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peru06
Description du blog :
Histoire et images d'un périple latino-américain vécu de l'intérieur
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
01.04.2007
Dernière mise à jour :
11.08.2008
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12 juillet aventures sur la plaza de Ayacucho

12 juillet aventures sur la plaza de Ayacucho

Posté le 06.04.2007 par peru06
Du bus, on commence à croiser des bouts de vie, des petites scènes… À 4h, je regarde comme un mirage deux femmes à chapeaux assises au bord de la route. Plus tard, au milieu de nulle part, une fillette sort d'une cabane surmontée d'une amulette protectrice et d'un filet de fumée. Les chiens et les vaches errent, les personnes commencent à labourer, mettre le maïs à sécher, faire sécher le linge…
On arrive à Ayacucho à 5h du matin… Le froid est saisissant, mais comme récompense, on peut cueillir le pâle lever de soleil sur les Andes…
Enfin bon, un lever de soleil, ça nourrit quand même pas son homme quand il fait froid comme ça! On attaque donc les choses sérieuses en cherchant un petit-déjeuner, et à cette occasion on (je) découvre un jus de papaye épais vraiment très très mauvais (je ne peux finir!), et Anna déchante devant un jus de café noirâtre qu'il faut verser dans une tasse d'eau chaude pour obtenir une lavasse assez immonde. Je complète le tout en goûtant cette petite sauce tomate aux oignons qui n'est en fait que du piment… et Dante se refait une scène avec plein d'effets spéciaux dans ma bouche!
Fortes de nos découvertes, nous allons nous balader pour découvrir une ville sans touristes, juste peuplée d'écoliers en uniforme. On observe la vie se dérouler, les troupes de chiens se battre et les plus faibles se faire monter dessus. Un mendiant vient nous voir, et quand je le prends en photo il en oublie de me demander de l'argent; ça a l'air de le flatter qu'on veuille le prendre! Je lui passe quand même 2 soles, ça doit faire une petite somme pour lui, vus ses yeux. Ca paraît un peu dégueulasse de se donner bonne conscience par ce genre d'acte, qui tout compte fait ne satisfait pas plus. C'est pas ça qui va l'aider. Enfin, on continue notre chemin en longeant une église d'où émanent des chants de femmes… On a beau ne pas croire, c'est joli quand même.
On prend deux friands; un sucré avec une pâte marron dont je ne reconnais pas le goût, et un à un fromage inconnu, épicé, savoureux, gracieusement offert par le jeune garçon qui nous servait.
On va les manger sur une place en ruines, avec des blocs de pierre éparpillés sur l'herbe jaunie. Anna ne se sent pas très bien et ne peut plus beaucoup bouger; la visite des ruines semble compromise, et je ronge mon frein. Un type m'aborde alors ("Benito") et me parle de religion, de sa conviction divine. En tant que "soldado de dios", il ne boit pas et ne fume pas. Il n'a pas d'argent mais se dit heureux. En effet, heureux soient les illuminés! (tant qu'ils y croient encore, ce qui n'est pas toujours gagné). Étonnamment, même si il reste ancré sur ses positions et moi sur les miennes, on arrive à parler et s'écouter un tant soit peu. Ce n'est que peu à peu que je lui dis que je suis athée, qu'au fur et à mesure de la discussion. C'est rigolo, car le sujet m'intéresse tellement que tout semble venir naturellement en espagnol! Mais deux gamins sur les marches un peu plus haut nous sifflent sans arrêt et agacent profondément Anna, et puis peu à peu, le soldado de dios commence à être lassant. On finit par réussir à s'éloigner en prétextant une visite de musée.
Dans l'ensemble, le contact avec les autres personnes est très agréable; un habitant nous demande d'où on vient, ce qu'on veut faire. Une femme à côté vient alors écouter. Le type nous invite carrément dans son magasin pour montrer le chemin du musée. Ce sont des petits riens, mais par rapport à ce dont j'ai l'habitude en France, ça surprend tellement!
On va se poser sur un banc de la plaza de armas, où un couple nous observe attentivement. En fait, ils finissent par oser venir et nous demander de nous prendre en photo avec leur petite fille, "Malila". La mère est chaleureuse mais ne parle que très peu espagnol. Le père le parle mieux mais avec un accent difficile à comprendre. On en prend plusieurs, la mère dit à sa fille de venir faire une photo avec les "gringas"… Sur le coup (et après coup) je me demande si à ce moment c'est un terme méprisant ou neutre. Bah, le contact est agréable sur le moment.
On reste encore sur la plaza, à attendre quelque chose qui ne vient pas, à savourer. Un enfant à chapeau s'obstine à marcher à quatre pattes jusqu'à la route, d'où une fillette à peine plus grande le porte péniblement jusqu'au banc de départ. Il fait plusieurs aller-retours comme ça, trottant devant notre banc, puis repassant devant hissé par une gamine à peine plus grande que lui!
Au bout d'un moment, la fillette doit en avoir marre et le gamin s'avance effectivement sur la route, alors que passent des voitures. Lorsque je le ramène, la mère le reprend, réprimande la gamine et s'exclame en remerciements. Il y a comme un attroupement qui se forme autour de nous, comme si je venais de lui sauver la vie alors que je n'ai fait que répéter ce que la gamine faisait depuis tout à l'heure. Ils sont tout sourire, adorables, c'est comme si ils avaient pris un prétexte pour venir nous observer de plus près, nous demander d'où on vient, ce qu'on fait… Serions-nous si inhabituelles? C'est vrai qu'on a vu strictement aucun touriste et qu'on est en juillet.
On se repose encore sur un autre banc de la plaza, imperturbables. Il y a une manifestation de chômeurs et de femmes avec des casques d'ouvriers pour plus de travail. Cette revendication moderne se fait sur fond d'arcades tranquilles, reflet de paix et de tradition villageoise… marrant.
Un garçon d'Ica nous vend des chocolats au bon goût étrange pour "sauver la vie d'enfants pauvres"! Je suis sûre qu'avec un deuxième chocolat on sauvait la planète du sida! Une vendeuse de yaourts passe et repasse devant les gens de la place, nous regardant tout particulièrement. Enfin, elle cède à son envie et vient se pencher sur nos dessins et en fait des compliments.
Peu après, un jeune étudiant en art nous accoste, Andrès. On discute des ruines, des études chères, du sentier lumineux né ici et qui serait encore actif (ça pourrait ressembler à du blablatage émotionnel pour touristes), il nous laisse son adresse e-mail (encore une!).
Les motos sans casque abondent. Un homme nous aborde encore, et les gens s'approchent.
Puis on quitte la place et on attend l'ouverture du musée d'art populaire dans un café où je mange un gâteau fade accompagné d'une boisson bizarre. Un client, homme d'affaire, nous y donne sa carte de visite, sans plus nous préciser pourquoi (ou sinon, on n'y a rien compris!).
Sur la route, des ados prennent des proportions avec un balai pour faire des dessins, à l'aide de pigments entassés dans des boîtes. Ils seraient destinés à une procession religieuse.
En attendant le bus, le conducteur (petit, costaud, barbu) nous aborde, dit à Anna qu'elle ressemble à son ex, ce qu'Anna n'apprécie pas! En plus, il est assez désagréable, j'ai l'impression tenace (dans la mesure où mon espagnol le permet) qu'il nous prend vraiment pour des cruches. Il parle aux autres comme à des chiens (et encore, les chiens, ils les épargne en ne leur parlant pas).
Une fois dans le bus, on se fait ballotter pendant deux heures sur des caillasses étroites. Le conducteur coupe le moteur dans les descentes vertigineuses, serre les virages au maximum. On ne voit que le précipice par la fenêtre, sauf que cette fois on fait plus de rebonds! On nous avait averti que la partie Ayacucho-Cusco en bus était sportive!
Un type allongé dans le couloir essaye de toucher Anna pendant la nuit, si bien qu'elle se rapproche plus du siège fenêtre et on se retrouve collées l'une à l'autre; tant mieux, ça me fait du bien; il fait si froid!



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