Posté le 10.08.2007 par peru06
L'intérieur de la fameuse "bodega" la plus fournie du village... Somptueux, non?? En plus, si on plonge de ces tasses en plastique fendillées de noir dans les amphores, on peut avoir la chance d'attraper un cadavre de mouche flottant dans le vin!! Youpii, des protéines!
--
Posté le 10.08.2007 par peru06
Au détour du chemin pour aller chez Brigida, on trouve un troupeau de lamas dont les oreilles sont ornées de bandes colorées qui les rendent parfaitement ridicules.
Caché derrière ce troupeau, ce gamin sans parole. Autant ses sales bêtes redressent leur tête hautaine et se détournent à notre approche genre "vous puez vous alors". Limite si ils ne nous réservent pas le même sort qu'au capitaine Haddock! Mais en tout cas, ce gamin, il se glisse parmi eux comme l'un des leurs. Pourtant, je dirai que le nez n'est pas pareil...
Posté le 10.08.2007 par peru06
Je fais encore des rêves bizarres mais pas l'impression n'est pas si désagréable (mais le sujet, si!); avec semble-t-il d'autres compères, on est retenus dans un camp de rééducation en Chine, à l'intérieur d'une sorte de d'hôpital avec des perfusions et des fiches politiques (!). Le commandant, à cheval et binoclard, trouve mon compromettant carnet de croquis, et me le pique. Après plusieurs tentatives, je m'évade en me dissimulant dans la boue sous un camion, et une course-poursuite s'engage. Puis zapping, rêve suivant, je suis dans un supermarché de la gare de Rennes, un magazine dans mon caddie, et le couple devant moi offre des chocolats au caissier, qui nous propose en retour un café, et on trinque! Va comprendre ça!
C'est peut-être que la grippe provoque des délires; j'ai des migraines, des nausées et des spasmes qui m'empêchent de dormir pendant 2- 3 heures cette nuit.
Une fois qu'on se lève pour aller petit-déjeuner chez Luz, Domitila me demande si ça va mieux depuis son mate d'eucalyptus citronné. "Euuuuh oui oui, c'est vrai que c'est peut-être un peu moins pire. Un tout petit peu mais si si!". Elle me conseille alors de demander un mate d'eucalyptus à Luz, comme je ne mange plus chez elle. Quel amour! Luz n'a pas d'eucalyptus mais de l'alta misa pour ma toux. Mais surtout (la toux n'altère pas la gourmandise) elle nous sert une avena, sorte de bouillie de lait et d'avoine sucrée, un peu comme l'api mais en moins acide… que c'est bon!
Ensuite on va avec Nery aux champs pour y conduire les moutons et en ramener du lait fraîchement sorti des pis. Sur le chemin, aussi plat et lisse qu'une tablette de crunch en pente, on entend ce silence à peine brisé par des chuchotis, ce vent léger, le murmure d'un torrent lointain et un sifflement dans les montagnes. Ouaaah.
Arrivés aux champs, on y lâche les moutons et on se poste en demi-cercle autour de l'entrée de l'enclos pendant que Nery va chercher les veaux. On les guide donc pour ne pas qu'ils se carapatent, puis on les conduit auprès des vaches. Il paraît que parfois, les veaux sont enlevés à leur mère pour avoir plus de lait de celle-ci. Seulement, nourrir les veaux au biberon les fait bien souvent mourir, et Luz nous dira être révoltée par ces pratiques. Mais là maintenant, pour traire, on attache"juste" les veaux aux pattes de leurs mères; ils stimulent quand même la venue du lait, mais ils restent hors de portée des pis. On place ensuite le seau de plastique dégueulasse sous la bébête et on trait le lait qui sort tout chaud. Ca donne des crampes aux mains à force! En plus j'ai des bouffées de chaleur. Caramba! J'me sens faible. J'ai des suées et le tournis…
On remonte tout, en attendant Mary bien sûr (j'ai déjà parlé de ses performances sportives!), et Nery qui veut porter seule le vieux bidon d'essence rempli des 10 litres de lait.
Le type qui était méchamment bourré à Chusakay travaille dans son champ quand il nous aperçoit, et nous invite alors à venir chez lui pour boire une chicha. Mais bon, on n'aime pas la chicha, il parle surtout qechua, on a pas grand-chose à se dire et Luz nous attend. Le raisonnement est un peu primaire, mais vite conclu.
Sur le chemin, Camille et moi offrons à Domitila des cartes postales françaises par reconnaissance de sa gentillesse.
Chez Luz, on mange une soupe à la qinua et à la citrouille. Le repas est trop bon et pas trop lourd (ça change de l'autre sorcière de Brigida!) et ça nous permet de savourer en dessert … tadaaaaam! des FRUITS achetés (chers) à un paysan revenant de la vallée! La "chirimoya" à la consistance de lait libère un goût d'ananas et de mangue. La "lucuma", orange et dure, est moins bonne, plus cotonneuse et amère.
On parle cinéma. Puis Luz nous reparle d'Edisson, elle l'a envoyé à Lima parce qu'il était nul à l'école, mais qu'aujourd'hui il était solitaire et n'était pas fier d'être en uniforme ou de porter le drapeau pendant la fête nationale(!). Ca l'inquiète, car elle ne se met pas à sa place. On essaye de lui dire tout le bien qu'on pense de lui, qu'il est débrouillard, habile, curieux, intelligent, mûr. Il est juste différent, et on partage pleinement plusieurs de ses opinions et comportements, notamment sur le patriotisme! Et puis, il n'est pas non complètement isolé, il s'amuse toute la journée.
Puis on va dans la cour sous les magnifiques fleurs tumbo faire "tuyo tuyo", c'est à dire "faire les loques" en qechua, mais de manière affectueuse, comme souvent apparemment dans cette langue!
Luz me convainc de prendre des médocs, parce que mon état s'empire vraiment; je prend mes antibio et Pedro me passera ses ibuprofènes. En échange, je lui passe déjà de la crème antibrûlure pour ses coups de soleil, auxquels ma peau a d'ailleurs du s'habituer car je ne la protège pas et elle est nickel!
Puis on lit des revues achetées depuis des années sur la province de la Union (où nous nous trouvons, vous l'aurez compris). Peuplée considérablement à partir du XIV°siècle, ce territoire s'est d'abord uni en tant que confédération agricole puis union minière (or et argent pour les incas puis les espagnols). Après la guerre d'indépendance qui comptait de nombreux résistants au Cotahuasi, un décret de 1835 a officiellement créé la Union, la province du Pérou actuellement la plus malnutrie, la moins scolarisée, la plus analphabète et la plus pauvre.. J'apprends encore que le nom de Charcana aurait 2 origines possibles; du qechua "chacay"(altitude) ou "characeana"(bruit des avalanches) ou encore de l'aemarae "charccana"(ancienne lueur; névé).
Puis on part avec Edisson, qui comble une de mes questions sans réponse; les troncs d'arbres peints en blanc dans les villes servent en fait à décompter les arbres à traiter du fait d'une sorte de termite. Enfin! Avant que je ne lui demande "quel sens a la vie?", on arrive chez Gaida. Oui, on ne part pas avec lui pour qu'il réponde à mes questions existentielles, mais bien pour lui montrer comment utiliser la messagerie internet qu'on a créée. Une fois la leçon faite, on envoie un mail à Marcela (notre correspondante de l'ONG), qui répond presque aussitôt, hystérique de joie!
Gaida rabroue notre bonne conscience quand on apprend qu'elle demande 3 soles par heure, c'est énorme! Dans toutes les villes du Pérou, on trouvait la connexion pour 3 fois moins minimum! En plus, les gens ici sont particulièrement désargentés alors qu'elle même est la plus riche du village; elle possède le plus grand nombre de bêtes, l'unique petite boutique avec un téléphone et un ordinateur dont elle ne sait pas se servir (elle dit elle même qu'elle n'y voit rien!).
On va ensuite, Camille et moi, déposer nos affaires dans la chambre sans clé de chez la "vieille sorcière" (à savoir Brigida). On s'imagine bien qu'elle fouille nos sacs en notre absence, voire qu'elle nous pique de l'argent. Et puis si sa courette est mignonne, les gens dedans le sont moins. Sa fille Nery qui est quand même spé, son fils handicapé qui nous regarde bizarrement, ses poules à moitié plumées… Quand on dépose nos sacs, un vieux pervers discute avec elle, nous disant qu'il est célibataire et qu'il cherche une jolie femme (il est embarrassé quand Brigida corrige: pas "célibataire", "veuf"!!). Et quand il sait d'où on vient, il dit vouloir aller en France, là où il y a de jolies filles… Et tout en parlant, il nous observe de la tête aux pieds, nous scrute sans pudeur comme de la marchandise, ce gros porc! Avant de commettre un irréparable coup de poing dans sa grosse gueule d'obsédé, on s'en va sans un mot de plus.
Sur le chemin, je croise de nouveaux flics et puis encore des gamins que je ne connais pas et qui m'appellent par mon nom… Ah la célébrité!!
En attendant le dîner, on prend un mate avec Edisson et Luz (Fortunato est encore à Chusakay pour régler des problèmes de voisinage). Ils nous content l'histoire des peuples de Nazca, qui enserraient la tête des bébés élus (ils ont tout gagné!) avec des planches pour faire grandir leur tête à la verticale. Ca change des petits pieds à la chinoise et de l'anorexie à l'occidentale, même si c'est tout aussi barbare! Ils nous parlent aussi de la légende des chaskis messagers du Pachapapa. Puis on dîne et, pour le dessert, on a une mazzamora morada, cette épaisse boisson chaude de farine de maïs rouge et sucrée avec de l'orange, comme à La Paz. Que c'est bon!
Posté le 10.08.2007 par peru06
Cette vieille et rude grand-mère qui travaille encore aux champs a du en voir de toutes les couleurs, ici. La construction de la route, le sentier lumineux, les baraques encore plus dénuées de tout, manque de nourriture...
De plus, c'est un milieu ou l'animal ne reçoit que comme unique affection un peu de bouffe pour qu'il remplisse son boulot après. Pas de nom, si ce n'est "le chat" ou "le chien".
Et là, instant caché entre les branches et entre les travailleurs scandant leurs cris d'efforts, cette rude grand-mère qui babille devant ce bébé, cette fois non vu comme un futur travailleur, et guili guili meugneu meugneu il est tout jolijoli... Ca à de quoi surprendre et de quoi toucher!
Posté le 10.08.2007 par peru06
Attention, voici r'venu le temps des boeufs dans les champs. Et des ânes aussi. Enfin, comme je l'ai vu au début du séjour, ils peuvent ne labourer tout un champ qu'avec leurs barres à mine. Mais là, c'est jour de fête; ils ont deux boeufs et un âne, avec rattachés à leurs cornes ou leur cou, un gros socle de bois. Une personne mène, l'autre fouette et appuie derrière. Sempiternel et antique spectacle sur fond de montagnes en terrasses. Enfin, "spectacle" surtout pour nous parcequ'on est assis à l'ombre une fois qu'on a préparé la chicha!
Posté le 10.08.2007 par peru06
Elle pose pour l'illustration de l'expression "toujours avoir les enfants sur le dos", surtout au boulot! Elle s'en va donc aux champs avec des seaux de bouffe pour les travailleurs dans son champ, et le bébé qui regarde comme un pacha imperturbable, habitué à ce spectacle.
Posté le 10.08.2007 par peru06
Je fais peu de rêves, si ce n'est de reconstruire ma vie à Rennes en réaccrochant des tentures péruviennes, c'est un début! J'ai une toux énorme et douloureuse, je crois que la pluie à Chanchauro a empiré le tout.
Au lever de soleil, je croise comme à mon habitude Don Rufino, il parle qechua avec une autre paysanne. Une fois réveillés, Domitila (alors que ce n'est plus à elle de nous nourrir), veut absolument nous faire goûter son maïs pelado destiné aux travailleurs, même quand on lui dit qu'on doit aller petit-déjeuner chez Brigida! En entendant ma toux, elle a préparé un mate d'eucalyptus citronné, et elle me donne même un deuxième citron pour le petit-déj chez Brigida! Elle est vraiment trop adorable, je l'adore.
Sur le chemin, on voit un bébé trop mignon au visage fascinant. Il me fait un peu penser à ma petite sœur Éloïse, quand elle était petite.Moins poétique, l'enfant joue près du cadavre d'un chien crevé…!
Quand on arrive à l'école, Edisson joue avec la balle qu'on lui a offerte. On le salue de loin, avant la prière déclamée avant la classe. Beaucoup d'élèves du primaire nous demandent si on ne peut pas leur faire cours, à eux aussi! On verra, ça peut être rigolo…
On commence par un cours d'anglais, et c'est trop bien! Pendant deux heures, on leur apprend (aux élèves comme au prof) à se présenter, à compter, l'âge, le verbe to be, notre fameux hymne"head, shoulders, knees and toes". Mais Camille dit "obejas" au lieu d'"orejas" pour l'anglais, c'est embêtant! (moutons au lieu d'oreilles) Elle dit aussi "cortados" pour les lèvres, parce que Mary lui avait dit qu'elle avait les "lavios cortados"! Ca aussi, ça restera dans les mémoires!
On peaufine ensuite le poster d'utilisation de l'adresse e-mail du village, et on veut l'apprendre à Nery. Gaida rechigne un peu mais laisse faire. On lui montre donc toutes les étapes depuis l'allumage de l'ordinateur jusqu'à envoyer et consulter des messages. Elle reste assise, les yeux un peu dans le vague, acquiesçant vaguement quand on insiste pour savoir si elle a tout compris et retenu. Et une fois qu'on a fini notre manège, elle va direct sur son adresse MSN pour chatter gratuitement, sur notre compte, sans payer à Gaida!! C'est bien la fille de sa mère, celle-là! La salope!
Puis on attend, pour changer, en caressant Yoggi parce qu'on est gâteux devant lui et en parlant politique; Pedro dit qu'Aznar est en fait d'extrême-droite, il parle de l'Opus dei.
Enfin on se met en route pour aller dans les champs avec Domitila, car les paysans travaillent dans son champ aujourd'hui; on apporte donc les 20kgs de nourriture à bout de bras pendant une 1/2heure de marche dans la montagne sous un soleil de plomb... Tu m'étonnes qu'ils bouffent autant, quand on fait ce genre d'effort quotidiennement! Une femme accompagnant Domitila a son bébé sur le dos (littéralement, hein, dans le tissu coloré).
Quand on arrive, on voit une scène d'autrefois ou d'ailleurs, je ne sais pas; Les hommes en jogging et chemise labourent avec deux bœufs, rattachés par les cornes avec un bout de bois, ou avec un âne. L'un fouette, crie voire guide l'animal par les cornes ou la queue, l'autre appuie le socle en bois sur la terre. Les femmes nous servent une chicha sucrée dans un gobelet en plastique noir de crasse (aussi dégueulasse que la chicha normale), pendant que la rude grand-mère au visage émacié s'attendrit devant le bébé balbutiant… C'est adorable!
Camille a perdu son carnet en route, et les deux femmes s'inquiètent drôlement pour elle, discutent d'où il peut être. L'une va chercher et le retrouve. Elles sont si gentilles! On se demande ce qu'on fait pour mériter cette attention.
À 15h30, c'est la pause-déjeuner; et Domitila nous sert donc un deuxième repas, qui plus est un repas pour travailleurs constitué de yucca et de riz! Moi, je n'en peux plus. Pendant que tous les travailleurs sont accroupis sous l'ombre du champ en terrasse, on est assis face aux montagnes. Avec Camille, on parle du passé et du futur, de politique. Et on en conclut, sur le chemin du retour (vers16h30-17h), qu'on voudrait être bergères! Après sciences-po, ça le fait, non??
J'ai toujours la toux et la migraine. Domitila me prépare un autre mate d'eucalyptus et me dit de venir près du feu. Elle utilise un grand tube de métal pour soufflet sur les braises. Elle nous vend de l'artisanat très bon marché fait par sa fille qu'elle nous dit être légèrement handicapée ("malade de la tête"; elle a 30 ans alors qu'elle en paraît 17!). Sur la place, il y a la musique "Tell me more", qu'on chante alors au milieu de la piste terreuse…
Posté le 09.08.2007 par peru06
Le gamin à l'épaule doit regarder ce carnet pour la quatrième fois au moins. Car ce sont encore les enfants qui demandent le plus à voir les dessins. Nery, comme les autres, regarde du début (même si ce n'est pas de Charcana) et détaille chaque portrait pour deviner qui c'est. Au moins pendant ce temps, elle ne nous lit pas de poèmes! (je suis méchante, elle ne l'a fait qu'un soir... mais quand même!)
Posté le 09.08.2007 par peru06
Ci-contre l'entrée de la cave à vin de Brigida, la vieille sorcière à la porte. Son mari, plus benêt que gentil, attend avec sa tasse dégueulasse. Ce sont les plus gros producteurs de vin, je crois. En tout cas, leur cave est pleine d'amphores de vin à vieillir, au milieu de la viande à sécher sur des cordes filasses.
Posté le 09.08.2007 par peru06
À la récréation, nos deux adorables mômes posent avec la rituelle tasse (immonde) pleine de lait chaud et entier. Ce liquide épais et sucré chauffe dans une grande marmite noire à côté d'une classe du bas. On prend la tasse dans un seau qui en est plein, puis, une fois le lait fini avec les gâteaux du gouvernement, on met la tasse dans une bassine d'eau où la crasse nage au lieu de rester dans un seul coin du plastique!