Posté le 09.08.2007 par peru06

Je fais des rêves plus désagréables; je visite le Louvre au Pérou, et puis je retourne en France pour une journée seulement; je dois reprendre l'avion à 4h du matin depuis un collège paumé où j'ai passé mon bac! Ma mère m'accompagne à contre-cœur, on se perd, c'est l'horreur. J'espère me réveiller pour être sûre que je suis bien au Pérou, rien ne me paraît moins sûr! Encore moins gai, je rêve qu'une gynéco de Saint Malo (que je voyais à cause d'un mal de ventre) me dit que je suis enceinte mais qu'en fait mon bébé est mort comprimé dans mes spasmes parce que je faisais trop de karaté tout en me privant de manger (souvenir d'une anorexie d'il y a quelques années). Camille me dira d'ailleurs que je me suis relevée en pleine nuit en lui disant "Mais qu'est-ce que t'as sur le ventre? Et par terre, c'est quoi?" Comme ça, je dirais que je parlais du fœtus mort. Est-ce une sorte de prise distance pour mieux résoudre ces réminiscences? En tout cas, c'est d'un glauque! Ca accompagne d'ailleurs le retour d'une peur du vide de la France et de Rennes. Les voyages forment la jeunesse, me direz-vous, c'est vrai que ça bouscule!
D'un tout autre registre qui me sort de ces idées noires, je crois entendre des "cuys" juste à côté de Mary! Ca me ferait rigoler qu'elle les entende, mais elle dort, mince! J'aimerais bien la réveiller! Je saurai après qu'ils sont bien à côté, mais séparés d'un mur, dans l'arrière-cour de Domitila.
Cette fois, si je me lève tôt, c'est pour laver à l'eau glacée mes doigts amoureusement recouverts de peinture à l'huile collée aux poils du chien! Il faut dire que Yoggi gémit de plaisir quand on le caresse, il ne doit pas en avoir souvent, c'est craquant! Je vois, une fois de plus, Don Rufino, puis Magdalena dans leur cour. Je croise aussi le mari de Griselda qui travaille le champ de Domitila, devant sa maison. Un enfant que je ne connais pas passe devant moi me demande "alors, tu dessines?"!
Une lumière splendide commence à baigner les pics rocheux de Ccaysampo, et les coqs hurlent quand le soleil se lève dans le ciel clair. C'est bien, ça va pouvoir chauffer et on aura une chance de créer enfin cette messagerie sur internet sans être coupé!
On va manger chez Brigida (notre logeuse de Chusakay), qui se montre plus aimable qu'avant mais moins fiable que Griselda et surtout moins douce que Domitila. Sa petite maison est mignonne, comme une petite cour bleue sicilienne ou les trous dans les murs font office d'armoire à rangement (pour des chiffons, chapeaux, fouets, frondes…). La radio à piles diffuse de la musique huayno dans les murs sans toits où du linge pend aux échelles. Les poules à moitié plumées courent sur le sol, et on voit les os de leurs ailes, leurs tendons et cous décharnés.
Pour le petit-déj, on a du pain et du beurre maison, incroyable! On l'a mangé jusqu'à la dernière miette, même si il n'est pas bon, ça fait quand même du bien. Mais après elle nous sert de la carabasse chauffée au feu avec du lait à l'intérieur. Ca n'a pas l'air si terrible, mais en fait c'est immondissimo! Heurk!
Quand on arrive à l'école, on remarque qu'ils ont les stylos gagnés aux concours. Nous sommes de nouveau au cours de dessin, mais le professeur (peut-être vexé hier) veut finir un autre travail, et on fait les potiches, s'efforçant de ne pas insister. En fait de "finir", ils "commencent" à peindre les couleurs primaires (un seul a de l'argent donc il fournit le matériel pour tous). Moi, je les dessine.
En anglais, on leur enseigne le salut (good morning…), les couleurs en montrant les vêtements, les nombres, et surtout notre chanson culte toute droit sortie de réminiscences primaires et qui sera réclamée par la suite; "HEAD, SHOULDERS, KNEES AND TOES, knees and toes, (bis) eyes and ears and mouth and nose, head, shoulders knees and toes, knees and toes"!
Puis on va faire des maths dehors parce que les salles de classe sont sombres et trop froides pour la concentration. On pose donc un tableau dans l'herbe en le faisant tenir avec des branches, et Mary fait la leçon pendant que des gamins jouent derrière le tableau. C'est chaud de ne pas se faire repérer à dessiner! Dès que je sors mon carnet, quelques uns s'exclament à voix basse "esta dibujando, esta dibujandome!). Je trouve ces élèves moins agréables que ceux qu'on a eu jusqu'à présent; ils appellent les espagnols les "conquérants" et, quand je leur apprends un peu de dessin, ils s'étonnent que Mary et Pedro ne sachent pas dessiner Pizarro, l'envahisseur espagnol du Pérou. Les espagnols sont ainsi vite stigmatisés à l'école; envahisseur économique sans vergogne, Pizarro est aussi dépeint comme un être représentatif mais rustre et bêta, c'est l'"éleveur de cochon". Petite revanche sur des siècles de colonialisme, c'est de bonne guerre…
On leur apprend quelques mots de français et "frère Jacques", puis quelques mots d'anglais et "Head, shoulders knees and toes". Quelque fois ils parlent qechua, sans doute pour jouer, nous signifier qu'ils ont quelque chose de plus que nous… Dans ce cas, on parle français, et l'astuce marche bien; on reparle tous espagnol! Alors que je reprête mon carnet encore et encore, certains veulent me l'acheter! L'un d'eux insiste, d'ailleurs! Malgré que j'argumente que ça n'a aucune valeur pour lui alors que ça en a pour moi, qu'il ne comprend pas ce que j'ai écrit et que mes dessins sont brouillons, qu'il n'y a qu'une petite partie sur Charcana, il répond inlassablement "À combien tu veux?"! Alors la parlementation la plus efficace consiste en répéter "non, je ne le vends pas".
On retourne ensuite chez Brigida, qui ne nous attendait pas de sitôt. Elle nous le reproche, d'ailleurs, car le déjeuner n'est pas prêt. Peu importe. On croise Henry, le craintif de Chusakay, qui travaille en fait pour Brigida avec un statut plus ou moins d'"adopté". Pour patienter, on suit alors jusqu'à l'estanque (étang-réservoir d'eau) sa fille Nery, qui revient de Lima où elle a travaillé comme dentiste-assistante grâce à la cousine de Domitila. Elle n'aime pas Charcana mais vient aider sa mère. Elle n'a que 17 ans, alors qu'elle paraît si lucide! Enfin, pas quand elle met à fond sa musique huayno aux relents de casserole chinoise, dont elle dit que les meilleurs auteurs péruviens sont à Ayacucho. Et bah c'est pas triste, si ça se trouve c'était mieux quand ils faisaient leur révolution, au moins ça faisait illusion (cf le Sentier Lumineux basée à Ayacucho). Puis Nery se colle invariablement à mon carnet pour tenter de reconnaître les gens.
Chez elle, il y a la grand-mère de 90 ans qui végète sur sa chaise, à côté d'un seau pestilentiel rempli d'épluchures… Au secours, on veut nous empoisonner! En fait, ce seau est pour les cochons, et nous on a un déjeuner typique de Charcana; soupe popata (lait, patates, fromage, œuf), cœur de yucca (arbre au goût de patate) avec du cochon d'Inde (bon mais spécial) et de la gélatine (premier dessert! Mais dégueulasse), plus quelques verres de vin de sa cave (on veut se prendre une cuite le dernier jour!). On la soupçonne de compenser son manque de gentillesse par un bourrage d'estomac…
Ensuite on retourne au front informatique, et on remporte la victoire haut la main! La boîte mail de Charcana est enfin créée! Pour consolider cette avancée, on dessine sur de vieux panneaux de papier les indications à retenir pour utiliser la messagerie. On tente de le clouer dans le mur friable et poussiéreux, et on fait le point sur les personnes à "initier". Des jeunes, de préférence. On est satisfait, Luz aussi.
Elle essaie ensuite de nous trouver des illias pas chères auprès de celles qui en tissent, mais elles n'ont aucune idée du prix! Après un marchandage très énergique, ça baisse de moitié en moins de deux! Elle en profite pour dire le mal qu'elle pense de Brigida, qui arnaque même les amis (ça on s'en doutait), et aussi du mal de Griselda qui serait égoïste et que Luz avait du mal à supporter au début, et enfin d'Edisson, qui serait réservé et sans amis. Il va d'ailleurs avoir 15 ans, mais Fortunato travaille toujours aux champs et il n'y a pas d'argent pour lui faire la fête qu'il faudrait. De fait, cet âge est ici un cap à célébrer dignement avec toute la famille, les amis même adultes… même si pour les garçons c'est plus les 18 ans, ben oui ils sont moins mûrs! On fête ça normalement avec de la "diana" (lait, coco et mani à macérer). Je ne sais pas si c'est une perche pour qu'on donne de l'argent, mais on décide simplement de faire un petit cadeau à Edisson; on retourne dans notre chambre pour rassembler une balle que j'ai dans mes réserves de cadeaux, des gâteaux des espagnols, et une carte où on signe tous et où je le dessine avec un ballon de foot.
Pendant le dîner, Nery nous pose plein de questions un peu naïves, comme Magdalena, puis elle nous lit des poèmes. La nuit est claire et les étoiles se prêtent au charme de la scène, mais en fait ça fait assez niais, surtout quand c'est entrecoupé de nos toux et crachats grippés et qu'on entend au loin les chansons d'Elvis Presley diffusées sur la place par Franklin, le secrétaire de la municipalité!
Ensuite on retourne vers la télé, où Mary voudrait rester. Mais on part assez tôt pour aller déposer notre cadeau, comme des pères noël, près des murs de pierres couverts de paille qui servent de chambre à Edisson et son frère. N'en déplaise aux espagnols, je préfère ça, qu'on n'ait pas à le confronter et qu'il se sente gêné, obligé de nous dire merci. Quand on revient, on n'est pas très à l'aise; les chiens de garde sont aux abois et quelques bouteilles de pochtrons volent dans l'air. Mais en cette heure grave, je m'impressionne moi-même; j'ai un peu de sens de l'orientation! Je suis devenue la guide dans la nuit noire! Je dois vraiment être fatiguée pour perdre mes habitudes désastreuses d'orientation…!
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Posté le 09.08.2007 par peru06
Voilà, ça veut dire des choses, ceci est une classe. Il y a bien pire, c'est sûr. Mais bon. Une classe de 4 élèves assis sur les chaises restantes (qui cassent) autour d'un prof qui enseigne trois matières très différentes dans lesquelles il est tout aussi nul (les seuls manuels datent d'il y a dix ans au moins), le tout sur de la terre coincée entre des murs fissurés sans porte... Ca n'augure rien de bon sur l'ascension sociale!!
Posté le 09.08.2007 par peru06
Encore quelques petits changements aux souvenirs émus de mon école primaire; ici, les bâtiments branlants n'ont ni porte ni fenêtre; ça coûte trop cher et des murs, c'est déjà bien. Enfin en fait non; souvent il fait trop froid à cause de l'ombre (en altitude, ça compte!), donc on fait cours dehors au soleil!
Posté le 09.08.2007 par peru06
Je retrouve le chemin de l'école d'antan, enfin pas tout à fait; sur ce chemin, les maisons sont des montagnes enneigés, la route est une piste caillouteuse, et la voisine n'est autre qu'un lama mâchonnant de l'herbe à 3 700 mètres d'altitude!
Posté le 09.08.2007 par peru06
Je fais encore une fois des rêves bizarres… mais je ne m'en souviens plus.
Dès 6h du matin résonnent les appels téléphoniques incompréhensibles de Gaida. Je me lève alors pour admirer, à travers la trouée de ciel, le lever de soleil coloré sur les nuages devenant roses, jaunes, gris, bleus.
Je croise encore Don Rufino, tapant cérémonieusement sur une vieille machine à écrire avec des poules lui passant entre les jambes. Le petit Dani et un copain me disent bonjour en revenant des champs avec des herbes sur le dos, ayant juste le temps de se laver avant d'aller à l'école.
Pour le petit déjeuner, on a du lait entier sucré (ça change) … un plat de spaghettis à la sauce tomate chez Griselda, où tout le monde sauf moi se cogne la tête dans la poutre de ses portes basses. Griselda coiffe sa fille avant l'école sur fond de montagnes magnifiques et au milieu des cochons d'Inde, c'est presque irréel!Elle nous dit à quel point cette école est importante pour elle, qui veut que sa fille fasse des études, voyage. Tous son argent, selon elle, est destiné à ça. Discours relativement classique mais toujours touchant surtout dans le contexte, même si elle cherche pas à nous arracher des larmes.
Puis on va sur le chemin de l'école, après une dizaine d'années d'absentéisme. Chemin qui change par contres des rues de la de mon enfance bourg; ici, la rue est une piste et les maisons au loin sont des monts enneigés et précipices immenses! Les gamins en retard courent avec leurs livres sous le bras à l'appel des cloches. Ils se mettent à la queue leu leu par classe, toussent, jouent discrètement et époussètent leurs vêtements pour dire Buenos Dias aux professeurs (jeunes et habillés en survêtements!).
Puis on se répartit les cours; Pedro et moi allons au cours de dessin et de maths. Je fais le premier, Pedro le deuxième (je dessine la classe pendant les équations). On entre donc dans cette salle décrépie au sol de terre et aux murs fendus. Les vitres sont cassées, les tables peu nombreuses. Quand un élève s'assoit, la chaise plie et se casse!
Une fois les présentations faites, je fais travailler les visages, les expressions (peur, surprise, ennui, sommeil, colère, rire, pleurs), les différentes formes (de nez, de bouche, d'yeux), les silhouettes (debout, assis, jogging, danse, fatigué, cerf-volant). En plus je suis artificiellement flattée et mes piètres compétences font figure de génie, car le prof de dessin ne sait pas dessiner. Quand je le fais venir pour qu'il donne l'exemple, son trait est plus maladroit que les enfants!
Cette ignorance se retrouve dans d'autres matières; à la récré, mary et Camille nous racontent leurs cours de géographie; les élèves ne connaissent ni les croissants, ni le Big Ben, ni un mot d'anglais. La prof de géo est tout aussi incapable en anglais et croit juste savoir que les beatles sont français! Comme pour toute récré, on a notre tasse de lait chaud et épais qu'on vient chercher à la marmite, accompagnée de gâteaux gouvernementaux bien chimiques (orange fluo! Faut avoir faim!). Je dois montrer mon carnet du début jusqu'à la fin au moinsune dizaine de fois aux curieux. Certains élèves courageux continuent leur cours d'éducation au travail (broderie, couture, cuisine). On recroise dans la cour le craintif de Chusakay, sans savoir dans quelle classe il est.
Puis on monte dans une classe en ruines perchée sur deux pylônes de béton, sans fenêtre et comme seule porte un trou béant dans le mur pourri. On y donne une sorte de cours d'éducation civique ("tutoria") avec des élèves plus attentifs car plus âgés (il y a en moyenne 2 ou 3 ans de différence entre les élèves d'une classe). On présente ainsi dans un tableau les problèmes des jeunes en Europe et à Charcana; Dans les deux, les études sont dures, d'où un problème d'école buissonnière, et il y a une forte différence public/privé. Mais en Europe, il y a une discrimination religieuse et linguistique à cause de l'immigration, alors qu'à Charcana c'est surtout le manque de matériel, de formation des professeurs e t d'études supérieures (travail dans les champs prime) qui importe. Mais ils ont quand même l'avantage d'un meilleur climat et d'une bonne santé ainsi que de beaux paysages, de petits effectifs, une connaissance sur la nature, une mixité d'âges qui stimule. Les solutions seraient des subventions d'État, des dons et moins d'impôts, un accès au savoir et à internet. Ils croient en l'avenir de l'agriculture en pouvant l'exporter, mais ils admirent beaucoup la ville, la connaissance et rêvent de l'Europe tout en sachant combien sont compliqués les problèmes de l'immigration.
Par contre, gros débat, ils sont tous pro-Bush et pro-peine de mort pour tous les violeurs! Un choc médiatique a mis en évidence tous les viols pour orienter le faux-débat sur la loi punissant de mort automatique tous les violeurs. On discute cela en disant que personne n'a le droit de décider de donner officiellement la mort à quelqu'un, surtout pas au nom de la justice! Ils disent que la prison est l'université de la délinquance et qu'il n'y a pas assez d'argent.
Pendant que je dessine la classe, Edisson nous dessine Pedro et moi. J'ai l'impression que ça devient une sorte de jeu de pouvoir qui pourrait vouloir dire "moi aussi, je peux emprisonner l'image des gens".
À la fin de ce cours, on fait un foot avec vue sur les névés du mont Solimana, sur un terrain encore plus grand que le premier jour. En clair: on crache plus nos poumons qu'un fumeur accro à ses 3 paquets par jour depuis 40 ans. Pedro est enchanté en tant que passionné du ballon rond, mais il admet que c'est moins fatiguant à la télé. Et oui.
À 14h30 c'est la fin des cours. Après avoir déjeuné, on va chercher le matos arrivé hier soir pour peindre les panneaux de signalisation. Enchantés de pouvoir remplir une de nos missions principales après avoir passé plus de la moitié du séjour ici, on s'y attaque avec entrain. Je commence par dessiner au crayon les symboles du site et les lettres, puis on peint de nos doigts (faute de pinceau potable) avec de la peinture à l'huile d'extérieure, soit rouge soit verte. On est l'attraction de l'après-midi auprès des enfants rentrant des champs!
Arrivés au dernier des 5 tableaux, on a un doute quant à ce qu'on doit y mettre. On va donc voir Luz dans sa sympathique maisonnette pour demander son avis, et elle s'exclame de surprise; elle pensait que, depuis toutes ces heures, on ne travaillait que sur UN tableau! Rythme péruvien, ça c'est sûr. Elle est tellement surprise qu'elle sous-entend qu'il faudrait tout refaire pour mettre des symboles administratrifs spécifiques, selon ce qu'avait dit une autre volontaire… Un peu dépités, on laisse tomber pour le moment, de toute façon la nuit va tomber.
On retourne chez Domitila remplir les fiches d'AEDES sur ce qu'il faut améliorer dans les sites touristiques qu'on a vus. Pour signer, on met "San Pedro et Cie", parce que c'est toujours à Pedro qu'est confiée la clé de notre chambre!
Domitila est triste qu'on ne loge plus chez elle, et nous aussi. Pedro l'appelle "tia", et effectivement ça lui va bien. Elle nous raconte que les papillons de nuit porteraient des messages cachés, et je trouve ça beau. Mais pour que plusieurs puissent expérimenter et tirer un revenu de l'hébergement, ça roule.
On va donc chez Griselda prendre un matecito, et elle est bien plus aimable qu'au début! On rit avec Mary et sa peur des cuys, on parle de tout et de rien, du "cafe cortado" de barcelone (avec la moitié de lait) jusqu'au dernier match de foot. Qu'on se sent bien!
Posté le 09.08.2007 par peru06
Là, c'est politiquement correct car Fortunato est à près de 4 000 mètres pour récupérer et tailler le bois mort (afin de faire du petit bois pour la cuisine).
Mais pour ce faire, d'autres ne se gênent pas pour arracher les panneaux touristiques indiquant leurs richesses archéologiques!!
Posté le 09.08.2007 par peru06
Le partenaire de toute activité par là, puisqu'il se charge de porter tout ce qui est encombrant dans les pires montées. À quand la pub pour Décathlon avec l'image d'un âne?
Posté le 09.08.2007 par peru06
C'est vrai, la toute nouvelle route n'apporte pas le flot de voitures attendu. On en apprécies les avantages, dont celui de voir vers 7h du matin des montagnes enneigées sans entendre des moteurs incongrus, voir sur la seule piste terreuse des enfants jouant et les adultes portant leur matériel...
Posté le 08.08.2007 par peru06

Je fais des rêves vraiment bizarres; je suis un mec, je cherche un boulot dans une espèce d'entreprise de nuit (genre "Bienvenue à Gattaca" avec plafond-vitre). J'y rencontre Marilyn, une collègue de mon job d'été qui a été virée par ses collègues car elle a négligé un visiteur prétentieux. Elle m'arrange donc un entretien pour un boulot de flic, mieux payé et plus sûr car elle m'aime bien. Seulement, je me retrouve dans une espèce d'arrière salle sombre, tout juste délaissée par les femmes de ménage, avec mon patron qui un néo-nazi. Je ne dis rien et attends qu'il sorte pour essayer de m'enfuir. Mais toutes les barrières se ferment devant moi et je réussis à passer dans le dernier interstice à chaque fois, à la Indiana Jones, sauf la dernière qui est la porte de la maison d'un flic. Il m'y découvre, me tabasse et me jette en prison (!). Puis je m'évade avec un compère par une gouttière d'un immeuble, mais une fois arrivés sur le trottoir, un groupe de policiers est là et fait feu. On meurt, mais je suis satisfaite de mourir pour mes principes. Puis rewind, deuxième fin; on descend la gouttière, mais on va vers une autre rue où on prend discrètement une femme en otage, on va dans une confiserie de luxe pour fuir les flics et là, le pain d'épice est à 300 euros pièce, alors de colère, on sort les armes et on bouffe tout!! Quelle digne fin!
Je me réveille sur ces aventures nocturnes avec "petite blonde du boulevard brune" dans la tête, va savoir pourquoi. Va savoir pourquoi aussi, je suis soudain saisie d'une crainte irrationnelle de revivre à Rennes, alors que le Pérou me donne envie de tout y reconstruire. Enfin. Ma tête est un peu comme le ciel, très nuageux et parcouru de grondements bizarres, comme un champ enfumé où rôdent d'étranges bêtes.
On a un peti-déj copieux mais délicieux, malgré qu'on en renverse la moitié sur la table par maladresse et que mes mains puent le chien à force de l'avoir caressé!
On attend une heure durant le départ pour le bosque de Chanchauro, assis sur les peaux de moutons jetées sur les pierres de la cour de Luz et Fortunato.
Sur le chemin, on croise l'Ajopuna avec sa plantation d'eucalyptus et sa grande table naturelle de pierre où, au retour du défilé du 30 juin (fête de la San Sebastian), les hommes ayant achevé le nettoyage des canalisations viennent manger ce que les femmes ont cuisiné.
Tandis que les espagnols traînent avec Luz, Fortunato nous explique, à Camille et à moi, que l'herbe de haute altitude, la chochoka, rend les animaux qui la mangent fous, dépendants et drogués jusqu'à en mourir. Une sorte de "crack" pour animaux, en somme! C'est fou, ça, tout est dans la nature!
On croise ensuite le très vieux moulin de pierre. Le mois dernier, il pouvait encore moudre le blé à la force de l'eau de la cascade, mais il a été brûlé sans doute par un ennemi du proprio. On note que ce serait un projet pour les volontaires d'AEDES que de le restaurer. Il y aurait aussi un projet de construction d'un mirador d'observation pour les nombreux oiseaux dans cette zone.
On va s'altérer près d'une petite chute en buvant l'eau du torrent (on découvre ensuite les bouses qui s'y baignent un peu plus haut… on n'as pas eu de problèmes pour autant). Camille me transmet son intérêt pour toutes ces jolies pierres colorées (elle tient ça de son grand-père), et nous voilà deux à alourdir nos poches. Fortunato récupère quelques pierres plates pour faire les sols, il nous propose du lait de chèvre, paraît-il bon pour les poumons.. Il attrape aussi une mosca (qui pique le cuir des animaux mais pas les pantalons), lui enlève je ne sais quelle partie du corps et elle ne peut plus voler, il s'en amuse, ça fait comme un hélicoptère. Jeu d'enfant cruel qui dépasse les frontières. Luz veut absolument vider un très vieil appareil photo en plastique et à manivelle...! Elle dit qu'après elle s'en débarassera, parce que c'est un truc chinois, et selon elle "tout ce qui est chinois ça vaut rien". On croise de loin un vieux berger, qui, paraît-il, vit seul avec ses moutons et parle grossièrement.
À 3800 mètres, il y a l'endroit où on va faire le chuno, méthode inca (il faut 3 nuits pour enlever tout le liquide des pommes de terre, et après ça se conserve longtemps puis mange avec du fromage). On récupère des feuilles de salvia, qui se sert en mate contre la toux et le froid. Arrivés dans la forêt, il pleut et on se protège sous les branches basses en attendant que Fortunato coupe du bois mort à la machette (pour alimenter le feu de cuisine).
C'est une féérie des sens; entre deux allées et venues où on charge le bois sur l'âne, on suce le nectar au goût de miel des fleurs rouges, on sent l'odeur de la terre mouillée, on entend le bruit du torrent et la forêt vert sombre est parsemée de plantes jaunes, violettes, oranges et rouges.
Puis, sur le chemin du retour, Camille et moi parlons de la philosophie du pet! Il faut que ça sorte et ça soulage les spasmes! Je porte une illia pour me réchauffer et porter les affaires, et ça me donne une vague couleur locale!
Au retour, on a froid dans nos vêtements mouillés et on est fatigués de cette marche. Mais on est contents de la journée! Un bon repas chez Domitila reste le bienvenu, et c'est un vrai moment de partage et de discussion qui dure, pendant lequel on a de véritables crises de rire! Surtout quand je fais peur à Mary en imitant le cochon d'Inde avec ma main sur sa jambe et en faisant "ouï"! Ca marche à chaque fois!
Posté le 08.08.2007 par peru06
Les enfants ne sont pas tous les même et ça nous encourage de toucher plus de monde.
Comme la fois d'avant, tout le monde arrive peu à peu quand la nuit tombe et qu'on commence à rêver d'une couette chaude... Et comme la dernière fois, il y a des moments magiques.
En particulier les quelques fois où un groupe de fillettes d'une dizaine d'années chantent en qechua sous la nuit claire, d'un ton juste et harmonieux... Mmmmh...