allant en courant). Marcela nous parle daussi aes choses typiques qu'elle connaît; le jeu des osselets avec des cailloux (les yakis), "la fiesta de la huahua (bébé)": en novembre, des pains en forme de bébés sont portés par les filles célibataires aux autres filles devenues mères (parceque 9 mois avant il y a le carnaval durant lequel se conçoivent les bébés!).
Dans le coin, il y a encore à voir la Laguna Joya, la senora piedra, la cataracta…
Ensuite, on va sur la place faire le point entre nous sur nos projets. On devrait aller mener les vaches, retourner la terre avec les chevaux pour semer les patates. On prépare aussi notre action à l'école, et les gamins qui ne sont plus aux champs nous regardent, mi-amusés mi-curieux. Ils croient qu'on parle qechua en Espagne, peut-être à cause de la marque! On prévoit encore de leur faire des crêpes et peut-être de chanter des chansons (mais je trouve que les espagnols et Camille chantent faux! Hum).
Sur la place, on croise une femme bourrée avec de l'alcool à lubrifier les machines, donc à plus de 90°. Au début ça nous fait rigoler de la voir danser en titubant, nous prendre par les épaules en nous appelant "mes frères". Mais avec le temps, on s'aperçoit qu'ils sont plusieurs que les flics mettent à cuver dans le couvent, ça fait de la peine. D'ailleurs, les gens en ont honte et ne rigolent pas.
On commence le concours de chansons avec pas mal d'enfants qu'on n'avait pas vu au concours de contes; ça nous fait plaisir. Camille et moi chantons "Raphaël" de Carla Bruni pour entamer, et les espagnols une chanson sur le soleil.
Ils sont timides mais commencent par les chansons chauvines (pour son pays comme ES MI PERU, sa région, son district, sa province, son village…) vantant toutes les richesses et mérites d'un territoire. Ensuite, plus consternantes et plus nombreuses, les fameuses chansons à l'eau de rose exprimant la souffrance et l'alcoolisation des maux d'amour, dont celle qu'on a entendue chanter par la gamine de Cotahuasi, PORQUE TE VAS (Yo quiero que tu me digas porque te vas, (bis x 2). Si encontras un amor en tu vida, dimelo, cuentame, para no llorar, para no sufrir (version Camille; yo creo que tu me dices porque te vas (bis x 2) para no sofrar, para no llorir)
Et puis, un groupe de filles se concertent entre elles. L'une, crasseuse et sauvage, apporte timidement sa flûte, je saurai plus tard qu'elle s'appelle Johanna. Et comme par magie, elles chantent en qechua sur un air andin, de leur voix claire et juste. Ces si belles paroles qu'on ne comprend pas résonnent dans la nuit cristalline, transportées entre les gerbes d'étoiles. On se croit dans un paradis perdu, une sorte d'instant sacré. Et c'est super beau, notamment la chanson SUMILI.
Après ça, le reste semble un peu vain. Et évidemment, ils veulent tous chanter quand il fait noir et froid et qu'on commence à se dire qu'on voudrait rentrer. Mais voyant notre état, c'est eux qui décident de clôre le concours en nous chantant très gentiment une chanson sur nous, que nous sommes des "frères" et que si on a de la peine, qu'on regarde les étoiles pour penser à Charcana. On retient.
On va prendre une soupe, puis regarder "Dinosaures" à la télé, faut croire qu'il y a encore de l'énergie à revendre. Camille va se coucher plus tôt, mais on ne tarde pas derrière elle car l'énergie s'épuise évidemment avant la fin du film. En sortant, c'est dingue comme on a froid! Et comme les espagnols ne courent pas vite et que je n'ai pas de lumière pour aller en avant, je cours sur place en faisant l'imbécile. Je les fais bien rire, les espagnols et les gamins qui prennent le même chemin, mais je perds mon crayon! Pas grave, je le retrouverai demain pour la 3° fois.
Une fois dans la chambre, je mets du temps à me réchauffer mais très peu à m'endormir, c'est le principal.
Posté le 07.08.2007 par peru06
Faut bien le dire; maîtriser une vache, c'est du boulot! Alors pour se donner du coeur au ventre, il y a tout ce qu'il faut; chicha très alcoolisée, vin de la vallée, eau de vie de canne... Et puis servir tout ça, c'est du boulot aussi, donc on s'en sert une rasade au passage!! C'est comme un vrai téléspectateur de match de foot, faut se mettre en tenue de sport et bouffer comme un sportif en regardant! (ou sans regarder, d'ailleurs)
Posté le 07.08.2007 par peru06
Cette fête consiste à marquer et baptiser les vaches.
Quand on arrive, les veaux sortent de l'enclos en beuglant, avec dans les oreilles de gros trous sanglants aussi larges que des bouchons de bouteille. OK, ça commence bien. Et faut s'habituer à l'odeur de chair cramée et d'excréments (dûs à la peur), car pour papa-maman vache, c'est pareil!
L'un des paysans en haillons pleins de bouse attrape une vache par la tête à l'aide de son lasso. Quatre autres types sautent alors sur la bête, lui tiennent la queue (qui peut fouetter!), lui lient les pattes et tentent (avec peine!) de la faire tomber. Puis ils lui maintiennent la gueule, y enfoncent feuilles de coca et liqueur pour l'anesthésier un peu et le type avec son fer dans le feu arrive, enjambant les monceaux de terre imprégnés d'urine, et plaque son fer sur le flanc arrière de la vache. Voire il recommence si les lettres se voient pas assez! Ensuite on y verse de la chicha, autant pour cicatriser que pour la bénir (on demande un nom à ce moment, qui peut être aussi fantasque que "Bush" ou "Toledo"!)
Posté le 07.08.2007 par peru06
La cuisine la plus magique du séjour, avec en plus Dani et son éternel chapeau. Sur les "bancs" de pierre recouverts d'une peau de mouton s'assoit la famille. Domitila dans le coin remue la marmite sur le feu avec une spatule taillée dans l'écorce, et souffle dans un tube en métal. Elle mijote comme une gentille sorcière ses potions délicieuses et nous sert ça dans les assiettes de plastique sale. La poule se promène souvent sur le sol terreux, et le chat vient parfois quémander des miettes (mais il ne reçoit que des coups de pied!).
On y rigole, dans cette cuisine, et on s'y réchauffe. Corps et coeur. Comme c'est beau n'est-il pas??
Posté le 07.08.2007 par peru06
Je rêve de retrouvailles avec mes collègues à l'hospice, où j'ai travaillé un mois plus tôt, dans lequel je revois aussi ma meilleure amie de lycée… on va pas chercher à comprendre, si ce n'est peut-être qu'ils me manquent.
Ce matin est très nuageux, ce qui n'arrange pas l'irritation de mon nez et de ma gorge; cette fois c'est officiel, j'ai bien la crève! Camille me révèle d'autres problèmes avec son ex et sa meilleure amie, et j'ai l'impression que ça renforce notre amitié naissante. On tripe ensemble sur la chanson reprise dans Moulin rouge "there was a boy", je ne sais même plus pourquoi d'ailleurs, mais ça nous fait rire (on est un peu neuneu sur les bords!). Mary est encore au téléphone, ça doit lui coûter une fortune, surtout que ça coupe souvent donc il faut rappeler!
Domitila a plein de petits conseils et connaissances dont elle nous fait part. Et ma foi, jamais dicton n'aura été mieux appliqué que celui-ci; "ici, on mange plus qu'on ne travaille"! C'est ainsi qu'il est, paraît-il, vital qu'on goûte à la spécialité locale, à savoir le cochon d'Inde grillé (attention aux âmes sensibles!). On nous promet aussi qu'en avril, il est habituel de manger sucré, à savoir des patates douces et des fruits cuits avec de la cannelle! Pour l'instant, on doit croire sur parole et se contenter du sucre qu'il y a dans les éternels "matecitos". On goûte ainsi au mate de cèdre, qui a plus d'arôme (sincèrement je trouve ça dégueulasse) et est plus efficace que l'herbe amère contre les maux d'estomac. L'eucalyptus serait le plus indiqué contre la toux. Domitila nous raconte qu'elle a vécu à Arequipa, et que comme beaucoup dans le village, elle a de la famille à Lima au cas où elle veut partir. Mais elle est revenue à Charcana à cause de la maladie de son mari, Don Rufino. Cet ancien instituteur, aussi discret qu'adorable, est un peu une sorte de sage. Je me suis même demandé si c'était pas une sorte de curé, mais en fait non; le curé n'est pas un charcanino, il doit être mandé à l'avance de Cotahuasi quand on en a besoin (fêtes, mariages, baptêmes…). Ce qui fait que ce que l'église de Charcana présente le plus à ses fidèles, ce sont ses portes fermées et son mur fendillé. Ce village serait en effet le plus isolé du Pérou, selon ce que racontent non sans orgueil les charcaninos, toujours fiers d'être "le plus" quelque chose du pérou, d'Amérique latine ou du monde.
Pour mieux aider ce village "le plus" isolé du pays, on réécrit donc les contes pour en faire un inventaire propre. Comme il y a du soleil, on court vers l'ordinateur pour créer la boîte mail… ça rame, ça rame, il faut des minutes entières pour passer les étapes de la création. Et, au dernier stade de validation, les nuages ont raison de notre électricité solaire; ce sera pour une autre fois!
On a pour projet de tondre les moutons, traire les vaches, accrocher les rubans aux oreilles des lamas, égorger un cochon, et aider Griselda à cuisiner. En attendant que Luz nous y conduise, on apprend un peu de qechua avec les gamins encore là; paralincama; à demain, tuparacama; on se revoit.
Enfin, on se dirige vers la rue principale où il y a la FIESTA DE LA VACA, c'est à dire le marquage des vaches. Lorsqu'on arrive près de l'enclos de pierre d'où s'élèvent déjà cris et fumées, les premiers veaux sortent en beuglant, la gueule éclaboussée de sang et un grand trou rouge dans une oreille. En plus, essayez voir de percer une oreille avec un fer chauffé au rouge, vous verrez que ça peut facilement arracher tout le membre si ça bouge trop!
À l'intérieur, tout est mouillé par les excréments des vaches terrorisées. Les gens et y compris les enfants boivent jusqu'à être bien bourrés de la chicha très forte, un vin par ailleurs moins bon qu'à Chusakay (il pique plus) ainsi que de l'eau de vie de canne dont Luz se méfie. Une femme édentée ressemblant à une sorcière de contes pour enfants gémit un chant laconique en tapant continuellement sur un petit tambour. Les vaches se battent et s'affolent, beuglant de frayeur au milieu des odeurs de feu et de chair grillée.
Quelques hommes aux vêtements déchirés, maculés de boue et de merde, choisissent alors une vache. Un la saisit au lasso et d'autres l'attrapent par la queue. Alors qu'elle pisse de peur et beugle avec les yeux révulsés, ils la maintiennent pour lui lier les pattes et ainsi la faire tomber, lourdement, comme une tour qui s'écroule. En maintenant la queue entre les pattes arrières et la bouche entre les multiples mains caleuses, ils disposent sur son ventre les feuilles de coca. Alors une foule d'hommes et d'enfants accourt pour se servir au passage, puis celui au lasso place les feuilles dans la bouche baveuse de la vache, y verse encore du vin pour l'anesthésier et la bénir au nom de la Pachamama. Puis, toujours sur le rythme du tambour et des cris des hommes de main, un autre arrive avec le fer chauffé au rouge, tous se préparent, et il marque la vache dans l'élan d'un même cri et d'un jet de fumée; la blessure est aussitôt aspergée de chicha et de liqueur pour la désinfecter et la baptiser en même temps. C'est ainsi qu'ils nous demandent à chaque fois un nom, sont donc plus fantasques les uns que les autres; Catalina, Francesca, Ollanta, Toledo, Lolita, Alan, Bush... Puis ils refroidissent le fer dans le sol détrempé mêlé aux bouses, et ils ornent l'instrument de fleurs!! Peut-être que ça fait moins mal?! Après ils la relâchent, coupent un bout de la queue pour compter ensuite, ils crient tous très fort et le meneur tourne avec son lasso en fouettant ceux qui traînent, et ils reboivent. La fumée pique les yeux, ils ont tous la joue ronde d'un boule de coca. Entre deux vaches, l'un fait le tour de tout le monde pour qu'on souffle 3 fois sur l'offrande rituelle (feuilles de maïs, pain et de graisse de lama). Deux petits s'essaient au lasso, un s'emmêle dedans et tombe dans la bouse. Sympa l'apprentissage. L'un de ces hommes rudes vient timidement me voir pour demander comment on dit "amor" dans ma langue. Je veux lui répondre "niaiserie", mais quand il voit que je suis française, il me parle de Thierry Henry qui aurait un jeu trop perso... Un moment, tous se tournent vers moi car ils me grillent en train de dessiner… Oups! Salut! OK, je range!
Ensuite, alors qu'ils raccompagnent les vaches aux champs, Dani nous emmène jouer avec lui et son ami Guillermo nous rejoint. On joue d'abord aux billes avec de petites graines noires (quand on tape dans une autre direct, on dit "seco" ou "se lo come"). Puis on joue à la toupie avec des glands.
Puis on va jouer au volley sur la place en pariant une tournée de vin. Les flics remplissent leur principale activité du séjour à Charcana, à savoir arbitrer le match, bien assis sur leurs chaises. Ensuite, des enfants viennent pour la énième fois regarder mon carnet où ils se reconnaissent eux et leurs maisons de Chusakay. Ils demandent quand a lieu le concours de chansons. Gaida, qui est décidément la plus riche du village, nous offre des habas au goût d'amande qu'on croque en ayant chaque fois l'impression de se casser les dents!
Le soir, on va voir la TV marchant aussi à la batterie solaire; c'est l'événement, on a accumulé assez d'énergie. La petite salle sombre et terreuse est pleine à craquer devant le mini-poste en branle sur le bois. Les enfants sont vautrés par terre, les uns par-dessus les autres, et les adultes se tiennent debout dans le fond de la salle ou acculés devant la porte. Ca commence par "la captura del siglo", à savoir un film retraçant l'emprisonnement des chefs du sentier lumineux à travers les yeux de deux journalistes, l'un péruvien craignant les senderistes, l'autre américaine croyant à leur idéal. Mais, maheureusement, Luz insiste pour qu'on voit la vidéo d'un blaireau de limeno qui a filmé le défilé du 30 juillet. On se fait chier! Il y a des plans de paysages durant de longues minutes, en plus l'image est mauvaise et les commentaires niais au possible (il raconte sa life). Quand survient enfin un problème d'électricité qui coupe le film, je soupire si fort de soulagement que Mary et moi éclatons de rire sans plus pouvoir s'arrêter; on nous regarde comme des bêtes bizarres, et ça renforce notre fou rire.
Dehors, le soleil ne chauffe plus depuis longtemps et l'altitude nous témoigne sa présence; en clair, on crève de froid!! On court pour pouvoir rentrer dans notre chambre, c'est à dire à l'autre bout du village (qui monte, en plus). Une fois arrivées en avance, Camille et moi nous posons sur une marche de pierre et admirons le ciel tant étoilé. Nous rions toutes deux de découvrir une constellation en forme de cœur… Amour pour Charcana.
Pour le dîner, on a une soupe de fromage et de blé ainsi qu'un mate d'eucalyptus (dont on va directement chercher les feuilles dehors, sans même les laver). L'odeur me dégage déjà les sinus, il faut dire que c'est à la base de nombreux médicaments. On entend juste le silence et les crépitements du feu. On a des discussions politiques sur les assassinats barbares du Sentier Lumineux.
Comme on a froid, on rejoint Domitila sur les pierres recouvertes de mouton au coin du feu. Mmmmh… On se sent bien chez elle, comme à la maison de Griselda. On se sent intégrés, l'ambiance est délicieuse et elle est comme une mère discrète et bienveillante.
Puis on va inaugurer la sombre et froide (bien que confortable) chambre de Domitila, dont les murs sont entièrement couverts de diplômes encadrés (au nom de Don Rufino), de calendriers de Charcana, de photos du Christ ainsi que des éternelles offrandes (casseroles, laine de lama, bouteilles vides et pleines, cœurs, rosaires, crânes d'animaux).
Posté le 06.08.2007 par peru06
Il paraît que ceux qui viennent à Ccaysampo (qui est quand même à 4h de cheval du village) et qui n'y font pas d'offrande sont emportés par une sorte de diable ou d'ankou. Alors Fortunato, notre guide, prépare cérémonieusement l'offrande, ne décrochant pas un mot sur ce lieu avant d'avoir terminé l'évènement;
Il s'agit de d'abord faire brûler un feu jusqu'à avoir des braises. Puis il faut emplir une feuille de maïs avec de graisse et de la laine de lama, des grains de maïs. Chacun doit cracher dans cette feuille, qu'on pose ensuite sur les braises. Alors qu'elle se consume, Fortunato prononce une prière "maison", et il faut attendre que tout crame (si il faut raviver la flamme, c'est de mauvais augure).
Et comme de par hasard, les deux fois où on fait une offrande, il neige un petit peu. Alors que c'est très rare en cette saison. Marrant, pour on peut on y croirait! lol
Posté le 06.08.2007 par peru06
Voûte géologique formée par des couches diverses de sédiments, elle paraît façonnée par la main de l'homme. En plus, elle paraît d'autant plus majestueuse que le vue sur les hauts plateaux et les champs en terrasse est... magique, impressionnante, majestueuse. Cet arc, c'est comme le sommet d'une beauté qui dépasse la taille humaine, comme gardée par les pics de roche tout autour...
Posté le 06.08.2007 par peru06
Entre les flancs gris d'un énorme roc volcanique, on a découvert il y a longtemps d'étranges peintures. D'après un volontaire qui était un étudiant en thèse d'archéologie, les plus vieilles dates de la préhistoire, les plus récentes de l'arrivée des incas (il y a "juste" 600 ans!).
Ca va des traces d'enfants à des symboles de la nature et du soleil, puis des animaux reconnaissables, des scènes de conflit...
Mais il n'y a ni vitre ni gardien de musée qui s'y emmerde. Juste l'air et des mains qui ont d'ailleurs essayé d'enlever le tout. Mais la matière reste, on ne sait toujours pas ce que c'est. Car pour en faire des études ou un musée, il faut des sous. Qui plus est, des sous du gouvernement, car des peintures sur un bloc de pierre de 10 mètres ça se vole pas facilement par un collectionneur privé. Donc, malgré des demandes, ces peintures ont des chances de prendre encore de la valeur en patientant quelques centaines d'années!