Le décalage horaire ne se fait pas sentir. Oscar fait son footing d'une demi-heure, comme chaque matin à 5h! Puis il prend une douche froide, et un petit-déjeuner sur fond de musique "Merengue" (Eddie Herera), avec du pain, de l'avocat, un œuf frit, de la maca (fruit d'altitude) cuite avec du lait et de la "quinua" (céréale d'altitude); ce serait un concentré d'énergie pour toute la journée (notamment par rapport à ses collègues gras, fatigués et ne grignotant que des crackers). L'amie de la tante est très gentille, mais elle nous sert sans manger avec nous et m'engueule quand je veux l'aider.
Alors qu'Oscar est parti travailelr, je me ballade seule dans Lima; un homme crie de manière lancinante "Botellas"! pour les récupérer et les recycler. Les "ambulantes" errent dans toutes les rues, vendant tous chocolats, fruits et "galletas" au bord des routes.
Tout est délabré, parsemé de détritus et de restes de tags. Beaucoup de bâtiments sont abandonnés ou en construction, de grands murs se dressent lourdement dans les rues, comme des murs d'incompréhension, de honte…
Les klaxons et les sirènes étourdissent l'atmosphère grise. C'est une jungle routière! Je me suis fait renverser sur le trottoir sur lequel est montée brusquement une carcasse de voiture qui sortait d'un "parking" (aire terreuse dissimulée par quelques planches). Le chauffeur sort immédiatement sa tête de la fenêtre pour me regarder et s'exclame: "non mais ça va pas? Qu'est-ce que tu fais, tu vois pas que j'étais entrain de monter?!"Il me paraissait aussi inutile que ridicule d'évoquer la priorité aux piétons…
Le centre étant loin et les musées fermés, je me ballade dans les quartiers, sans objectif précis. Des clochards s'installent dans les parcs sales. Ma tête d'européenne me fait vite repérer; "Taxi! Taxi!" me crient les chauffeurs qui m'aperçoivent.
J'arrive bientôt dans un marché où je suis carrément l'intruse! Tous sont particulièrement typés, aucun "blanc" dans les environs… C'est l'ambiance de quartier HLM, avec les parents, la musique, les enfants qui jouent, leurs produits quotidiens qui se vendent. Et moi, je fais tâche! Ils fixent leurs yeux sur moi, je ne peux même pas faire semblant de sortir mon appareil photo. Que c'est frustrant! J'ai envie de photographier, mais ce serait comme les prendre pour des animaux… Je suis alors à contre-cœur le conseil du guide Lonely Planet; demander pour prendre une photo. Le mari veut bien et paraît même agréablement surpris, mais alors que sa femme cache son visage et ses enfants, leur voisine les apostrophe "Alors, tu te laisses prendre en photo, toi maintenant?". Je ressens encore plus l'impression que c'est vraiment leur manquer de respect, mépriser leur environnement. Comme s'il n'étaient pas réels et juste bons à encadrer. Je dévalorise leur univers en me l'appropriant pauvrement.
Je rentre vers 16h et Oscar m'explique la carte du Pérou, le sentiment anti-chilien…
Le soir on va chercher Anna à l'aéroport. On attend Anna avec inquiétude, on ne la voit pas arriver. Une heure après, elle n'est toujours pas là et les passagers de son avion sortent au compte-goutte. Oscar et moi guettons dans la foule, essayant de se faufiler parmi tous les gens amassés près banderoles laissant un couloir aux passagers. Certains agitent des panneaux avec des noms. ,Finalement, Anna arrive enfin, épuisée. Tout le bazar est du aux bagages qui étaient en retard (certains ne sont même pas arrivés!) et celui d'Anna était dans les derniers.
On rentre, Anna n'est pas aussi émerveillée que moi dans le taxi (elle semble naze!), puis on discute sur le pas de porte d'Oscar; pour lui, fumer une roulée est forcément un pétard!
Il nous parle alors de ses expériences chamaniques. Une réelle initiation, avec quelqu'un qui contrôle, te guide dans ce monde… C'est fascinant! Ca donne envie de faire la même chose. Il a vécu dans la jungle avec sa moto.
On va ensuite se coucher, et je me rends compte que, même si ça jette une sorte de "froid" entre moi et Oscar, c'est rassurant d'être avec quelqu'un de semblable. Je l'avoue, même si ça ne va pas avec mon idéal intellectuel de découverte de l'altérité;